Mercredi 11 Décembre, 2019

Haïti: la capitale paralysée, Portail Léogâne vide comme jamais

Une idée de la zone de Portail Léogane, ce lundi 28 octobre 2019. Crédit photo: Lunie Joseph (Radio Zénith FM)

Une idée de la zone de Portail Léogane, ce lundi 28 octobre 2019. Crédit photo: Lunie Joseph (Radio Zénith FM)

Haïti entame une 8e semaine marquée par des protestations anti-Jovenel Moïse. La quasi-totalité des communes de la région métropolitaine et des autres régions du pays sont barricadées depuis très tôt ce lundi 28 octobre. Parmi les zones affectées à Port-au-Prince, Portail Léogâne, un lieu à forte concentration commerciale, vidé de ses occupants habituels. Chauffeurs et commerçants étaient aux abonnés absents...

La couleur avait été annoncée depuis la semaine écoulée. Sur les ondes d’une station de radio de la capitale, l’un des chefs de gang du quartier Martissan avait lancé une mise en garde aux usagers de cette voie, à partir de ce lundi 28 octobre. Sans ambages et l'air déterminé, l’individu avait menacé de tirer en direction de tous véhicules ou piétons qui "oser[aient]" fréquenter cette route qui mène vers au moins quatre (4) départements.

Très tôt ce lundi matin, des tirs à l’arme automatique ont été entendus dans la zone de Martissant, des avenues Bolosse et de Portail Léogane. La peur s’est installée en effet à l’entrée Sud de Port-au-Prince, contrôlée par des bandits armés, il y a quelques temps. Chauffeurs de motocyclettes, de taxis, de camionnettes, bus ou autres, les usagers de cette voie ont abandonné cet espace, où des activités commerciales sont très fréquentes, en temps normal.

 

Vidéo: Lunie Joseph

C’est un Portail Léogâne quasiment vide qui s’est réveillé ce lundi 28 octobre. Sur une petite vidéo publiée par la journaliste de radio Zénith FM, Lunie Joseph, sur sa page Facebook, quelques piétons s’empressent de traverser. Jonchée de fatras transportés par les eaux des dernières pluies, la grand rue est orpheline de ses détaillants, ses gares routières, ses embouteillages et les bouillonnements des motocyclettes. Dans cette zone, rien ne fonctionne. Pas de présence policière. Portail Léogane est pratiquement déserté, dans une capitale totalement paralysée.  

Le décor est presque le même dans plusieurs zones de la région métropolitaine et dans certaines villes de province. Dans plusieurs endroits de Port-au-Prince, des barricades de pneus enflammés jonchent les rues. La quasi-totalité des entreprises privées ont fermé leurs portes, tandis que les marchandes du centre-ville restent chez elles. Les écoles, comme depuis le début de la crise, ne fonctionnent pas. L’administration publique elle aussi est affectée.

Photo: Raoul Junior Lorfils

À Delmas, la circulation est fluide. Pas de véhicule de transport en commun, encore moins des voitures privées. Les taxis motos étaient de plus en plus rares. Les barricades de toutes sortes, les pneus enflammés un peu partout, constituent le décor sur une autoroute embaumée de fumée noire par endroit. Dans la foulée, des jeunes militants proches de l’opposition sont là, surveillant leurs barricades. Ils lancent des propos hostiles contre le président Jovenel Moïse dont ils réclament la démission.

Dans la commune de Pétion-Ville, une situation de panique a régné en début de journée, en raison des échauffourées éclatées entre chauffeurs de transport en commun et militants de l’opposition. Des sources nous rapportent que des jets de pierres et de tessons de bouteilles ont contraint les citoyens à rentrer chez eux, en plus de ceux qui n'en sont pas sortis. 

Rappelons que les membres de l’opposition avaient annoncé la couleur pour cette semaine, dans le cadre de leur bataille pour exiger le départ du chef de l'Etat qui ne cesse d'appeler au dialogue. Dans un calendrier rendu public la semaine écoulée, les membres de l’Alternative consensuelle pour la refondation d’Haïti, avaient annoncé une nouvelle opération baptisée « depate Jovenel ». « Du 27 octobre au 2 novembre prochain, les mouvements de protestation seront intensifiés et prendront une autre phase », avait déclaré André Michel, membre de l’opposition radicale.

Entretemps, le chef de l’Etat, malgré l’appel des différents secteurs du pays, affirme n’être pas prêt à quitter le pouvoir dans ce contexte précis. « Si je démissionne, le chaos va s’installer en Haïti », a déclaré le président Jovenel Moïse lors d’une entrevue exclusive accordée à Télé Métropole, diffusée ce lundi.

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