Mardi 19 Novembre, 2019

"Jovenel Moïse doit partir mais quelle alternative?"

A gauche, le président Jovenel Moïse, à droite, Stéphane Vincent

A gauche, le président Jovenel Moïse, à droite, Stéphane Vincent

Le Jovenelisme est dans l'abîme. L’échec du président Jovenel Moïse à la plus haute magistrature de l’Etat est consommé. J’ai supporté le candidat en 2015 estimant qu’il était alors le meilleur des candidats en lice. L'entrepreneur « à succès » qu’on nous a présenté et formaté à souhaits par le PHTK était plus convaincant que les autres aspirants à la magistrature suprême, tous issus de la classe politique traditionnelle aujourd’hui radiée par le peuple haïtien depuis Goudougoudou. Aujourd’hui elle n’inspire guère confiance.

Par Stéphane Vincent

Néanmoins, jamais n’aurais-je imaginé que le candidat à priori porteur d’une vision serait aussi incapable de mener un pays à bon port. De toute l’histoire d’Haïti, on a rarement eu un président aussi répugné par un peuple déboussolé et appauvri (il faut aujourd’hui 95 gourdes pour un dollar). Jovenel Moïse a gaspillé une présidence par son amateurisme inégalable et ses vides promesses incessantes envers le peuple.

Deuxième saison de la série #PeyiLòk, il est évident que Jovenel Moïse doit partir, mais quelle alternative?

Le départ imminent du président Moïse causera un vide institutionnel en dehors de la Constitution de 1987. Il nécessitera une transition afin de « repenser le pays » à travers un autre projet de société et un dialogue national sincère. Parmi les objectifs de cette transition, il faudra accoucher une nouvelle Constitution et réaliser des élections générales crédibles d’ici 2021. Présentement, nous faisons face à un Premier ministre nommé Jean Michel Lapin depuis deux mois ne pouvant être ratifié par une 50ème Législature improductive en voie d’autodestruction.

Cette législature, ou du moins la majorité qui la dirige, apparaît comme incapable, incompétente et ne peut même assurer une stabilité gouvernementale durable depuis deux ans. Au lieu de contrôler l'Exécutif, des parlementaires se livrent au pillage sans scrupule de l’Etat en gérant des ministères et directions générales à distance par le biais de serviteurs loyaux sans aucun programme de service à la population mais plutôt le plein quotidien de leurs poches. Autant que le Jovenelisme, le Parlement est décrié et dénué de toute confiance et de légitimité populaire. En conclusion, on ne peut procéder à une transition de profiteurs à la Jocelerme Privert s’appuyant sur ce Parlement.

Au-delà du support continu du « blanc unique » de Washington DC (Maison Blanche), pour cause de support sur le dossier Venezuela (pourtant allié de longue date et source de Petrocaribe), Jovenel Moïse s’accroche encore à la Présidence grâce à une opposition faible et décrédibilisée.  Car « l’international » change toujours de camp aussitôt que le béton se surchauffe. Les acteurs en les personnes de André Michel, Moise Jean Charles, le G4, et consorts pèsent lourd sous la couverture du Secteur Démocratique et Populaire dans leur bataille contre le régime Tèt Kale et plus précisément pour le départ de Jovenel. Toutefois, leur force peut aussi bien être leur faiblesse car une équipe avec trop de vedettes a souvent tendance à perdre les matchs à cause d’ambitions personnelles et souvent égoïstes. L’hypocrisie entre ces acteurs est palpable car ils veulent tous être en tête.

Du reste, la classe politique traditionnelle en opposition est plus que jamais désunie. Au demeurant, les Petro-Challengers nouveaux acteurs du béton qui font secouer les dilapidateurs du fonds Petro-Caribe semblent aussi divisée. C’est pour cela qu’il est noté un éclatement qui a favorisé les éclosions de plusieurs initiatives telles que AyitiNouVleA, NouPapDomi, NouPapKonplis etc. Derechef, nous ne pouvons compter sur une opposition aussi désunie pour une transition post-Jovenel. Il nous reste donc les autres acteurs de la société haïtienne tels que la société civile et les entités religieuses.

Aujourd’hui, les inégalités sont de plus en plus criantes et le peuple croupit dans sa misère. La nation est polarisée et nous constatons tous la fin d’un cycle et l'ébullition d’un régime politique post-dictature inefficace. L’heure est à la conversation sincère. Le mot dialogue tellement piétiné par nos politiques malhonnêtes devient un cliché. La République d'Haïti est à refaire et l’éclatement populaire que craint tous est à éviter. Pour se faire, tous les secteurs de la vie nationale (Secteur Démocratique et Populaire, Petro-Challengers, partis politiques, Religions pour la Paix, Conférence Épiscopale, société civile, etc) doivent se mettre ensemble dans un franc-parler pour une transition consensuelle à la hauteur de la crise avec une feuille de route claire. « En Avant » pour un autre régime politique, une nouvelle constitution et une nouvelle Haïti!

Stéphane Vincent

Citoyen Concerné
Etudiant en Droit
Université Paris II Panthéon-Assas

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