Lundi 17 Juin, 2019

La comédie de Gaëlle Bien-Aimé, un doigt d’honneur à la politique

Gaëlle Bien-Aimé dans «1 dous 1 Show ». Photo : Estailove St-Val

Gaëlle Bien-Aimé dans «1 dous 1 Show ». Photo : Estailove St-Val

22 décembre 2017, la comédienne haïtienne Gaëlle Bien-Aimé a célébré la trentième année de son existence au Centre Sportif de Turgeau. Celle qui se dit impressionnée à chaque fois de l’amour démesuré des haïtiens pour le football, et qui a même pris le soin de dévisser son antipathie sur ce jeu dans un script baptisé « Men bon boul » en 2015, s’accapare d’un pareil espace pour s’offrir le bouquet parfumé de ses 30 ans.

Loin de voir une probable contradiction dans la saisie de la comédienne, il faudrait d’abord interroger la question de l’absence de salles de spectacle dans un pays ou l’humour est considéré comme le pétrole haïtien, pour reprendre les mots de l’immortel Dany Laferriere. Là n’est pas notre propos.

Mais le moins que l’on puisse dire : Gaëlle Bien-Aimé, du haut de ses trois décennies de pleurs-jouissances, a voulu s’offrir en sacrifice à un plus grand nombre de personnes. Geste de partage et de générosité à l’heure de la Noel que l’on célèbre dans la fraternité majestueuse, au lit et en famille.

Parce que l’anniversaire se démarque du culte individuel de la personnalité, elle a invité deux autres humoristes de leur état à grossir son rang : Atyspanch et DéJoé. Deux nouveaux amis qu’elle s’en est offertes cette année dans des circonstances inattendues. Aujourd'hui, ils font route ensemble avec des traits de caractère humoristiques similaires à tous les trois.

Ce concert d’anniversaire a réunit d’autres membres de son clan : Claudia Philogène et Charline Jean-Gilles, deux chanteuses extraordinaires qui l’ont accompagnées dans son escapade humoristique. Enfin Katiana Milfort, femme comédienne et directrice artistique du spectacle que l’on croise souvent dans les rues à Port-au-Prince avec un sourire courtois, un tendre visage qui dicte au premier venant que la vie n’est pas toujours la triste comédie qui se joue dans les salles noircies.

Introduit par DéJoé, le spectacle a duré environ 70 minutes. La courte prestation de ce premier qui a laissé le public sur sa faim, pose déjà les bornes d’une soirée honorifique. Interrogée à cet effet sur le passage fulgurant de DéJoé, Katiana Milfort répond qu’il ne faisait pas partie du gros du spectacle. « Il devait jouer le rôle de MC tout simplement, mais on a trouvé une façon de l’intégrer au spectacle pour que son apparition ait été plus significative », affirme la cheville ouvrière de la soirée.

« Comme tout le monde, nous savons qu’il a un talent hors-norme », renchérit-elle. Affirmant qu’une prochaine fois son humour décapitant trouverait son temps de déballage.

Atys Panch, quant à lui, a réussi son numéro avec grâce, aux yeux de Mme Milfort pensant que sa présence contribue grandement à la réussite de la soirée. « C’est un comédien extraordinaire qui sait exploiter le menu fretin pour produire du sens ». Le spectacle n’aurait pas été complet sans son apport et sa grande détermination, ajoute-t-elle.

En dehors de toutes ces considérations, le clou de la soirée reste la prestation de Gaëlle Bien-Aimé, maitresse du jeu. Elle sait tirer sur la corde des analogies au sport, aux divertissements, à l’école mais les politiques haïtiens en ont sortis les plus grandes victimes.

« Lorsqu’on est politicien et qu’on attribue une grande importance à votre famille, à chaque randonnée il vous faut un selfie pour rassurer votre femme de votre destination », ridiculise la comédienne. Provoquant un fou rire, cette allusion met en exergue la photo du Premier ministre haïtien Jack Guy Lafontant au moment du passage du cyclone Irma dans les Caraïbes.

Depuis, effacée, mais la photo laisse des séquelles grandissantes dans l’esprit de bon nombre de compatriotes dont Pascale Solages, coordonnatrice de l’association féministe Nègès Mawon, qui n’a pas ménagé sa tristesse à la découverte de cet égo-portrait.

Gaëlle passe également en revue le slogan « Nèg bannann nan » (Nègre de la banane) du président Jovenel Moise, au moment de sa campagne, qui augurait une république ou l’agriculture constituerait sa principale source richesse. Dans un sketch très poétique, elle questionne le silence qui s’opère, depuis l’entrée en fonction de ce dernier, sur sa velléité d’entreprendre des démarches viables pour qu’Haïti devienne dans les faits ce territoire fertile rêvé de plus d’un durant la campagne électorale.

« 1 dous 1 show » devient l’énième spectacle de la comédienne Gaellel Bien-Aimé à découvrir pour comprendre les ouailles de la politique en Haïti, la violence orchestrée par les hommes contre les femmes, l’agonie de toute une jeunesse en quête de repère, d’un quotidien ridicule qui se renouvelle contre vents et marées et promet la détresse du plus grand nombre.

Quand la comédie sait lier l’utile à l’agréable, les comédiens se redécouvrent dans une autre posture qui est celle de l’engagement.

1 dous 1 show

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