Dimanche 19 Août, 2018

Haïti dernier de la région dans un rapport sur l'accès à l'eau

Pour un ministre en RD, l’eau de puits en Haïti provient des latrines. Photo: Angel.co

Pour un ministre en RD, l’eau de puits en Haïti provient des latrines. Photo: Angel.co

Le nouveau rapport de la Banque Mondiale ne plaide pas du tout en faveur d’Haïti après la polémique qui s’est déclenchée entre les ministres dominicain et haïtien de l’Environnement le mois dernier sur la question de l’accessibilité de l'eau en Haïti. En 2012, environ 35% des citadins n’avaient pas accès à l’eau potable selon la Banque.

Le nombre de foyers ayant une arrivée d’eau a nettement baissé entre 2000 et 2012, passant de 24% à 3%. « Pendant la même période, le nombre de familles jouissant de l’accès à une borne-fontaine publique a également diminué. Il est passé de 65% à 21% » a rapporté ce matin le quotidien le Nouvelliste.

En 2015, le nombre de personnes qui avait accès à l’eau potable provenant d’une source de qualité représentait 58%, toujours selon le rapport. L’accès dans les petites villes se situait au bas de 55%. Ces chiffres mettent le pays en bon dernier dans la région de l’Amérique latine et les Caraïbes (LAC).  

La République Dominicaine qui est l’avant-dernier de ce classement devance Haïti de 25%. « Les défis sont encore plus exacerbés par les contraintes des ménages individuels pour s’assurer que leur eau est salubre. Dans les plus petites villes, 45 % des familles n’ont pas le matériel pour faire bouillir l’eau», révèle le rapport.

Les chiffres sont beaucoup plus critiques lorsqu’il s’agit d’assainissement. « Les systèmes d’assainissement actuels sont inadaptés pour servir la population urbaine. Deux tiers (66 %) des citadins n’ont pas d’assainissement amélioré », poursuit le rapport.

La Banque Mondiale en affirmant que 48% des habitants de la capitale et 41% des foyers urbains  de taille moyenne « utilisent des latrines à fosse avec une dalle ». Des chiffres qui se basent sur une enquête menée en 2012 par Demographic and Health Surverys (DHS).

Plus de 8% de la population défèquent à même le sol. La Banque Mondiale hésite sur une enquête menée par World Development Indicators en 2015 qui affirmait que 8% des citadins se soulageaient en plein air. L’enquête selon la Banque ne considèrerait pas les citoyens qui utilisent les latrines publiques le jour et qui n’ont d’autres d’autres recours que l’air ambiant le soir.

« Les taux généraux d’accès aux installations d’assainissement améliorées en Haïti sont de 50 % plus bas que la moyenne dans la région LAC et de 5 % plus bas que la moyenne dans les pays à bas revenus », conclut le rapport.

Le mois dernier le ministre de l’Environnement dominicain, Francisco Domínguez Brito avait exprimé son inquiétude par rapport à l’inaccessibilité à l’eau que connait actuellement Haïti. « Dans dix ou quinze ans, Haïti pourrait faire face à une sécheresse et à un manque d’eau », avait déclaré le ministre en soulignant que l’eau des puits en Haïti contenait sans doute des matières fécales compte tenu du faible niveau d’assainissement et toutes ses conséquences peuvent affecter la République Dominicaine à l’avenir.

Ces déclarations n’ont pas plus à son homologue haïtien. Pierre Simon Georges, dans une correspondance, les a qualifiées de « simpliste[s] » et qu’elles « ne reflète[nt] pas la complexité de la problématique de l’eau entre les deux pays ».