Jeudi 19 Juillet, 2018

Visite du mémorial négligé consacré aux disparus du séisme à Titayen

Le mémorial de Saint-Christophe érigé en mémoire des victimes du 12 janvier 2010. Photo : Loop Haiti/Estaïlove St-Val

Le mémorial de Saint-Christophe érigé en mémoire des victimes du 12 janvier 2010. Photo : Loop Haiti/Estaïlove St-Val

C’est un lieu de mémoire, espace de recueillement et aussi un site touristique qui se trouve presqu’en zone désertique. Le mémorial de Saint-Christophe, le plus important monument érigé en souvenir des milliers d’âmes emportées par le séisme du 12 janvier 2010 a vu défiler trois présidents de la République, mais n’est toujours pas devenu ce qu’il devrait être. Cela fait huit ans.

En longeant la route nationale numéro 1 en direction de Cabaret, un contraste saisissant s’offre à la vue. Du côté gauche, s’étend une mer bleue  azure, côtoyée par la verdure d’une végétation sauvage faite de feuillage et de fleurs. Sur le côté droit se dresse une montagne littéralement dénudée où sont nichées de petites maisons au toit en tôle argentée scintillant à la lumière du soleil. Là, c’est Saint-Christophe, à TiTanyen, cette terre qui garde en son sein les corps – et les restes des corps - des milliers de personnes meurtries par le séisme du 12 janvier 2010.

Désemparé face à l’ampleur des dégâts causés en quelques 35 secondes par cette catastrophe qui a surpris un pays jusque-là inconscient de sa vulnérabilité, René Préval, le président d’alors n’a pas trouvé d’autres moyens pour offrir une sépulture à ces victimes que de faire creuser une fosse commune. Son successeur Michel Martelly aura pris l’initiative de faire ériger un mémorial, comme pour leur apporter un peu de dignité et préserver leur souvenir.

 

Les chantiers lancés en 2013, auront été terriblement lents à se réaliser et restent toujours inachevés au bout de cinq ans. Pour toute bienvenue, la première chose qu’on voit quand on prend la route en terre battue menant au site est une arche de bois frappée de l’inscription « Mémorial 12 janvye 2010- Ayiti pap bliye », où des lettres sont parfois manquantes ou usées par l’épreuve du temps.

Repartie sur un millier de mètres carrés, la conception architecturale du mémorial, un peu imprécise, renvoie à un mausolée à ciel ouvert. Il y a un drapeau qui flotte au haut du mât, des arbres et des fleurs qui résistent difficilement à l’ardeur du soleil et la fureur du vent, une grande pierre tombale exposée sur une estrade surmontée d’une arche métallique, un mur tapissé de granite noire au pied duquel se tiennent des anges qui surveillent ceux qui y reposent.

Le site fait également la part belle à une dizaine de panneaux qui portent des messages composés par des auteurs haïtiens et étrangers sous forme de poèmes ou de témoignage pour permettre aux visiteurs de revivre l’évènement funeste. « Ici, est tombé le sculpteur travailleur de débris posés chaque matin à pieds ! A une minute course – quand il faut s’éloigner d’une opération musclée de la MINUSTAH - comme une terre sèche et craquelée le palais national attend », a signé l’écrivain Jean-Euphèle Milcé. Un autre panneau anonyme enchaïne avec cette promesse solennelle : « Rien ne viendra vous effacer de nous souvenirs ».

« Le mémorial peut jouer un rôle important d’éducation citoyenne pour mieux comprendre l’ampleur de l’évènement du 12 janvier 2010; il doit être un lieu tangible, où tous les citoyens peuvent venir réfléchir, rencontrer et développer de nouvelles solidarités», a expliqué au Nouvelliste Dithny Joan Raton, alors ministre de culture en charge du chantier.

Mais en 2018, à l’heure où Jovenel Moïse, le troisième président en date, vient de faire une offrande florale sur les lieux, le mémorial de Saint-Christophe est encore loin de cet idéal. Quoiqu’ouvert au public, le chantier n’est pas tout à fait achevé. Des herbes sauvages envahissent les lieux. Des éléments décoratifs sont abimés. Son appropriation par le gros de la population n’est pas non plus évidente. Sinon, quelques proches des disparus qui ressentent le besoin de s'y recueillir, de se confronter aux évènements, de faire des adieux, et également des touristes, en plus grand nombre, avides de découvertes qui y déambulent à longueur de l’année.

« Ce mémorial devrait rester un grand monument aux yeux du monde entier, mais regardez-moi dans quel état il se trouve ! » s’indigne, Rony Charles, un habitant de la zone. « Nos dirigeants sont-ils dépourvus de goût du beau? Pourquoi ne peuvent-ils pas rendre à cette œuvre toute sa splendeur ? »

En prenant en compte ce besoin d’amener les gens à fréquenter davantage l’espace et entretenir la mémoire de la catastrophe, avec l’association des citoyens pour le developpement de Saint-Christophe dont il est le Coordonateur général, Rony Charles a pris l’initiative d’organiser « une veillée du 12 janvier » à l’entrée du site. L’objectif à terme, si cette activité se pérennise, est de donner un nouveau visage au mémorial de Saint-Christophe.