Lundi 3 Août, 2020

« Je veux aller à l’école ! », s’écrie une fillette haïtienne

Des enfants s'adonnant à l'activité de bricolage ce vendredi 22 novembre 2019. Crédit photo: Adassa Romilus/Save The Children

Des enfants s'adonnant à l'activité de bricolage ce vendredi 22 novembre 2019. Crédit photo: Adassa Romilus/Save The Children

Ce mercredi 20 novembre ramène à la journée mondiale de l’enfance, son trentième anniversaire également. Une commémoration en dents de scie dans une république qui peine à se défaire de son sempiternel lock.

Enfant aujourd’hui, adulte demain, aime-t-on dire. Et si cette parole n’était pas uniquement performative. Au moins les enfants haïtiens ne seront pas témoins de ce théâtre inculte qu’offrent des adultes mal-en-point. Ils ne resteront pas cloîtrés chez eux depuis plus de dix semaines.

Ce vendredi 22 novembre, faute de mieux, une cinquantaine d’enfants de trois à dix-sept ans se sont réunis dans l’immeuble qui abrite l’organisation américaine Save the children et la fondation britannique Lumos, à Morne Lazarre, Pétion-Ville. Les participants s’adonnaient à des jeux de bricolage, de maquillage pour ne citer que ceux-là.

Au-delà de l’ambiance qui règne sur le lieu, tout le monde ne s’y prend pas. Au micro de la presse, une fillette svelte, qui peine à traîner ses treize bougies, veut se donner une autre préoccupation que de s’entretenir avec des gosses de son âge. Aller à l’école. Tout ce qu’elle demande à la république. Ni des chaussures neuves, ni des cadeaux de Noël comme les fêtes de fin d’année s’approchent à pas de tortue.

« Je suis contente d’être là cet après-midi, et j’aime l’activité », se prononce-t-elle, de pied ferme. « J’aurais pu être une restavèk (enfant en domesticité en Haïti), mais Dieu m’a sauvé », s’est-elle exclamée. Ce discours qu’elle porte fait entendre la voix d’une adulte. Pas de pointillé. Il faudrait être fou pour croire que l’enfance est foncièrement un lieu d’innocence.  

Quand cette adolescente mentionne pour la première fois l’expression à la mode « pays lock », elle a pris tout le monde de court. « À cause du pays lock, je ne peux pas aller à l’école alors que je veux aller à l’école », s’écrie-t-elle. « Je suis obligée de prendre des leçons en privée ». Le langage de l’enfant ne serait jamais si menaçant si elle n’était pas contrainte de tirer des conséquences d’une action qu’elle n’a pas commise.  

« Je suis dérangée parce que j’aime l’école ». Une conclusion qui n’a pas vraiment l’allure de celle-là tant que dans ses yeux pétillaient l’envie de faire entendre plus. Cela rappelle un peu le slogan de campagne de Charles De Gaulle : « J’ai sept ans, laissez-moi grandir ! » (1965) Les spécialistes qui s’étaient voués au décryptage des élections à l’époque, avouent que cette formule percutante a basculé l’électorat au bénéfice de De Gaulle.

Eugène Junior Guillaume, représentant de Lumos en Haïti, soutient cette parole vibrante que porte la fillette : « Les enfants doivent aller à l’école ». « La situation du pays lock les a rendus plus vulnérables. Ils sont plus enclins à être victimes d’abus », prévient-il. Il appelle les autorités politiques, les personnalités de la société civile à une trêve pour que les enfants puissent s’accaparer du pain de l’éducation.  

Même son de cloche du côté de Carmel Dorie Barbot de l’organisation Save the children, qui pense que le « premier garant en droit des enfants, c’est l’État ». Par exemple, « Les enfants doivent bénéficier d’une éducation de qualité, et c’est écrit noir sur blanc dans la Convention relative aux droits de l’enfant, signée par Haïti en 1989 », émet-elle. Elle croit que les trois pouvoirs ont intérêt à se fusionner pour garantir un avenir meilleur à nos petits.

Malgré la ratification, Guillaume rappelle que des efforts considérables restent à faire pour la matérialisation dans le concret la lutte pour le respect des droits de l’enfant dans le pays. « Environ 30 mille enfants haïtiens vivent actuellement dans des orphelinats, alors que 80 % ont un parent vivant qui s’en occuper d’eux ». Des chiffres qui font grincer les dents.

Marc-Evens Lebrun et Websder Corneille @webscorneille

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