Mardi 4 Août, 2020

La 1ère femme noire millionnaire aux USA était contre l’Occupation américaine d’Haïti

Madam C.J. Walker s'était levée contre l'Occupation américaine d'Haïti (1915-1934)

Madam C.J. Walker s'était levée contre l'Occupation américaine d'Haïti (1915-1934)

Madam C. J. Walker est, sans conteste, un symbole de fierté pour la communauté afro-américaine aux États-Unis; son histoire exceptionnelle force l’admiration au-delà des frontières |

Le 20 mars 2020, la nouvelle mini-série « Self Made : D'après la vie de Madam C.J. Walker » portée par l’actrice oscarisée Octavia Spencer (dans le rôle de Madam C.J. Walker), apparaît sur Netflix. Le documentaire retrace en quatre épisodes l’ascension de Sarah Breedlove alias Madame C.J Walker (1867-1919), la première femme noire millionnaire de l’histoire des États-Unis.

De la fin du XIXème au début du XXe siècle, elle fait fortune en commercialisant un éventail de produits cosmétiques pour les femmes noires. À partir de 1913, son influence marketing s’étend sur la Caraïbe, dont Haïti pour laquelle elle a pris position contre l’Occupation américaine (1915-1934).

Milliardaire autodidacte

Fille d’anciens esclaves, Sarah Breedlove naît en Louisiane (Sud-est des États-Unis) un 23 décembre 1867, quelques années après la guerre de sécession (1861-1865) laquelle a, entre autres, conduit à l’abolition de l’esclavage aux États-Unis. Cinquième enfant d’une fratrie de six, elle grandit en pleine proclamation de l’émancipation des Noirs. À l’âge de sept (7) ans, elle perd sa mère, puis à neuf (9) ans son père.

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Orpheline, à 10 ans elle part chercher refuge auprès de sa sœur aînée Louvenia dans le Mississipi (au Sud des États-Unis). Pendant 4 ans, elles gagnent leur croûte comme femme de ménage. La vie n’est pas plus rose pour mademoiselle Breedlove, elle doit faire face aux abus de son beau-frère. « L’homme la fouette chaque jour et abuse d’elle régulièrement », lit-on dans Les Échos.

Pour s’y échapper, elle épouse, à tout juste 14 ans, Moses McWilliams, ouvrier de son état. De ce mariage, elle donna naissance, à l’âge de 17 ans, à sa fille unique Leila McWilliams qui, plus tard, prendra le nom de son troisième époux, et devient A’Leila Walker.

Les péripéties la poursuivent, elle déménage alors à Saint-Louis dans le but de retrouver ses frères dans l’état du Missouri. Là-bas, elle se remarie puis divorce avec un certain John Davis. Pour subvenir au besoin de sa famille, elle devient blanchisseuse pour la modique somme d’un dollar par jour. Elle finira par épouser un journaliste au nom de Charles Joseph Walker. Ce dernier mariage durera 4 ans.

Tribulations

À l’absence d’un traitement convenable de ses cheveux, Breedlove développe bientôt une maladie du cuir chevelu qui lui fait perdre ses cheveux. « Dans les communautés noires de l’époque, les cheveux tiennent une place considérable. Avoir de beaux cheveux est le signe d’une vie professionnelle réussie et d’un statut social élevé, À les embellir et à les soigner, les femmes noires consacrent un temps considérable ». (Les Échos, 2018)

Elle a essayé, sans réel succès, maints produits capillaires disponibles sur le marché. Avant de se tourner, selon l’histoire, vers une certaine Annie Turnbo Malone, une entrepreneure noire spécialiste de produits capillaires. Plus tard, les deux seraient devenues concurrentes, mais l’historiographie noire aux États-Unis retient son souffle et esquive ce débat.

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Breedlove s’intéresse, sans nul doute, à la trichologie, car elle intègre le réseau d’agents de vente de ses produits, constitué exclusivement de femmes. Déterminée et ambitieuse, elle n’entend pas se satisfaire de ce simple emploi ; jour après jour, elle apprend les ficelles du métier pour au final tirer son épingle du jeu : elle l’abandonne pour mettre au point son propre produit, le « Wonderful Hair Grower ».

Le rêve qui a tout changé

D’après la légende, Breedlove aurait trouvé dans un rêve les ingrédients nécessaires pour résoudre son problème de calvitie. « Dans ce rêve, un gros homme noir m’apparut. Il s’assit à côté de moi et me dit quels éléments mélanger dans une préparation qui guérirait mes cheveux. La plupart des ingrédients venaient d’Afrique. Le lendemain matin, je fis ce qu’il m’avait dit et appliqué le produit sur ma tête. Tous mes problèmes disparurent. Je décidai alors de vendre cette préparation à toutes les femmes noires affligées des mêmes problèmes ». (Les Échos)

Sa révélation divine et l’origine africaine de ses produits suscitent l’intérêt de son public noir. Dans un premier temps, elle fait du porte à porte afin de vendre ses produits. Lorsqu’elle épouse C.J. Walker, tandis que sa fille Leila prépare et expédie les produits, elle sillonne une partie des États-Unis et organise de grandes séances de démonstration de vente.

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Avec son sens prononcé des Affaires, Breedlove décide de jouer sur trois fronts stratégiques pour promouvoir son produit, à savoir : sa religion, son titre de femme marié, ses origines ancestrales. Elle est, pour l’histoire, la première à montrer dans ses encarts un visage avant et après traitement- comme le font aujourd’hui nombre de femmes entrepreneures qui œuvrent dans ce domaine.

Suite à son mariage avec Walker, elle va adopter le nom de son mari Madam C.J Walker pour son entreprise afin d’y apporter une touche de respectabilité pour la plus grande joie de sa clientèle. « C’est une petite révolution chez les Afro-américains que les Blancs depuis toujours appellent par ‘’Oncle’’ et ‘’Tante’’ ou par leur prénom, suscitant un vrai sentiment de fierté parmi ses congénères ». (Les Échos) Elle garde le même nom même après le divorce.

Au succès du « Madam C.J. Walker Wonderful Hair Grower », s’ajouteront d’autres produits : shampoing, savon etc. Elle devient la première à créer une ligne complète de produits cosmétiques de marque destinés à la communauté noire des Etats-Unis.

Une source d’inspiration

Avec l’essor de sa ligne de produits, Madame C.J. Walker fait construire une usine dénommée ‘’Madame C.J Walker Manufacturing Compagny’’, à Indianapolis, la principale ville industrielle des États-Unis de l’époque. Elle ouvre, également, dans d’autres contrées des salons spécialisés dans les soins capillaires et emploie plusieurs milliers de femmes noires comme agent commercial.

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Plus tard, elle ouvre l’école Lelia College of Beauty Culture afin de former de nouveaux agents aux soins capillaires. AOL a établi ce 17 avril une liste de produits qui s’est inspirée aujourd’hui du modèle de Madam C.J. Walker.

Madam C.J. Walker fait entrer le luxe dans sa vie privée. Elle se fait construire un manoir baptisé Villa Lewaro par Vertner Tandy, le premier architecte noir enregistré à New-York. Elle possédait sa propre automobile et avait pour voisins de riches industriels tels que : Jay Gould, John D Rockefeller pour ne citer que ceux-là.

À sa mort le 25 mai 1919, sa fortune s’estimait à environ un million de dollars américains, ce qui correspond à plus de dix (10) aujourd’hui. « Son entreprise a cessé ses opérations en 1981. Mais la marque a été récemment relancée », d’après Les Échos.

Une philanthrope et activiste, elle était contre l'Occupation américaine d'Haïti

En parallèle à son activité commerciale, Madam C.J. Walker s'implique dans la défense des droits des femmes et des Afro-Américains. Elle est une figure symbolique de l'afro-féminisme, elle a embauché et éduqué des milliers de femmes noires. Sa villa était devenue un lieu de rassemblement pour des leaders communautaires.

Elle a versé multiples dons à des collèges et écoles secondaires noirs et à des organisations axées sur le bien-être social des Noirs américains. Elle participe notamment au financement de plusieurs associations comme la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP) qu'elle finance à hauteur de 5,000 dollars une campagne contre le lynchage.

En 1919, Madam C.J. Walker s’allie avec Philip Randolph, et, les deux, fondent la Ligue internationale pour les peuples noirs à travers laquelle elle prit clairement position contre l’Occupation américaine d’Haïti qui était à sa quatrième année. Elle s’était également opposée à la colonisation européenne des pays comme le Togo, la Cameroun etc.

Elle fut élue vice-présidente de la National Equal Rights League fondée par William Monroe Trotter.  Lorsqu’elle décède à l’âge de 51 ans d’une insuffisance rénale et de complications dues à l’hypertension, selon ses derniers souhaits, les deux tiers de ses bénéfices ont été versés à des œuvres caritatives.

Actualités

Madame J.C Walker détient actuellement le record du monde Guinness de la toute première millionnaire autodidacte. Elle est inscrite au National Women’s Hall of fame. Son manoir a été désigné monument historique national en 1976 et appartient actuellement à la New Voices foundation, selon le National Trust for historic Preservation. Un timbre à son effigie est émis en 1998 par le United States Postal Service (USPS).

Madam C. J. Walker est, sans conteste, un symbole de fierté pour la communauté afro-américaine aux États-Unis; son histoire exceptionnelle force l’admiration au-delà des frontières.

Wyddiane Prophète

Mémorant à la Faculté de Linguistique Appliquée

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