Jeudi 18 Juillet, 2019

« Haiti piano project », un pont entre artistes haïtiens et étrangers

Lancement officiel, hier jeudi 15 novembre au Centre d'art, rue Roy, du second Festival International de Piano./Photo: Rosny Ladouceur

Lancement officiel, hier jeudi 15 novembre au Centre d'art, rue Roy, du second Festival International de Piano./Photo: Rosny Ladouceur

Célimène Daudet continue de tisser des liens entre artistes haïtiens et ceux venus d’ailleurs. Pour la seconde édition de son festival international de piano, la soliste, débarquée à Port-au-Prince mardi 13 novembre, traîne derrière elle un gratin d’artistes issus de France et des États-Unis d’Amérique.

Face à un public en petit nombre, Célimène Daudet, robe rose saumon, pose sur ses talons bas. Introduite par Laurent Bonneau, Conseiller de coopération et d’action culturelle à l’ambassade de France, la pianiste s’enorgueillit d’avoir relevé le défi de renouveler le Festival. Elle se souvient de la soirée de clôture organisée l’an dernier, ici, au Centre d’art et avait promis d’y revenir. « J’espère qu’il y en aura encore beaucoup d’autres  années  », lance la soliste, indiquant que c’est un festival de piano, certes,  mais aussi un festival « autour du piano où d’autres instrumentistes [et créateurs, ndlr] seront découverts » tout au long de l’évènement.

Anilus Beauvois, Edmond Marie-Géralde, Gilles Alonzo, Bohémian Trio, Erol Josué, Darlin Johancy Michel... Célimène Daudet traîne derrière elle tout un gratin d’artistes de différents souffles et construit des ponts entre eux à travers l’initiative « Haiti Piano Project », portée par l’association « Raconte-moi un piano ». Concerts gratuits en salles fermées du 15 au 24 novembre,  projections de films, ateliers de créations, conférence-débat : un festival placé sous le signe du dialogue et de l’ouverture. Port-au-Prince et Jacmel sont les deux principales villes-hôtes.

« Pleyel enseveli sous les décombres »

Rideau  sur Frantz Zéphirin, un des peintres les plus cotés de cette République insulaire. Il fait renaître un vieux piano qui piaffait au Manoir des Lauriers, à la résidence de l’ambassade de France, jusqu’à s’être enseveli sous les décombres après le passage du séisme du 12 janvier. Frantz lui a insufflé une seconde vie sous ses coups de pinceau.

« J’ai eu l’idée de lui redonner vie, un nouveau souffle à travers la création d’une autre œuvre comme si la vie de ce piano pouvait se prolonger d’une autre manière. Et Jean Mathiot, directeur de l’Institut Français, m’a dit que c’est Frantz qui doit faire ce travail », soutient la compositrice née de mère haïtienne. Ce piano donne une leçon : malgré les lugubres et douloureux moments qu’on peut traverser, on peut renaître grâce à la création artistique.

Slam et dieux classiques

Lancement officiel autour du slam et du chant. Son violon crépite de notes. Guillaume Latour revient encore cette année agiter l’âme des dieux classiques : il revisite trois thèmes  (« Red violin caprices », « Chaconne » et « Thème de la liste de Schindler ») sur lesquels le slameur Béonard Kervens « Béo » Monteau déclame quelques bribes de poèmes dont l’un est tiré des Cinq lettres de Georges Castera. (La lettre d’octobre). Une petite traversée à travers les âges, quelques pages ouvertes sur la vie, l’errance, le vagabondage.

L’élégance, la clarté des notes et la virtuosité des pincées de cordes étaient au rendez-vous, côté Latour. Quant à Béo, sa voix  fauve, son regard anodin et son aisance à mater les mots n’ont d’égal que son assurance à traduire les émotions les plus pures.

Apéro jazz

Le Festival International de Piano condamne, à cette deuxième édition, le moindre enfermement dans tout ce qui est classique. Célimène Daudet n’a pas voulu mettre au ban d’autres styles qui garantissent, peut-être, plus de libertés et de grands moments d’explosion. Thurgot Théodat et Kelvin Sholar ont été en fin de soirée sur les planchers de l’Institut Français, à Bois-Verna, pour une tête à tête entre piano électrique et saxophone. Pour un voyage à travers le jazz.

Thurgot Théodat, saxophoniste, est un adepte du chant vodou, le second, Kelvin Sholar, fabuleux pianiste américain résidant à Berlin revendique les influences de Detroit. Ils flânent entre jazz, blues, rock, pop américaine, musiques latines et chant traditionnel dont les contours mélodiques et les notes cristallines justifient ce grand élan d’ouverture, de virtuosité et de générosité d'un bout à l'autre. Plusieurs titres furent repris : « Nardis », « Legba », « Caravan », « Stella by starlight », etc.

Le festival se poursuit à Port-au-Prince et à Jacmel jusqu'au 24 novembre.

 

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