Vendredi 22 Novembre, 2019

A Jakarta, une bibliothèque nichée sous une voie rapide fait le plein

Une bibliothèque de rue installée sous une voie rapide automobile, le 10 février 2019 à Jakarta, en Indonésie

Une bibliothèque de rue installée sous une voie rapide automobile, le 10 février 2019 à Jakarta, en Indonésie

Des chants et des rires aigus couvrent un moment le bruit du trafic. A Jakarta, une bibliothèque pour enfants s'est nichée sous une voie rapide et attire toujours plus de monde malgré la pollution.

Le silence n'est pas de mise dans cette bibliothèque à ciel ouvert installée entre deux rues et surplombée par l'une des autoroutes urbaines de Jakarta, une mégalopole de 30 millions d'habitants qui est l'une des villes les plus embouteillées au monde.

Malgré son emplacement improbable, le parc-bibliothèque communautaire de Kolong est vite devenu populaire dans le quartier. C'est l'un des seuls endroits où les enfants peuvent lire des livres hors de l'école, dans une ville où les bibliothèques sont rares.

AFP / ADEK BERRYSous la voie rapide et ses embouteillages, la bibliothèque de rue de Kolong, à Jakarta, accueille des dizaines d'enfants venant assister aux activités après l'école : lecture, aide aux devoirs, chants ou danse sur le gazon synthétique

"Nous voulions mettre des livres au coeur de la communauté", explique à l'AFP Devina Febrianti, coordinatrice de la bibliothèque, dans les fumées des pots d'échappement et le bruit des klaxons.

Il y a quelques années, cet espace était jonché d'ordures et le terrain de jeu des délinquants du quartier, raconte-t-elle.

Mais armées de livres et de peinture, les associations locales l'ont transformé et rendu attractif.

- Des fresques, des plantes -

AFP / ADEK BERRYLes enfants montrent fièrement leur oeuvre au cours de dessin de la bibliothèque de rue de Kolong, à Jakarta, le 10 février 2019

Des artistes ont peint des fresques murales, des volontaires ont installé des plantes, un terrain de futsal (en extérieur, pour l'occasion...) et une modeste bibliothèque.

Quand le parc-bibliothèque a ouvert en 2016, "tout le monde n'était pas content de nous voir arriver avec des livres parce qu'il y avait des gens qui avaient leurs habitudes ici", explique Devina Febrianti.

"Nous avons dû demander la permission aux gangsters qui étaient installés ici et aux conducteurs d'angkot", les taxis collectifs qui sillonnent la capitale indonésienne.

Convaincre les parents n'a pas non plus été facile. Ils craignaient que leurs enfants soient kidnappés ou écrasés par une voiture.

Mais finalement tout le monde s'est laissé persuader.

AFP / ADEK BERRYLes chants et les rires de la cinquantaine d'enfants rassemblés pour l'une des nombreuses activités de la librairie de rue de Kolong, à Jakarta, réussissent à peine à couvrir par moments le bruit de la voie rapide sous laquelle elle est installée

Aujourd'hui, il n'est pas rare de voir quelque 70 enfants assister aux activités après l'école: lecture, aide aux devoirs, chants ou danse sur le gazon synthétique.

Des livres d'occasion pour les enfants s'alignent sur les étagères à côté d'ouvrages plus sérieux sur la comptabilité ou le marketing.

Emilia Clara, une écolière de 11 ans, dit aimer lire des histoires, notamment des contes avec ses amis. "Ça me rend heureuse et c'est amusant", confie-t-elle à l'AFP avant de courir rejoindre les autres enfants.

Des parents comme Salmih Usia, une mère de deux enfants de 41 ans, sont séduits eux aussi: "C'est un bon endroit pour apprendre, créer et jouer."

Les "taman bacaan", parc-bibliothèques, existent depuis plusieurs décennies à Jakarta. Ils sont souvent tenus par des associations ou des groupes de volontaires avec des financements publics ou privés.

Sur les 80 parcs de ce type recensés à Jakarta, celui de Kolong est le seul situé sous une voie rapide, remarque Devina Febrianti.

Les volontaires reconnaissent que l'emplacement au milieu du trafic routier n'est pas optimal et représente un risque pour la santé. Mais jusqu'ici, les habitants du quartier "ne se sont pas plaints de l'odeur, ni des ordures", explique Devina Febrianti. Et contre le bruit, "nous utilisons une sono".

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