Mardi 1 Décembre, 2020

« Horizons libres », Orlane bascule dans d’autres territoires

Orlane, dans les jardins de l’hôtel Karibe, mardi 23 juillet./Photo: Loop Haiti- Luckenson Jean

Orlane, dans les jardins de l’hôtel Karibe, mardi 23 juillet./Photo: Loop Haiti- Luckenson Jean

Après « Au fil du temps » (2016), best of où sont compilés quelques tubes de sa lourde et riche discographie, Orlane signe son dernier disque « Horizons libres », produit par Aztec Musique.  Plus mûre du haut de ses 25 ans de carrière, la chanteuse réunionnaise épluche d’autres pistes, bascule dans d’autres territoires avec pour carte postale la modernité. Rencontre. 

Orlane, star adulée des années 90 et native de l’île La Réunion, publie un somptueux disque, plus éthéré, situé à la limite du risque et des brisures. Sur un canapé en fer habillé de cousins gris, elle sirote un punch à base de grenadine, de mangues et melon.

Toujours happée par la beauté et l’hospitalité d’une République insulaire qui lui ouvre grand ses bras à chaque escale, Orlane a les pieds ligotés à tout, ici : les mets exquis, le rhum ambré cinq étoiles, la chaleur du public d’Haïti, les séjours arrosés de cadeaux, les grandes scènes comme les petites planches beaucoup plus intimistes comme celles du Quartier Latin où elle signe, jeudi 25 juillet, son dernier disque « Horizons libres », sorti  cette année sous le label hexagonal, Aztec Musique.

 

Mardi 23 juillet, dans les jardins de l’hôtel  Karibe, Orlane se confie à Loop sur son dernier album « Horizons libres », publié cette année sous le label Aztec Musique.

Sur la cour verdoyante de  Karibe, frappé de plein fouet quelques mois plus tôt par une série de manifs ponctuées de casses et de violences, Orlane sirote un fruit punch tout en cassant sa boîte à souvenirs des premiers voyages sur cette île.

Coup de foudre

Le premier remonte à avril ou mai 1996 avec Eric Virgal, frère de son et de scène. « C’était un choc. Je devais avoir 25 ans. Je connaissais pas du tout cette île, je n’en avais pratiquement pas entendu parler avant. Et quand j’ai planté mes pieds ici, j’ai tout de suite senti une connexion à cette terre ».  Ce fut un coup de foudre dès la première escale entre elle et les gens, les paysages aromatiques et cette cuisine à couper les doigts qui flatte ses papilles depuis plus de vingt ans.

« Ça fait longtemps que je mange du poisson gros sel », confie-t-elle dans un sourire lâché de toutes ses dents. « Il s’est passé quelque chose jamais démentie jusqu’ici. 23 ans après, je reviens toujours souvent. Il y a une partie de moi qui est née ici ».

Tout l’univers, toute l’énergie dont elle a besoin sont là. Entre ses aller-retour en Haïti, son invasion caribéenne à coups de tubes fabuleux, quelques morceaux éculés mais qui la tiennent au summum malgré les trébuches et les chemins d’épines, ses collabos réussies, il y a encore chez Orlane cette combativité et envie d’aller au-delà d’elle-même, de bousculer ses limites ou d’explorer d’autres pistes.

Frères de musique

Sur « Horizon libres », c’est une voix de velours, drapée de tendresse et de sensualité, qui  surfe sur une vague de mélodies et de rythmes syncopés. « Au fil du temps », pimpant best of de 2016,  a remué tout un flux de souvenirs de 23 ans de carrière, « Horizons libres » traîne les oreilles dans une musique ondoyante qui a rassemblé toute une cohorte d’artistes antillais au talent intriguant. David Fackeure, Thierry et Jean-Philippe Fanfant, Ralph Lavital, Dominique Legitimus, Linda Rey, Meddy Gerville, Jérôme Calciné, Thomas Henning, Stéphane Montigny, Ronald Tulle, Claudine Pennont, Mikael Lordelot, Christian Louiset, Tricia Evy, Thibault Hein, Jean-François Liénafa.

Ces vieux requins de studios donnent parfois des tournis à d'autres voisins de la caraïbe. Ils ont donné du meilleur de leur tripe sur un album qui respire la modernité, qui étanche les soifs d’un public plus jeune. Des musiciens qu’Orlane traine derrière elle dans toutes ses aventures discographiques. « Ce sont mes frères de musique ». Avant, elle bossait avec des Antillais, mais aujourd’hui, elle a ouvert son antre aux Français de France. « Une équipe créatrice qui cultive beaucoup de valeurs humaines ». Je m’entends bien avec eux et il n’y a pas eu de moments d’explosions ou de tensions dans les studios d’enregistrements ». Ces instrumentistes étaient choisis sur la base de leur respect mutuel, de leur talent et des valeurs humaines qu’ils cultivent.

Coup d’œil rapide

Le bal est ouvert avec « Mon ami La Rose », qui traite de la fuite du temps. Entre le premier cri strident et le sommeil éternel, qu’est-ce qu’on tisse entre ces deux bouts ? Que fait chaque être humain de sa vie » ? « Horizons libres » navigue entre les rivages du zouk (avec une petite pincée de compas – « La tè », « L’important c’est l’amour »), de la mazurka (« Des ronds dans l’eau »), du séga (« Séga le train »), de la bossa nova (« Elle, ma sirène »), d’électro-pop (« Déklarasyion lanmou mwen »), etc.

11 trésors glanés au cœur d’un album inouï, rehaussé d’arrangements soutenus, bien orchestré et cuisiné avec des ingrédients folkloriques caribéens. Ebullition de mélodies, sentiments et émotions dégagés en petites particules, palette élargie de registres.

Fin de bal

Dernier morceau en boucle. « La Bohème » qui coule de source et dont la voix d’Orlane nous fait tressaillir de nostalgie. Charles Aznavour est tombé quand la Réunionnaise enregistrait ce disque. Elle a donc saisi le pianiste Ronald Tulle par la main pour déposer un tendre hommage aux pieds de l’éternel pape de la chanson française. « Un pilier de la culture mondiale. Il avait sa façon à lui de dire les choses, de dicter les mots et de nous raconter une histoire. Je voulais laisser une trace de tout cet amour que je portais en moi pour lui ». « Horizons libres », un album à dénicher !

 

 

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