Insécurité: des menaces graves pour la croissance du PIB haïtien

À quelques trois mois de la fin de l’exercice fiscal 2015-2016, l’économie haïtienne fait face encore à de sérieuses pressions avec une forte remontée de l’insécurité dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince.

Il importe de noter que les principales activités économiques du pays sont concentrées dans cette zone à plus de 90%.

Les multiples troubles politiques enregistrés durant le premier trimestre de l’exercice fiscal en cours (octobre-décembre 2015) consécutive aux nombreuses contestations des résultats des élections du 27 octobre 2015, avaient causé une entame assez difficile de l’année économique.

Le second trimestre (janvier-mars 2016) n’allait pas connaitre un sort différent en raison de l’impossibilité du Conseil électoral provisoire (CEP) de finaliser le processus électoral à la fin du mois de janvier 2016. Ceci a conduit à une transition non-constitutionnelle au niveau de la Présidence du pays. Les difficultés pour mettre en place un nouveau gouvernement ont contribué à un ralentissement des activités économiques.

L’incapacité du président provisoire, Jocelerme Privert, à respecter les engagements pris au niveau de l’Accord signé au début du mois de février 2016 pour faciliter la transition, a causé des anticipations négatives en raison de la forte incertitude concernant la fin du mandat du président provisoire le 14 juin 2016. La stagnation économique a été maintenue au cours du troisième trimestre (avril-juin 2016).

Les nombreux cas d’insécurité notés au cours des dernières semaines, à la veille du dernier trimestre de l’exercice fiscal 2015-2016, laissent présager une très faible croissance économique pour l’année 2016. En plus de cas d’assassinats de cadres et d’employés des secteurs privé et public, des actes de violence ont été perpétrés sur différents buildings appartenant à des entreprises privées. Des stations d’essence, entreprises de communication, dealers d’automobile, banques ont été victimes de sérieux actes de vandalisme.

Une telle situation a donné lieu à la détérioration continue d’un environnement d’affaire déjà fragile. Elle ne peut que contribuer à repousser les investissements privés au niveau local et à décourager de potentiels investissements directs étrangers.

L’attaque réalisée sur l’Hôtel Marriott constitue un sérieux coup pour le secteur touristique haïtien qui a connu une certaine reprise au cours des dernières années. Ceci arrive à un très moment, à savoir à la veille de la saison touristique estivale, quand des membres de la diaspora visitent le pays en grand nombre. Une réduction du nombre de visiteurs pourrait donner lieu à une diminution de l’offre de devises et causer des pressions sur le marché local des changes. La dépréciation de la monnaie locale par rapport au billet vert qui en résulterait, alimenterait les pressions inflationnistes dans l’économie nationale et aurait un impact négatif sur le pouvoir d’achat d’un important segment de la population haïtienne se retrouvant en situation d’insécurité alimentaire. Plus de 3 millions d’Haïtiens en souffrent actuellement.

À trois mois de la fin de l’exercice, la plupart des analystes économiques sont presque certains que les prévisions économiques de l’administration Martelly/Paul faites en début d’exercice fiscal, n’ont aucune chance d’être concrétisées. En effet, les responsables économiques avaient prévu un taux de croissance du produit intérieur brut (PIB) de 3.6% et un taux d’inflation moyen de 9 % pour la période octobre 2015-septembre 2016. Durant les mois d’avril et de mai 2016, le taux d’inflation, calculé en rythme annuel, est resté au-dessus de la barre de 15%.

 

 

 

     

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