Jeudi 22 Août, 2019

Haiti : les prostituées de « Quai Colomb », à la porte du Parlement

Photo prise depuis la grille séparant la cour du Parlement et la mer/ Loop Haiti

Photo prise depuis la grille séparant la cour du Parlement et la mer/ Loop Haiti

Par Luckson Saint-Vil

Depuis quelques temps, des prostituées qui fonctionnent dans la zone de « Quai Colomb », en face de l’entrée principale de la Primature au Bicentenaire, élisent domicile dans les parages du Parlement. Un phénomène qui se développe sous les yeux négligents des parlementaires.

Sous un soleil de plomb, six personnes, trois femmes et trois hommes, complètement nues, sont remarquées au fond de la mer, à un jet de pierre du Parlement, à quelques mètres de l’Autorité Portuaire National (APN). Nous sommes en début de semaine. Il est 1 heure de l’après-midi. Ces trois couples sont en plein ébats sexuel, au fond de la mer dont le bord est regorgé d’immondices.

Des agents de sécurité ainsi que des employés du Sénat de la République, debout derrière la grille qui sépare la mer et la cour de l’institution, assistent et se réjouissent de la scène. Conscients d’être soupçonnés, les trois couples s’empressent de quitter l’espace, pour ne pas se faire photographier.

« Ils nous regardent. On s’en va », lance l’une d’entre elles, l’air souriant. Elles se replient, s’éloignent du Parlement et regagnent Quai Colomb, leur quartier général, un site abandonné, situé en face de la Primature, au Bicentenaire. « Ce n’est pas nouveau. On a l’habitude de les voir ici. Parfois, on entend leurs gémissements », raconte un employé du grand corps, qui lui aussi suit le spectacle.

 

Comment fonctionne ce type de prostitution dans cette zone ? Combien y coûte une partie de jambe en l’air ? Quels en sont les risques ? Nous avons tenté vainement de trouver des réponses à ces questions. Les filles de joie du coin refusent de donner des détails sur ce vieux métier.

Un habitué du secteur décide de partager avec nous ce qu'il sait sur le mode de fonctionnement de ces femmes, en majorité des jeunes. « En dehors de la mer, le prix de l’acte sexuel varie entre 25 à 50 gourdes. Et pour s’offrir du plaisir dans la mer, on doit débourser plus de 50 gourdes », informe ce jeune garçon, qui dit en avoir fait l’expérience une fois.

Les rapports sexuels se font parfois sans préservatifs, au mépris des risques de transmission du VIH/SIDA. « Elles pratiquent ce métier à cause de leur précarité économique », nous explique un autre habitué du milieu. La majorité de ces jeunes filles vient de la province ou des quartiers populaires de la région métropolitaine de Port-au-Prince.

 

Le Parlement est "au courant"

Ce spectacle se déroule à un jet de pierre des bureaux de certains Sénateurs. « Ils sont au courant du phénomène », lance discrètement un autre employé. Les présidents des deux branches du Parlement, savent-ils effectivement ce qui se passe tout près d'eux ? Nous avons posé la question au chef de la Chambre basse, Gary Bodeau, qui banalise le sujet. « Vous parlez de quel phénomène ? La prostitution ? », Ironise le député de Delmas, soulignant que ce genre de pratique n’est pas nouveau en Haïti.

Nous avons tenté, sans succès de trouver par téléphone, le président du Sénat de la République, Carl Murat Cantave. Pour leur part, certains parlementaires affirment être au courant de cette pratique qui se développe dans les parages du palais législatif. « On est au courant de ces genres d’histoire dans la zone », lâche ironiquement l'un des législateurs interrogé à ce sujet.

Ce type de prostitution constaté au « Quai Colomb », au bicentenaire, à proximité du Parlement, est considéré comme le niveau le plus bas, dans la cartographie de la vente de la chair à Port-au-Prince.

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