Dimanche 22 Juillet, 2018

Johnny Hallyday : « Les Haïtiens sont des cireurs de bottes »

Johnny Hallyday, mort le 6 décembre et inhumé ce lundi sur l'île de Saint-Barthélemy. Photo: Le Peuple

Johnny Hallyday, mort le 6 décembre et inhumé ce lundi sur l'île de Saint-Barthélemy. Photo: Le Peuple

S’il faut un jour, et avec plaisir, remuer les archives autour de la plus grande star du rock français, Monsieur Johnny Hallyday, décédé dans la nuit du mardi 5 au mercredi 6 décembre 2017, l’on ne se surprendra guère que le monde entier se soit mis à genoux devant sa dépouille mortelle un samedi 9 décembre 2017, tant son œuvre et la dévotion de ses fans à son égard furent immenses.

Pas moins de trois présidents français (Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron – président en exercice) ont témoigné de l’auguste affection à l’égard de ce dernier – de par leur présence remarquable. Oublions un tantinet la foule compacte massée sur les Champs-Elysées et autour de l’église de la Madeleine pour faire un adieu à cette icône nationale française.

Au-delà de cette volonté unanime à perpétuer la mémoire de cet arbre, aucun nuage n’a-t-il assombrit le ciel en évoquant son nom ? Pareille interrogation actionnerait de mauvais souvenirs chez les jeunes haïtiens des générations 60 et 70 qui idolâtraient le chef de file des « yé-yé », avant que ce dernier n’ait refusé de fouler le sol national traitant les haïtiens de cireurs de bottes.

Dans la foulée des éloges panégyriques de ce samedi 9 décembre, Guy Laudé, banquier de carrière, a jeté un caillou sur le convoi funéraire de Johnny Hallyday. Le financier se souvient avec regret que le crooner a esquivé l’invitation de quelques entrepreneurs culturels haïtiens à tenir performance en Haïti dans la période 60 à 70.

« Les Haïtiens sont des cireurs de bottes. Ce que je retiens de lui quand on l'avait invité à venir chanter pour nous au Capitol. J'ai grandi avec cette gifle », a évoqué sur Twitter Guy Laudé.

Contacté à cet effet par LoopHaïti, le banquier réagit sur la déferlante vague de commentaires élogieux sur ce dernier sans que personne n’ait pris le temps nécessaire de rappeler ce grand couac à la génération d’aujourd’hui. « J’ignore la date exacte, mais cela remonte à la fin des années 60 ou début 70, donc sous Duvalier. L’information circulait dans les tiroirs parce que nous étions sous la dictature », poursuit-il en privée.

A l’époque, « Les grands noms faufilaient ici : Nelson Ned, Antonio Aguilar, Bebo Valdès, Julio Iglesias, etc. Ainsi le bruit courait que Johnny Hallyday, la coqueluche du moment et le sosie d’Elvis Presley qu’on admirait tant, allait être dans nos murs. Quand l’évènement n’a pas eu lieu, j’entendais tous les grands personnages donner la raison », se souvient-il avec spontanéité.

Même son de cloche du côté du journaliste sénior Jacques Sampeur, PDG de radio-télé Antilles International, qui tient pour avérés les faits allégués. A LoopHaïti, il a affirmé que le temps a un tantinet altéré cette histoire, néanmoins elle reste intacte dans sa mémoire. « Effectivement, nous étions emballés par ce chanteur qui nous apparait beau, gentil et intelligent. Son attente a été si grande, renchérit-il, que certains d’entre nous, jeunes, ont pleuré à l’annonce de l’avortement des négociations ». 

Related Article

Avouant qu’il ne détient pas l’exactitude des faits, sa mémoire n’ignore en aucun cas que ces mots de Johnny Hallyday ont saboté une partie de son audience de l’époque. « Nous répugnons à l’écouter de la même manière parce que nous avions eu conscience que ces propos reflètent une forme de discrimination », lâche l’ancien candidat aux dernières élections présidentielles.

De mémoire, une autre personne témoin de ce procès : Marc Exavier, professeur d’université et ancien directeur de Radio Nationale d'Haïti. « L'un des premiers chanteurs que j'ai vus à la télévision, quand je suis arrivé à Port-au-Prince en 1974, ce fut Johnny Halliday. Et dans ces années 1970, tout le monde, surtout les apprentis guitaristes, fredonnait Les Portes du Pénitencier », relate ce dernier sur sa page Facebook le 6 décembre dernier.

Comme les précédents témoins son enfance ne lui a pas enlevé le goût de ce souvenir funeste. « Ce refrain semble bien vrai parce que toute le monde l’entonnait à l’époque », répond-il au téléphone. Certes fâché, mais la déclaration n’a pas altéré l’amour du professeur pour le rockeur. « A la sortie de l’album Rock and roll attitude, comprenant l'hymne magique Quelque chose en nous de Tennessee, je me relie de nouveau à Johnny. L’affront, argue-t-il, est vite refroidi ». Cet opprobre ne l’a jamais relâché comme les musiques de Johnny, conclut-il.

Pour ne pas conclure, cette épine n’enlève en rien l’effet de séduction qu’a causé le chanteur sur des milliers de personnes au fil des ans. S’il faut se replonger dans cette histoire de « cireur de botte » vieille de quatre à cinq décennies, il convient, par équilibre, de rappeler aussi son geste de 100.000 euros envers Haïti en 2010 dans ce travail restitutif de sa mémoire.