Dimanche 15 Décembre, 2019

Gressier: A la limite des autorités de l’Etat

Gressier / Photo : Haiti - Fandom

Gressier / Photo : Haiti - Fandom

A l’entrée sud de la capitale, entre Léogâne et Carrefour, niche la commune de Gressier. Autrefois havre de paix et de propreté, cette petite commune est devenue aujourd’hui le symbole même de l’insouciance et du manque de vision de ceux qui se sont succédés au pouvoir central et local depuis le séisme de 2010 qui a frappé le pays. Plongée au cœur d’une commune étampée du fer de l’abandon des pouvoirs.

Par Samuel Céliné

Tout comme la zone de Canaan dans la commune de la Croix des Bouquets, l’accélération du déclin de la commune de Gressier a commencé au lendemain du tremblement de terre du 12 janvier 2010. En effet, victimes des tonnes de béton armé, fruits des constructions anarchiques qui déferlaient sur la capitale, des milliers de familles ont fui la région métropolitaine d’alors pour aller bricoler des maisons de fortune à Gressier. Ce choix peut être expliqué par le fait que la commune avait encore des terres pour la construction et aussi par le fait de sa proximité avec la capitale. Une bonne aubaine pour les gens de la fantomatique classe moyenne travaillant dans la région métropolitaine qui y voient une occasion d’échapper au loyer devenant si cher vu le déséquilibre créé par le séisme entre l’offre et la demande en matière de maisons disponibles, de pouvoir garder leurs emplois tout en devenant propriétaires à Gressier, dans la périphérie de la capitale.

Opportunité aussi pour les plus pauvres. Outre la bidonville qui grimpait le morne dans la zone de (Bo dlo) à Mariani, une populace de petites bourses envahissent la nationale # 2 jusqu’au centre de Gressier. Loin des soucis des autorités de l’Etat, des Organisations non-gouvernementales se sont alors accourues vers cette nouvelle terre propice à des interventions, dans le sens de « charité bien ordonnée commence par soi-même » pour certaines, en distribuant des bâches ou en construisant des logis loin des normes comme c’est fait à Lelambi où une organisation a construit un village à l’embouchure d’un ravin (Gwo twou).

Résultat ! Aujourd’hui, un spectacle de maisons résidentielles jonchant la route nationale numéro 2, de Mariani jusque dans les limites de la commune avec Léogâne dans la zone de Laferoney. Entre cette colonie de béton qui bouffent et le littoral et les mornes de Gressier, des ruelles en terre battue s’entrecroisent tel un labyrinthe sans aucun nom pour les distinguer. Les maisons ne portent pas de numéro. Difficile alors pour un résident de Gressier de donner son adresse à quelqu’un.

Malgré les grands investissements des nouveaux résidents de Gressier, la mairie semble n’être pas intéressée à puiser dans cette nouvelle source de revenu. L’Etat central non-plus, à travers la Direction générale des impôts (DGI).

En conséquence, Gressier reste figer sur elle-même. Les autorités n’ont pas accompagné les citoyens qui s’y installent selon leur gré. L’Etat ne fait rien pour exploiter les nouvelles résidences et les citoyens sont abandonnés derrière les barrières dorées de leurs belles maisons ou derrière les portes en tôles usagés de la cahute d’à côté.

En 2019, Gressier a seulement 3 rues bétonnées, aucune place publique, aucun marché public, aucun réseau d’eau potable pouvant répondre à la nouvelle demande. Donc, une autre commune ou l’instinct de survie des gouvernés dépassent la vision trop rachitique des gouvernants.

Samuel Céliné

 

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