Dimanche 8 Décembre, 2019

Politique de santé mentale en Haïti, des spécialistes préoccupés

Illustration de symptôme de dépression, d'angoisse, du stress et de traumatisme psychique - Crédit Photo : Olivier BEUZON

Illustration de symptôme de dépression, d'angoisse, du stress et de traumatisme psychique - Crédit Photo : Olivier BEUZON

À l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale célébrée ce mercredi 10 octobre, l’Association Haïtienne de la Santé Mentale a lancé un appel à l’Etat haïtien pour réviser sa politique de santé mentale. Seulement 40 professionnels en psychologie sont disponibles pour les 10 millions d’habitants, selon l’association. L’Etat haïtien à beaucoup à faire selon eux pour arriver à une réelle prise en charge des personnes qui souffrent de trouble mental.

Alors que le dernier séisme du 6 octobre, faisant près de 17 morts et 188 blessés dans le Nord-ouest, laisse jusqu’à présent une psychose de peur chez les Nordouesiens, le pays ne dispose pas un nombre suffisant de psychologue pour accompagner ces braves rescapés, traumatisés après les secousses de magnitude 5,9. Voulant mettre cette situation déplorable dans laquelle le mince effectif de 40 psychologues professionnels doit desservir environ 10 millions d’habitants (soit 1 psychologue pour 250 mille habitants), l’Association Haïtienne de la Santé Mentale a initié une semaine de conférence-débat à l’université Quisqueya.

Selon l’association, cette journée mondiale de la santé mentale célébrée ce 10 octobre à travers le monde est un carrefour dans lequel les dirigeants doivent décider de quelle politique de santé mentale veulent-ils doter le pays. D’ailleurs, après les moments de choc soudain mettant en jeu une grande colère, de l’indignation ou de la tristesse ou plus rarement un bonheur extrême (Bourguignon, 1984 ; Nicolas et al. 2006), la population a besoin d’accompagnement psychologique, souligne Jacqueline Baussan Loubeau.

Il est vrai qu’on ne dispose pas de données fiables sur la prévalence des problèmes de santé mentale en Haïti, mais la répartition des diagnostics observés dans un hôpital psychiatrique a été estimée de la manière suivante : 30 % des patients souffraient de schizophrénie, 30 % faisaient face à un trouble bipolaire avec manies, 15 % souffraient d'autres psychoses alors que 5 % et avaient de l'épilepsie.

La dépression, un facteur non-négligeable

La « dépression mentale » qui se réfère à la dépression telle qu’elle est comprise par la psychiatrie occidentale, généralement exprimée en termes de maux de tête, mal de dos ou autres douleurs corporelles non-spécifiques (Hillel et al. 1994) affecte un bon nombre d’Haïtiens sans que ces derniers ne le sachent.

Cet état d’affaiblissement général attribuable à des états pathologiques tels que l’anémie et la malnutrition est généralement exprimé en termes de symptômes somatiques : sensation de vide ou de tête lourde, insomnie, distraction (c’est-à-dire « ma tête est ailleurs »), fatigue, manque d’énergie et d’appétit.

Elle peut être aussi considérée comme le résultat d’une inquiétude excessive, d’une préoccupation obsessionnelle au sujet des problèmes de la vie, ou dû à un traumatisme. En général, la famille élargie offre des conseils et des soutiens aux individus en situation de dépression qui sont rarement traitée par les professionnels de santé (Desrosiers et Fleurose, 2002).

Des troubles liés à un traumatisme et à une perte

Le tremblement de terre de 2010 en Haïti a exposé de nombreux segments de la population haïtienne à un traumatisme et à une perte. Plusieurs personnes ont perdu des êtres chers, des maisons, des entreprises et leurs moyens de subsistance. Nombreuses sont celles à avoir été témoins de la mort et de blessures graves pendant et après le tremblement de terre. Situation qui s’est vue aggravée par la violence civile qui a suivi le séisme. Ces événements traumatiques graves ont probablement un impact sur la santé mentale de nombreux Haïtiens, en particulier pour ceux ayant une vulnérabilité préexistante ou qui ont déjà été confrontés à un traumatisme.

Selon un extrait du rapport intitulé « Culture et santé mentale en Haïti : une revue de littérature », publié par l’OMS/OPS en 2010 : « Les femmes haïtiennes ont été reconnues comme étant plus susceptibles de développer des troubles liés à un traumatisme en raison de leur vulnérabilité face aux différents types de violence, y compris la violence conjugale, la violence civile et le désordre politique. Une étude réalisée par Roseline Benjamin, une psychologue qui travaille à Port-au-Prince avec les victimes de violence conjugale a révélé que parmi les 1 505 femmes résidant dans les neuf départements, 70 % avaient été victimes de violences, dont 37 % de violences à caractère sexuel et 33 % de violences à caractère physique. Le plus souvent, l’agresseur est connu de la victime (65 %) ou est son partenaire (36 %). Plusieurs femmes développent ultérieurement des symptômes du syndrome de stress post-traumatique (SSPT), de dépression, d’anxiété et des troubles somatiques. »

Tout compte fait, de sérieuses mesures doivent être prises pour renforcer la capacité de résilience de la population haïtienne, pour l’aider à être prête à faire face aux catastrophes naturelles.

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