Lundi 18 Juin, 2018

Haïti dispose de seulement 911 médecins pour 11 millions d'habitants

En Haïti, la situation sanitaire est alarmante. En dix ans, le pays a connu une régression importante dans les actions et les investissements dans le domaine de la santé. De 2004 à 2017, le budget alloué au Ministère de la santé publique et de la population (MSPP) est passé de 16,6% à 4,4%, indique un rapport de la Banque mondiale en juin dernier intitulé : «Mieux dépenser pour mieux soigner : un regard sur le financement de la santé en Haïti ».

« Il parait difficile de faire fonctionner à plein rendement 1,046 institutions sanitaires au niveau national, mais il n’est pas impossible », a déclaré l'actuelle titulaire du portefeuille de la Santé, Dr Marie Greta Roy Clément, lors de son investiture le 22 mars dernier. Cette perspicacité dans l’action se rapproche de celle de Gérard Latortue, ancien Premier ministre haïtien, qui déclarait avec courage en 2004 qu’« A l’impossible nous sommes tenus ! ».

Ce vendredi 8 novembre l’organisme caritatif Action Contre la Faim (ACF), en collaboration avec le Réseau haïtien des journalistes en santé (Rhjs), a réalisé un atelier de plaidoyer et de sensibilité sur la couverture universelle de santé avec une trentaine de journalistes issus de la presse numérique, écrite, télévisée et parlée. L’objectif principal : outiller les journalistes de techniques qui leur permettront de mieux traiter l’information destinée à la population dans le domaine de la santé.

« Cet atelier entend améliorer le niveau d’information et de compréhension des journalistes sur les enjeux sanitaires en Haïti en leur transmettant des outils efficients de manière à renforcer leur travail de médiation auprès des publics », souligne Natacha Jean-Baptiste Zéphirin, responsable de communication pour le changement de comportement à ACF. 

Regrettable que les autorités haïtiennes lésinent encore sur les moyens à prendre en charge la couverture sanitaire qui représente l’un des plus grands défis à relever, souligne Cossy Roosevelt, rédacteur en chef de Challenge Magazine. « Pour une population de 10 745 665 habitants, poursuit-il, le système sanitaire haïtien dispose de seulement 911 médecins, 3018 infirmières et 62 dentistes en fonction ». Ces statistiques, dit-il, émanent de l'Institut Haïtien de Statistique et d'Informatique (IHSI) dans son bulletin de décembre 2016 et d’un rapport sur le système sanitaire signé par l’ancienne ministre Dr Florence Duperval Guillaume, daté d’octobre 2016.  

Il précise que ces chiffres, certes officiels, font fi des médecins sans accréditation à un quelconque organe de santé reconnu et certifié par l’Etat haïtien. « Sur l’ensemble du territoire haïtien, on compte environ 1048 établissements de santé répartis en pourcentage comme suit : 32.92 % de centres de santé sans lits (CSL) ; 14% de centres de santé avec lits (CAL) et 11,64% d’hôpitaux », affirme-t-il. Pente difficile à remonter puisque l’Etat haïtien traite ce secteur en parent pauvre avec 4,3% du budget national, soit 6,1 milliards sur une enveloppe de 144 milliards de gourdes, comme allocation  dans l’exercice fiscale 2017-2018, conclut-il.

Malgré une allocation budgétaire peu importante, le président de la république Jovenel Moise n’entend pas lâcher prise voulant prendre le taureau par les cornes. A la tribune de l’assemblée générale de l’ONU, il a mentionné que : « L'amélioration du système de santé constitue l’une des priorités du Gouvernement haïtien ».

Le Dr Odilet Lespérance, secrétaire général du RHJS, remarque une absence de volonté chez les politiques publiques à mettre en place la couverture sanitaire universelle (CSU) d’ici 2030. « Cette couverture prévoit l’accès pour tous aux services de soins de qualité à défaut de dépenses excessives », informe-t-il. Soulignant à propos qu’elle rentre dans le cadre l’accord sur les Objectifs de développement durable (ODD) signé en septembre 2015 à l’unanimité. « A présent, 125 sections communales sur 570 sont entièrement dépourvues d’infrastructures sanitaires dans le pays », constate Dr Lespérance.

Dans le rapport de l’organisation Panaméricaine de la Santé (OPS) publié le 26 septembre dernier intitulé « Santé dans les Amériques 2017 », le constat accablant : Haïti occupe la dernière place sur 34 pays de la région des Amériques. Ces 5 dernières années, selon le rapport, le pays a investi moins de 2% de son PIB en santé. Or, 6% du PIB est ce que les experts estiment être le minimum ».

Quant au rapport de la Banque mondiale susmentionné, « les dépenses publiques de santé par habitant n’atteignent que 13 dollars par an ce qui est inférieur à la moyenne de 15 dollars des pays à faible revenu, et bien en dessous de la moyenne des pays voisins comme la République Dominicaine (180 dollars) ou Cuba (781 dollars). »

« Pour l’amélioration des conditions de santé de la population, le Gouvernement, estime Dr Lespérance, a besoin d’un plan quinquennal de 257 098 842 USD. » Il informe que l’Etat dispose à son actif le « Paquet Essentiel de Services » (PES), présenté depuis le 1er septembre 2016. Toutefois, relate-t-il, le plus c’est la mise en œuvre heureuse de ce paquet qui vise la couverture et l’accès universel en santé exclusivement.

De l’avis des deux intervenants, les journalistes doivent se former continuellement en santé, se doter des équipements et des moyens nécessaires pour aider la population à avoir accès aux informations bien documentées et bien traitées. Les médias doivent s’y engager constamment. Voilà pourquoi un pareil atelier trouve sa raison d’être.  

Si l’article 19 de la Constitution de 1987 (section A) stipule que : « L’État a l’impérieuse obligation de garantir le droit  à la vie, à la santé, au respect de la personne humaine, à tous les citoyens sans distinction, conformément à la déclaration universelle des droits de l’homme », donc toute privation de ce droit constitue une atteinte à la dignité humaine, une violation flagrante du droit à la vie.