Mardi 18 Septembre, 2018

La "Douce France" des années 80 pleure Rachid Taha

Le chanteur Rachid Taha à Rennes, le 7 décembre 2012

Le chanteur Rachid Taha à Rennes, le 7 décembre 2012

Il fut une des figures du rock français des années 1980, en reprenant avec son groupe Carte de Séjour "Douce France" de Charles Trénet, avant de devenir une voix passionnée du raï et du chaâbi de son Algérie natale: Rachid Taha est mort à 59 ans d’une crise cardiaque.

"C’était un ami pour qui j’avais une grande et profonde affection. Rachid Taha était talentueux, original et généreux. C’était un artiste à la fois créatif et atypique. Il incarnait un idéal, une fraternité en actes, combative et militante. Il était l’esprit de cette France arc-en-ciel et tolérante", a réagi auprès de l'AFP l'ancien ministre de la Culture Jack Lang.

"Rachid Taha était un grand artiste, mon ami et mon frère, il sera dans mon cœur pour la vie", a twitté le chanteur Axel Bauer.

Si musicalement Carte de séjour s'était démarqué en réussissant la fusion entre raï et rock - une démarche artistique que ne cessera d'avoir Taha par la suite, mélangeant, sons moyen-orientaux avec musiques world, funk ou encore techno -, le groupe était très engagé dans sa prose. Au point de devenir un porte-drapeau de la communauté française d'origine maghrébine de seconde génération.

Né en Algérie, près d'Oran, et arrivé en France à 10 ans, il était encore ouvrier quand il se lança dans l'aventure Carte de Séjour. Incarnant la génération "beur", le groupe participa notamment à la fameuse Marche pour l'égalité et contre le racisme en 1983.

Pour lutter contre les lois "Pasqua" visant à réguler l'immigration, Carte de Séjour alla jusqu'à distribuer ce single aux députés à l’Assemblée nationale. Cette chanson fut aussi celle des meetings de la campagne présidentielle de François Mitterrand en 1988.

Il renoua avec le succès avec "Voilà, voilà" en 1993, un titre fustigeant le retour de la montée des extrêmes dans la "Douce France".

L'Algérie et le chaâbi, Taha lui donna une exposition hors du monde arabe avec sa reprise en 1997 d'une de ses chansons les plus populaires "Al Rayah", immortalisée avant lui par Dahman El Harrachi. Un an plus tard, il remplissait Bercy avec Khaled et Faudel pour le spectacle "1,2,3 Soleils".