Samedi 30 May, 2020

Grand'Anse : un ancien maire dénonce la coupe excessive des arbres

"Il y a une absence de gouvernance dans ce pays, tout le monde se croit capable de diriger", dit Vidal Chevalier, ancien maire de la commune de Chambellan. /Photo: Vidal Chevalier

"Il y a une absence de gouvernance dans ce pays, tout le monde se croit capable de diriger", dit Vidal Chevalier, ancien maire de la commune de Chambellan. /Photo: Vidal Chevalier

Le département de la Grand’Anse fait face à de sérieux risques de déboisement, si l’on se fie au propos de l’ancien maire de la commune de Chambellan, Vidal Chevalier qui a régné de 2007 à 2011. « Une situation intenable qui devrait interpeller tout vrai patriote », tempête-t-il à la rédaction de Loop Haïti.  

« J’ai constaté au niveau des communs Abricot, Chambellan, Moron, Dame Marie, Les Irois et Anse d'Hainault un renforcement systématique de l’abattage des arbres », renchérit celui qui entretient encore de très beau souvenir de l’immense écrivain et homme politique haïtien Jean-Claude Fignolé, décédé le 11 juillet 2017.  

En octobre 2015, le cyclone Matthew a mis à genoux une portion importante de ce département. Son passage a semé le deuil dans plusieurs dizaines de famille. « Aujourd’hui, l’économie reprend petit à petit du poil de la bête. Des marchands, originaires des quatre coins du pays, viennent s’approvisionner en denrées alimentaires diverses », argue-t-il.

Cette situation reluisante entraine de grands espoirs pour la commune de Chambellan dont la densité s’élève à plus de 35,000 habitants, pense-t-il. Vidal Chevalier emploie le concept de « ville en pleine extension » pour qualifier ce regain de vitalité observé à vue d’œil. « Il encourage les autorités étatiques à un repeuplement du café haïtien » qui a fait la gloire de ce pays autrefois.

Toutefois, ce qui ronge Vidal Chevalier dans son for intérieur, c’est le dépérissement de la couverture forestière de la zone à cause d’une absence de politique gouvernementale viable à la protection de l’environnement.

« Dans leur lutte pour la survie, la population s’attaque à tous les fronts ». « Systématiquement, elle recourt à l’arbre en vue de le transformer en charbon de bois à des fins commerciales, ménagères ou autres ». « Il y a de petits commerçants qui vivent uniquement de cette exploitation des ressources naturelles environnementales ».  

D’un coin à l’autre, le département regorge de potentialités économiques : cacao, abricot, café, etc. Mais chacun de ces produits typiques n’accroît pas au même rythme, précise l’édile. Pour cela, une replantation du cacao pour une plus grande régénération ne saurait-être que bénéfique, pense-t-il. Mais, quelle autorité mettra la main à la patte ? se questionne-t-il, perplexe.

« J’ai frappé la main sur la table », tonne-t-il, plein de fierté, soulignant qu’il n’a pas de pays de rechange.

Dans ce diagnostic, les organismes caritatifs en ont eu pour leur compte. « Les ONG ont bidonvillisé la Grand’Anse après Matthew. Elles avaient construit des taudis pour reloger les sinistrés, et les autorités gouvernementales n’avaient jamais pipé mot », regrette Chevalier, avant d’accuser les Haïtiens de complice du bourbier actuel.

Il y a une absence de gouvernance dans ce pays, tout le monde se croit capable de diriger, estime Vidal Chevalier. « Il suffit de rester à Port-au-Prince, se livrer à de petites guerres intestines pour avoir la mainmise sur le budget de la République ». Voilà à quoi se résume mon Haïti, le pays que j’aime tant, soupire Vidal Chevalier.

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