Lundi 18 Juin, 2018

Kouzin Ayiti : l'artisanat local en couleurs, du sombre au flamboyant

Gaëtane Charlotin. Photo : Estailove St-Val/LoopHaiti

Gaëtane Charlotin. Photo : Estailove St-Val/LoopHaiti

Cet article fait partie d'une série de cinq portraits que nous menons avec Radio Mega sur les opportunités et difficultés que rencontrent les jeunes entrepreneurs en Haïti. Nos entrevues intégrales sont à écouter sur Mega (103.7) chaque semaine. 

Kouzin Ayiti est une jeune entreprise évoluant, depuis deux ans, dans le secteur de l’Artisanat, en Haïti. Grâce à la qualité de ses produits (sacs, sandales, bijoux et autres articles) et leur originalité, malgré son jeune âge, elle s’est taillée, non sans difficulté, une bonne place dans le milieu. Si vrai qu’à deux reprises, elle est sélectionnée pour participer à la plus grande exposition artisanale du pays - Artisanat en Fête -, dont la 11e édition a eu lieu les 21 et 22 octobre.

 

Coup de loupe sur le parcours de ce “rêve” avec Gaëtane Charlotin, la jeune tête, dans la vingtaine, dont est sorti Kouzin Ayiti - ce projet qui fait d’un côté, la fierté de toute une équipe et, de l’autre, le bonheur de nombreux clients vivant tant en Haïti qu’à l’étranger.

“Disciplinée et ambitieuse”, Gaëtane confie être tombée amoureuse du Design et de la couture dès son enfance, grâce à ses parents (sa mère dite “Manman couleurs” pour son habilité à manipuler les couleurs, puis sa tante) qui pratiquaient ces activités et lui apprenaient de temps à autres des techniques qu’elle appliquait de manière remarquable.

Diplômée en Droit, finissante en Sciences politiques et Relations internationales, celle qui se veut “designer-entrepreneur” témoigne que ces études n’ont pas pu l’éloigner de l’un de ses rêves les plus chers: Avoir son propre Atelier d’Artisanat!

Ainsi est née en 2015, Kouzin Ayiti qui se spécialise dans la création d’articles comme des sacs-à-mains, des vêtements, des sandales, des bracelets et autres produits artisanaux.

“Après de telles études, les gens attendent de toi que tu deviennes avocat(e), c’est tout”, fait-elle savoir. Mais cela n’a pas pu arrêter la jeune “têtue”, comme elle s’auto-qualifie, qui déplore le fait que certains ont tendance à voir les pratiquants de l’art comme des “dérangés”, dans un pays comme Haïti.

 

Des débuts difficiles

Sans surprise, il y a eu beaucoup d’embuches sur le chemin, à en croire la PDG de K-A. Primo, porter en même temps, le chapeau d’étudiant, de travailler tout en tentant de créer son entreprise n’est pas facile, confie-t-elle à Loop Haïti.

Secundo, côté financier, trouver des fonds pour démarrer son entreprise en Haïti est le tour du combattant ou plutôt de la combattante. Aucune surprise là-dessus non plus. “Ce n’est pas que je ne trouvais pas de prêt mais plutôt que les intérêts exigés par les banques représentent un trop grand risque, considérant le climat des affaires instable dans le pays”, souligne-t-elle.

“J’ai du faire mes propres économies pour arriver à mettre sur pied l’Atelier”, raconte, avec fierté, la jeune femme qui ne jure que par la réussite et surtout de “bien réussir!”

Le problème financier se pose - disons s’impose -, à plusieurs nivaux, selon la jeune entrepreneure. Même après les sacrifices des créateurs pour réaliser l’oeuvre, le client peut ne pas pouvoir s’en procurer, faute de pouvoir d’achat. Or, revoir les prix à la baisse est un véritable dilemme pour l'entrepreneur, qui doit d'abord couvrir le coût de production de l'article mais aussi et surtout vivre de son activité. 

 

Ajouté à tout cela, il y a aussi le problème d’électricité. Aussi pour les matériels coûteux et à manipuler avec beaucoup de soin, il arrive qu'on ne trouve pas la main-d'oeuvre qualifiée pour la tâche, se plaint la Designer, qui plaide pour une standardisation de l'Artisanat dans le pays.

L’originalité, exigence première à Kouzin

Par dessus tout, Kouzin Ayiti a su se frayer un bon chemin jusqu’ici. Et ce n’est pas gratuit. 

“Toujours se démarquer des autres”. Là a toujours été l’ambition de la créatrice de K-A, Gaëtane Charlotin. La créatrice qui dit concevoir elle-même ses dessins pour les produits qu’elle commercialise, veut s’assurer que les articles signés K-A ne se retrouvent nulle part ailleurs. Elle soutient également que “les clients demandent toujours du nouveau” et que cela exige de la part des producteurs de la créativité.

Même si à Kouzin, il y en a pour toutes les bourses - petite, moyenne ou grande -, cela ne diminue en rien la qualité et la durabilité des articles, quel que soit leur prix, rassure la Mme Charlotin.

“Nous sommes encore loin du but”, avoue celle qui conseille aux jeunes, désireux de s’investir dans le domaine de l’entreprenariat et de l’artisanat, d’être “méthodiques” dans leurs démarches.

Aujourd’hui, reconnue par l’Etat haïtien et comportant sept employés réguliers, Kouzin Ayiti peut répondre à des appels d’offre et honorer des contrats (personnes physiques ou institutions). Elle compte également une association (reconnue elle aussi par l’Etat) qui réunit de jeunes artisans du pays.

Le marché international est encore vierge pour l’artisanat haïtien selon Gaëtane. C'est pour elle l’une des nombreuses opportunités scintillant à l’horizon. Son rêve le plus cher est de pouvoir exporter ses produits #MadeInHaiti et implanter l’entreprise dans d’autres pays du monde.

Raoul Junior Lorfils