Samedi 11 Juillet, 2020

Jovens Antoine, le médecin haïtien sur un char musical pour sensibiliser la Grand’Anse au coronavirus

Le Dr Jovens Antoine sur un char musical à Les Irois pour faire sensibilisation sur le nouveau coronavirus. Crédit photo: Jovens Antoine/Staff

Le Dr Jovens Antoine sur un char musical à Les Irois pour faire sensibilisation sur le nouveau coronavirus. Crédit photo: Jovens Antoine/Staff

Le manque d’informations sur le nouveau coronavirus (Covid-19) cumulé par les Grand’anselais a fait pâlir le visage du Dr Jovens Antoine, ce jeune diplômé à Cuba en médecine familiale. Depuis trois jours, il chevauche un char musical pour faire sensibilisation sur le nouveau coronavirus (Covid-19) dans la Grand'Anse. 

Samedi 21 mars, à la ville côtière de Dame-Marie (commune située à quelque 329 km de la capitale). Au crépuscule, le jeune médecin Antoine bousculait encore sa cervelle pour trouver un refuge au confinement imposé par le gouvernement haïtien le jeudi 19 mars.

Soudain, une idée pointa son nez : prendre son bâton de pèlerin pour aller propager la nouvelle du nouveau coronavirus (Covid-19) déjà dans nos murs, et dont les populations reculées accusent un retard dans la prise de connaissance des mesures efficaces préconisées par les professionnelles de la santé dans le monde.   

La force collective 

« Avant je pensais à trouver un mégaphone, conte-t-il à la rédaction de Loop Haïti. Mais je me suis rendu compte que je ne pourrais jamais parcourir toutes les sections communales avant une éventuelle propagation du virus dans le département ». C’est alors qu’il s’est soumis à l’idée de chevaucher un char musical pour mener une campagne de sensibilisation. Mais le problème est à moitié résolu, où trouver le matériel nécessaire, un kit de son, une voiture, de l’essence, etc. ?

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« Je faisais part de mon intention à des amis qui ne mont pas marchandé leur support », explique le natif de la commune d’Anse-d'Hainault. Ensemble, le groupe a lancé une collecte de fonds sur Facebook qui a vite été un succès en quelques heures.

 

L’espace d’un cillement, « nous avons récolté une belle petite somme sur laquelle nous pouvions nous appuyer pour prendre la route », épilogue-t-il. Nous avons loué un kit son, nous approvisionner en essence, un particulier nous a prêté une génératrice, un autre la voiture, etc. ».

Dimanche 22 mars, au petit matin, le convoi a abandonné le terminal de Dame-Marie, sa terre d’accueil depuis 2016, pour avaler les 30 kilomètres de routes qui mènent à Les Irois. Là-bas, la sensibilisation a coûté une journée, de l’énergie à profusion sans jamais se fatiguer.

« Les gens ne savent pas réellement ce qu’est le coronavirus. Ils faisaient fi du danger imminent que représente le Covid-19 pour la communauté », constate-t-il. Il ne se trompait pas d’avoir pris la route pour aller faire ce « travail communautaire », dit-il.

Engagement citoyen

Le chemin n’est pas moins épineux pour le jeune médecin de 32 ans assistant à la Direction médicale de l’Hôpital Communautaire de Dame-Marie, un centre qui accueille entre 20 et 30 patients par jours en quête des services dentaires, gynécologie obstétrique, entre autres. Le centre dispose seulement deux médecins actifs pour une population de 40,000 habitants.

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« Les gens prêtent à cela une intention politique », regrette-t-il. Sans pour autant nier ses velléités d’intégrer l’arène politique un jour ou l’autre. « Je suis dans la rue pour faire de la sensibilisation, pas pour faire campagne », prévient-il. Les deux vérités existent conjointement dans sa tête.

« Nous avons fait une grande mobilisation, nous nous arrêtons à certains points clés pour bien délivrer le message à la population, les expliquer qu'il faut se laver les mains constamment, garder une distance d'1m50 vis-à-vis de l'autre, rester chez eux jusqu'à nouvel ordre, etc. », émet ce dernier.

Lundi, la mobilisation a poursuivi son petit bonhomme de chemin à Anse-d'Hainault, son pays natal. « N’importe qui avec des quintes de toux aiguës, les névralgiques doivent faire appel aux autorités locales pour un test médical urgent », crie-t-il aux oreilles de la population, juché sur un char musical, dans une vidéo postée sur sa page Facebook.

Ce mardi, il a fait le chemin du retour à Dame-marie, là où tout était parti. « Je suis satisfait d’avoir apporté mon aide », dit-il, presque sans orgueil. Il a raccroché ses crampons par faute de moyens, explique-il.

« J’aurais pu parcourir le long du département de la Grand’Anse [mise à genou par le cyclone Matthew en 2017, ndlr] pour les mêmes motifs, mais je dois surtout remettre les matériels », regrette-il.

Pas plus tard ce lundi 23, le ministère de l’Intérieur et des Collectivités Territoriales (Mict), a communiqué aux Administrations communales que le « montant de soixante-quinze mille gourdes a été viré sur [leur] compte bancaire ».

Si l’État a pris son temps pour entamer une campagne de sensibilisation robuste sur les menaces de la maladie, le médecin ne voulait se payer ce luxe de voir ses compatriotes croupir dans une indifférence qui n’a de différence que par l’absence d’information.

C’est à ce titre qu’on ne peut pas le méprendre quand il dit : « je suis un homme d’action ».

Websder Corneille

Twitter@webscorneille 

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