Mardi 22 Octobre, 2019

Haïti: le calvaire des salariés, face à la montée du dollar

Illustration : Loop Haiti

Illustration : Loop Haiti

87 gourdes pour un dollar, la dépréciation de la gourde par rapport à la monnaie américaine continue en Haïti. Une situation qui inquiète grandement les salariés qui parlent de diminution de leur pouvoir d’achat. En raison de la stagnation de leur salaire et l’inflation, leur quotidien devient de plus en plus difficile.

Par Vanessa Léger Dorélien

15 mille gourdes, c’est le montant perçu par Marie Jeanne, travaillant comme personnel de soutien dans un hôtel, à Port-au-Prince. Une somme récemment ajustée, après la récente augmentation du salaire minimum. Cependant, cette mère de trois enfants n’arrive toujours pas à joindre les deux bouts, à cause de la hausse du prix du dollar. 

Marie Jeanne* se voit obligée de réduire les portions lors des repas. "Un jour, je donne à mes enfants de la figue banane, le lendemain, de la mangue. Aujourd'hui, je ne peux plus donner les deux, car je dois économiser, pour les emmener à l'hôpital s’ils tombent malade subitement”, se plaint-elle.

Martin*, la quarantaine, marié, est un fonctionnaire. Il gagne mensuellement environ 25 mille gourdes, soit moins de 300 dollars américains. "Du temps où le dollar valait 45 gourdes, je pouvais faire des économies. Aujourd’hui je ne peux pas réaliser grand chose", rapporte-il. Issu d’une famille élargie, il a honte de ne pas pouvoir aider ses proches qui, dit-il, croient que son travail est bien rémunéré.

"Vous vous rendez au bureau chaque jour, mais vos voisins ne comprennent pas que vous réussissez à peine à satisfaire vos besoins", souligne ce jeune salarié qui avoue ne pouvoir rien faire avec ce qu'il reçoit mensuellement, dans un pays où la monnaie perd quotidiennement de sa valeur alors que l'inflation ne cesse de gagner du terrain (17 % en février 2019, selon l'IHSI).

Exerçant un métier qui, apparemment, devrait lui assurer un avenir prometteur, Martin a toute sa vigueur, mais se souvient de ses amis, désespérés, partis au Chili. “Dans les prochains jours, ce sont eux qui, autrefois, je soutenais financièrement, vont m’aider à me relever”, prévoit-il.

Cette situation d'insécurité financière s'invite chez de nombreux groupes de professionnels. Un jeune journaliste voit ses paires survivre au jour le jour, avec un salaire ne pouvant même pas payer un loyer décent, fixé en dollar dans certains quartiers. Ce salarié qui requiert l'anonymat, affirme ne pas pouvoir se plaindre auprès de son patron, ce dernier ayant déjà du mal à faire fonctionner son média, en raison de l’instabilité politique et économique.

"Après le pays lock, plusieurs stations ont vu leur contrats de publicités retirés", informe-t-il.

"La douleur est partout", raconte ce travailleur de la presse. “Dans mon métier, j’ai rencontré toute type de personnes. La hausse vertigineuse du dollar américain devient un poids pour ceux qui ont un salaire fixe. Et certains ont même des arriérés de plusieurs mois. Des policiers ou des professeurs, par exemple.”

Comme une voiture qui déambule, la gourde perd chaque jour 50 centimes de sa valeur, sans que personne puisse freiner cette dérive qui conduit le pays un peu plus vite à sa perte. Parmi les salariés dont le pouvoir d’achat ne cesse de se réduire, nombreux sont ceux qui manifestent leur volonté de quitter le pays, pour aller chercher un mieux être ailleurs.

Vanessa Léger Dorélien

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