Mercredi 25 Novembre, 2020

Haïti: une cargaison de carburant est arrivée, mais la rareté persiste

Photo prise ce lundi 2 septembre par Luckenson Jean

Photo prise ce lundi 2 septembre par Luckenson Jean

L’État et les importateurs continuent de se renvoyer la balle autour de la rareté des produits pétroliers. Si des compagnies ont quand même effectué des commandes, elles sont loin d’être suffisantes. Dans la foulée, des riverains et des conducteurs foulent le macadam pour exprimer leur rage ce lundi.

Par Alexandre Michel

 

Une large distribution de produits pétroliers devait commencer ce lundi 2 septembre 2019. En effet, deux sources proches du secteur des importateurs, requérant à l’anonymat, ont confié au journal Le Nouvelliste, le 1er septembre 2019, que cinq compagnies du secteur, dont la Dinasa et Sol, ont effectué deux commandes de produits pétroliers. L’une d’entre-elles a été acheminée au terminal de Thor le dimanche 1er septembre 2019 et c’est sa distribution qui devait, en principe, commencer à soulager la population de la pénurie. D’ailleurs, tôt dans la matinée du 2 septembre, une file camions citernes en attente a été remarquée à hauteur du terminal de Thor.

Pourtant, des chauffeurs de taxi motos et d’autres riverains ont développé des poches de tension dans divers blocs de la capitale haïtienne ce lundi 2 septembre 2019. Eux tous revendiquaient la disponibilité des produits pétroliers. Si à certains endroits on pouvait remarquer uniquement des monticules de pierres et de branches d’arbres, à d’autres comme Delmas 105, Lalue, Delmas 60 et l’avenue Lamartinière, les protestataires ont érigé des barricades de pneus enflammés et des jets de pierres ont été enregistrés.

Paradoxalement, le directeur du Bureau de monétisation des programmes d’aide au développement (BMPAD), Fils-Aimé Ignace Saint-Fleur, continue d’avancer qu’il n’y a pas de pénurie. Intervenant sur les ondes de radio Caraïbe FM, il impute la situation actuelle à l’Association des professionnels du pétrole (APP). Il avance que l’APP a bénéficié de la libéralisation de l’importation des produits et c’est à ce dernier qu’il revient d’en assurer la disponibilité. Selon le responsable, l’État, par le biais du BMPAD, se limite au contrôle de qualité et à la régulation des prix.

La stabilité encore loin

L’information relative aux deux commandes de produits pétroliers est aussi avancée par Fils-Aimé Ignace Saint-Fleur. Selon le responsable, une cargaison totale de 253 mille barils est attendue au pays, la cargaison du 1er septembre concerne 53 mille barils. Pourtant, toujours selon M. Saint-Fleur, la consommation nationale, lorsqu’elle est à son maximum, avoisine 1 million de barils de produits pétroliers par mois, soit 42 million de gallons à raison de 42 gallons par baril. Et, il convient de souligner à l’encre forte que l’une des sources citée par le Nouvelliste affirme que vu leur teneur, les deux cargaisons seront épuisées dans deux semaines.

Dans une gymnastique pédagogique, il explique que sur les trois principaux produits, la gazoline, le kérosène et le diesel, l’État renonce en moyenne à 170.59 gourdes sur chaque gallon. A en croire Saint-Fleur, l’État perd 7 milliards 164 millions 780 gourdes, soit 75 millions 418 mille 738.84 dollars américains au moment des pics de commandes.

Face à cette situation de grande confusion, les altercations entre passagers et conducteurs se multiplient. Des prix de trajets ont été augmentés arbitrairement. Par exemple, pour le trajet Merger-Rails (Carrefour) fixé à 15 gourdes, des conducteurs réclament 35. Les taxis à Portail-Léogane (entrée sud de Port-au-Prince) sont passés de 30 gourdes à 40, ceux de Carrefour-Aéroport (Nazon) sont passés de 30 à 50 gourdes.

 

La Route nationale #2 est bloquée au niveau de Gressier. Un embouteillage monstre est enregistré sur la route de Carrefour ce lundi 2 septembre, un camion container est utilisé pour barrer la route au niveau de Bizoton 51. La ville des Cayes est en effervescence depuis le samedi 31 août pour exiger le rétablissement de l’électricité et la disponibilité des produits pétroliers. Des prix exorbitants de 1000 gourdes pour un gallon de gazoline y sont enregistrés, une information confirmée par un juriste de la ville.

Ayant bénéficié de la libéralisation des commandes de produits pétroliers, les importateurs expliquent, pour se défendre, que ce sont des problèmes de trésorerie, à cause des dettes cumulées par l’État, qui les empêchent de placer des commandes plus importantes.

Alexandre Michel

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