Dimanche 15 Septembre, 2019

« Krik Krak », pour reconstruire la mémoire des traditions locales

Allenby Augustin, Secrétaire général d'Akoustik Prod et opérateur culturel, dans les locaux de Loop Haiti mardi 28 mai 2019./Photo: Loop Haiti-Rosny Ladouceur.

Allenby Augustin, Secrétaire général d'Akoustik Prod et opérateur culturel, dans les locaux de Loop Haiti mardi 28 mai 2019./Photo: Loop Haiti-Rosny Ladouceur.

Le festival « Krik Krak », initié en 2011 par Akoustik Prod, se déroulera du 7 au 9 juin prochain dans la ville des Cayes. Invités d’honneur : Beethovas Obas dont la carrière fonce dans la trentaine, ainsi que la mythique bande à pied Mabouya, auréolée de 40 années de gloire.

Misères, impunités, troubles politiques, chute brutale de la monnaie locale, assassinat, kidnapping, guerre de gangs, banditisme : le tableau est lugubre et chaotique. Dans cette République pillée où les citoyens se battent pour la survie, un groupe de jeunes, les poches pleines de visions, a pensé à monter un festival qui veut tenir encore debout la mémoire des traditions  culturelles. Quand le séisme du 12 janvier 2010 a frappé Haïti, une île déjà appauvrie par des dirigeants turpides, « on ne parlait que de reconstruction des bâtiments effondrés, parties en fumées de poussières », a lâché Allenby Augustin, dans les locaux de Loop Haïti.

 

 

Genèse

C’est de là qu’est venue l’idée de fonder après ce triste drame l’association « Akoustik Prod ». « Elle est née dans le casse-tête de reconstruire la mémoire des traditions locales pour qu’elles ne s’écroulent pas ». Il fallait donc gonfler ses muscles, pallier au misérabilisme ambiant, rapprocher les gens grâce à la culture, insuffler une autre vie à l’industrie, la seule à s’être mis debout après cette terrible catastrophe.

À l’origine,  notre ambition, a indiqué le Secrétaire général, était d’organiser « Krik-Krak » dans un espace ouvert au grand public avec pour mission de démocratiser les activités culturelles et les rendre accessibles à tous. Mission impossible ! « Toutes les places publiques à investir étaient bondées de sinistrés et des gens victimes du séisme ».

Pareille situation pour la ville de Jacmel qui a aussi trotté dans notre tête. Mais elle est aussi sévèrement touchée par le tremblement de terre que la capitale. « Originaire des Cayes, j’avais donc proposé à mes autres camarades que le festival se tienne dans cette ville du Sud qui a tant de siècles d’histoire musicale et populaire à raconter ».

« Krik-Krak » revêt donc  d’un triple aspect : apporter aux Cayens les activités culturelles concentrées à Port-au-Prince, valoriser la ville, perpétuer et garder vivantes les traditions à savoir les jeux, contes, danses et les chants traditionnels.

Récolte lente du succès

Au début, c’était un festival qui se cherchait et qui avait besoin d’embrasser la réalité du terrain, poursuit le responsable des Jeudis de l’art contemporain, une série de débats organisés chaque dernier jeudi du mois à la Maison Dufort, Bois-Verna. De 2013 à date, les expériences cumulées en matière d’organisations, de logistiques, de partenariats développés avec une palette d’associations de la ville et de bailleurs sont jusqu’ici fructueuses.

Capitaliser sur la compétence et les efforts de ces partenaires qui prennent en charge l’évènement dans tous ses aspects (dont techniques et artistiques), regrouper toutes ces associations de la ville autour du comité organisateur traduisent, somme toute, l’approche participative de l'équipe de plus en plus renforcée.

Beethovas Obas et Mabouya : patrimoines nationaux

Comme chaque année, « Krik Krak honore deux personnalités » : l’une de renommée nationale et l’autre évoluant aux Cayes et considéré comme étant un patrimoine. L’an dernier, le comité avait fait choix de la chanteuse Emeline Michel et de l’historien Dennery Ménélas.  Pour cette 6e édition, les deux invités sont Beethova Obas, icône de la musique engagée,  et la mythique bande à pied « Mabouya », une institution vielle de 40 ans.

Au menu de « Krik krak » : des conférences-débats, des expositions de peinture, des spectacles de contes dans les écoles et dans les rues, défilés-rara avec, entre autres, « Apach band », des concerts de musique avec différents groupes et artistes dont Ram, Erol Josué, Chorale Fokal, Chœur Rossignol, etc.

 

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