Jeudi 20 Juin, 2019

Un jour on a dit à Eud: « Si w te fanm mwen, mwen tap mete w jwe »

Princess Eud

Princess Eud

Harcèlement sexuel, violence sexuelle, Violences conjugales, propositions indécentes… les femmes en sont  victimes dans toutes les sociétés notamment celles  qui se considèrent  machistes. Et, tristement, les  artistes haïtiens n’en sont pas exempts. La star du rap, Princesse Eud parle de son calvaire.

Invitée à Loop Haïti pour parler des préparatifs de son concert qui allait avoir lieu à Paris, le 28 Décembre 2018, Eunide Edouarin, dit Princess Eud en a profité pour parler de ses projets pour les fêtes de fin d'année et s'entretenir autour de son engagement dans la lutte contre la corruption dans la société haïtienne.

Tirée à quatre épingles dans un jean moulant et une jolie paire de bottes pointues de couleur noire ; avec ses dreadlocks qu’elle a récemment raccourcis pour changer de tête, la rappeuse a abordé un sujet sensible qui a laissé les spectateurs sidérés : corruption et avances sexuelles dans le monde musical haïtien. Pas qu’on n’en savait rien, mais en entendre parler par une victime, en est tout autre chose.

Atmosphère détendue, tous les regards sont braqués sur la chanteuse quand elle commence à faire des révélations étonnantes sur la corruption qui gangrène l’industrie musicale haïtienne. L’artiste de 30 ans se souvient d’un épisode triste de sa vie qu’elle dit  n'être pas prête à  oublier:<< un artiste étranger était programmé pour jouer en Haïti. Je discutais avec le promoteur de l’évènement qui m’a révélé que plusieurs chanteurs haïtiens vont accompagner l’artiste étranger sur scène » raconte « Iyoudi » d’un ton sérieux qui confie que le promoteur en question lui a fait des avances en ces termes: « si w te fanm mwen, mwen ta mete w jwe. » Pour garantir sa place sur scène aux côtés de la star musicale étrangère,  Eud doit satisfaire les désirs sexuels du promoteur de l'événement, si elle tient vraiment à y prendre part.

Ironique comme on la connait, la chanteuse qui « rappe fort » contre les dérives de la société haïtienne n’a pas hésité une seconde pour décliner la proposition du maitre-chanteur en lançant ironiquement au visage «  au concert, je découvrirai qui sont tes femmes »

Princesse Eud n’est sans doute pas la seule victime de harcèlement sexuel et de proposition indécente dans le milieu musical haïtien. 
Les jeunes artistes qui veulent se faire un nom dans le secteur se retrouvent souvent entre l’enclume et le marteau, c'est-à-dire soit ils acceptent de se prostituer, soit ils renoncent à leur désir de se tailler une place dans le monde musical.

La jeune artiste Sterlove Chery fait partie des victimes de cette combine malhonnête. L'interprète du titre « mwen renmen l »,  a décidé être moins présente sur scène en raison de sa volonté de garder son estime et sa dignité.

« Se fanm yo bezwen » a lancé l’artiste de 21 ans qui dit refuser de troquer sa dignité contre une  quelconque somme pour construire sa carrière dans le domaine de la musique. Selon ses propos, ceux qui veulent faire croire qu'ils sont de bons samaritains essaient de l’attirer dans leur lit. « Je ne donnerai pas ma dignité pour la musique », a-t-elle rétorqué.

Les cas de Princesse Eud et de Sterlove sont des exemples parmi des tant d'autres  qui  témoignent combien il est difficile de se faire un nom dans le milieu musical haïtien. Faut-il comprendre que ceux qui sont parvenus à atteindre le sommet  en ont certainement bavé. Comme l’a si bien dit Reginald Cangé dans sa chanson Rezilta « lè w wè yon moun fè siksè, ou pa konn kisa l te fè, kite l pile, si l janbe lanfè, ou pap janmen konnen». Comprendra qui peut!

Wilner Bossou

 

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