Samedi 15 Décembre, 2018

La Colombie, entre l’épée et le mur!

A propos du second tour de l’élection présidentielle de la Colombie, ce dimanche 17 juin 2018.

On parle aujourd'hui en Colombie de polarisation; de conflits d'intérêts, de la haine entre classes sociales opposées, abîme des riches et des pauvres. Cependant, il y a un problème plus immédiat; que faire du désintérêt du public à exercer  son droit constitutionnel d'élire le nouveau chef de l'État?

Pour comprendre cet état lamentable d'apathie démocratique, cet état de non-participation citoyenne (47% d’abstention au premier tour), nous devons retourner à la Colombie de 1948. Pour cette année-là, clé dans l'histoire du XXe siècle en Colombie, tombe, meurt, le leader social  de plus grande projection, Jorge Eliecer Gaitán. Le décès  de ce leader social a occasionné une période de violence orageuse qui a duré plus d'un demi-siècle et fait environ 400 000 morts. Les théoriciens sociaux ont essayé d'expliquer cet événement comme le résultat presque normal des mauvais comptes des deux partis au pouvoir; le Parti libéral et le Parti conservateur.

Mais il y avait un  problème non résolu: la marginalisation de la paysannerie et les secteurs progressistes des travailleurs qui réclamaient leur participation aux affaires publiques, aux jeux politiques. Alors que la classe politique, ivre de pouvoir, de ces jours aux nôtres, ne comprenait pas son rôle de dirigeants, et commençait à systématiser la torture et la violence d'Etat en tant que programme de gouvernement. 

C’est le cas du général  Gustavo Rojas Pinilla qui a pris le pouvoir le 13 juin 1953 dans la frénésie du peuple. Il va être renversé le 9 mai 1957 après s’être lancé dans la même dynamique de répression de ses prédécesseurs.

Lorsqu'un chef d'État néglige la demande de son peuple d'être entendu, il creuse sa propre fosse. Ces hommes, puissants dans leur pouvoir, se sentaient possédés par les boissons sucrées que produit la grandeur, mais ils ne mâchaient pas bien les plats biens servis qu'apporte l'exercice de l'administration d'Etat, et ils se trouvaient dans une impasse qui les a conduits à défier et à anéantir les paysans qui, à ce moment-là, maniaient bien  les armes. D’où la naissance des Forces armées révolutionnaires Colombienne (FARC) en 1964  qui va être converties en parti politique sous le même acronyme après l’accord de paix de 2016.

Dans le pays qu’est la Colombie, le chef d'État doit comprendre que le pouvoir est pour le service public et de bonnes relations avec le secteur privé. Sinon il est perdu, ou sa période d'homme d'État ne prendra pas fin, s'il gagne ce titre.

Cela s'est passé en Colombie tout au long de la seconde moitié du XXe siècle. La paysannerie armée, avec des secteurs progressistes des travailleurs, et les étudiants de plus grande projection, ont fait la guerre à l'État jusqu'aux «Accords de La Havane», Cuba, dans l'histoire la plus immédiate.

Le duel de ce dimanche (deuxième tour de l’élection présidentielle) est entre Iván Duque qui a obtenu 31,9% des bulletins de votes des colombiens au premier tour du scrutin  du 27 mai dernier, représentant du secteur de droite, et Gustavo Petro qui lui-même a obtenu 25,1% des votes, du secteur de la gauche.

Le dimanche 17 juin 2018, la Colombie est entre deux programmes :

1.         Poursuite de la situation, avec toutes ses erreurs mais avec une croissance économique annuelle intéressante. Faut-il rappeler qu’Ivan Duque, issu de la droite dure, est opposé à l’accord de paix avec la FARC, ex-guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie.

2.         Une nouvelle conception de l'exercice du pouvoir (nouveau pour le panorama colombien), avec des résultats imprévisibles, dans un contexte international défavorable. Car on reproche à Gustavo Petro, ex militant du M19 (mouvement guérillero démobilisé en 1990), son rapprochement avec le regretté de mémoire Ugo Chavez.   

C'est ce qu'on peut appeler concrètement; "entre l'épée et le mur", c'est-à-dire que les deux programmes sont un défi pour la démocratie de la Colombie, dans la dynamique politique, économique et sociale des quatre prochaines années.

Peterson Joseph

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