Dimanche 21 Octobre, 2018

Jeunes, dynamiques, riches et ambitieux, les nouveaux "gentlemen farmers" du Nigeria

Peter Okocha Junior, fondateur de PS Nutrac montre les serres où il cultive en aéroponie, le 5 juin 2018 à Wasinmi, près d'Abeokuta, au Nigeria

Peter Okocha Junior, fondateur de PS Nutrac montre les serres où il cultive en aéroponie, le 5 juin 2018 à Wasinmi, près d'Abeokuta, au Nigeria

"Vous voulez voir à quoi ressemblent des milliards de dollars en gestation?" P.J. Okocha, jean et baskets aux pieds, s'engouffre dans une petite maison moderne perdue dans la campagne d'Abeokuta, dans le sud du Nigeria. Derrière la porte s'étalent un millier de semis de patate douce.

A 34 ans, Peter Okocha Junior, aka P.J., a déjà investi dans les transports portuaires et dans le développement de la région pétrolière du Delta, où sa famille a fait fortune. Mais son eldorado à lui sera vert, il en est convaincu.

En quelques mois, leur compagnie PS Nutrac était née. Deux ans plus tard, des dizaines de milliers de plantes poussent sous des serres de bambous, cultivées à l'infini en aéroponie, c'est-à-dire sans terre et grâce à un ingénieux système d'aération et d'arrosage, une forme de culture hors-sol rare dans les pays en développement.

Tous les jeunes du village ont quitté la campagne pour aller "vivre en ville", explique Chef Awufe Ademola, la soixantaine et propriétaire d'une petite exploitation d'un peu plus de trois hectares.

- Défi alimentaire -

Le défi alimentaire est immense: le Nigeria compte 180 millions d'habitants et devrait être le 3ème pays le plus peuplé au monde en 2050.

L'accès des produits agricoles aux mégalopoles de plusieurs millions d'habitants se fait grâce à des camions hors d'âge sur des routes défoncées. Il n'existe pas assez de hangars de stockage, encore moins réfrigérés, et les usines de transformation restent rares.

Une aberration économique qui fait toutefois rêver, aujourd'hui, les investisseurs.

"Les futurs milliardaires de ce pays seront des fermiers ou des gens qui investissent dans les nouvelles technologies ou l'énergie renouvelable. Et à la différence du pétrole, ce sont des secteurs qui créent de l'emploi", se targue celui qui n'est autre que le petit-fils du premier ministre de l'Agriculture de l'ère post-coloniale.

Mais le retour à la terre n'est pas simple. Le principal problème pour les chefs d'entreprise au Nigeria est l'accès aux prêts bancaires, encore plus dans l'agriculture, considérée comme un secteur "risqué".

Seyi Oyenuga, lui aussi, a passé l'essentiel de sa vie entre Chicago et Washington, avant de rentrer dans le pays de son père il y a trois ans: il a troqué sa vie américaine et son entreprise de locations d'engins de BTP pour s'installer dans l'Etat d'Oyo (sud-ouest du Nigeria).

- A la dure -

Casquette John Deere sur la tête, chemise vichy bleu ciel et keffieh autour du cou, le fermier soulève à la main des remorques de tracteur avec ses ouvriers, sous un soleil de plomb.

Négocier avec les chefs traditionnels locaux pour obtenir les titres de propriétés. Creuser au tracteur des sillons dans les champs. Inventer des meules à farine avec des matériaux locaux. Elever des pylônes électrique pour connecter l'usine...

"C'est difficile, mais c'est vraiment passionnant", souffle Seyi Oyenuga en s'essuyant le front. "Je suis capable désormais de faire des choses que je n'aurais jamais imaginé possibles".