Mercredi 21 Octobre, 2020

FinTech Haïti : une 5e édition virtuelle réussie, un pari "relevé"

Affiche de promotion de la 5e Edition de la FinTech et de la 10e Edition du Sommet International de la Finance.

Affiche de promotion de la 5e Edition de la FinTech et de la 10e Edition du Sommet International de la Finance.

Le Groupe Croissance, la Banque centrale, ProFIN et ProfIT Development Consulting ont organisé le 30 avril, la 5e édition de la « FinTech Haïti », une activité partie intégrante de la 10e édition du Sommet international de la finance tenue du 28 au 29 avril. Ensemble, les deux événement ont touché près de 150 mille personnes. Retour sur « FinTech Haïti » version 5, un évènement ambitieux, déroulé dans un contexte difficile.

"Nous avons relevé le pari", s'exclament les initiateurs de la 5e édition de la FinTech, tenue à la suite du Sommet sur la finance. Des vidéos conférences, des panels, des échanges virtuels… une grande première. Cette année, la 5édition de la FinTech Haïti a changé de format et a été diffusée en direct sur Facebook, YouTube et Twitter. Coronavirus oblige, certains intervenants, derrière la caméra de leurs téléphones portables, sont intervenus aux débats. Pour 2020, et en cette période de crise sanitaire mondiale provoquée par la pandémie du Covid-19, les organisateurs de cet évènement majeur ont mis l’accent sur la technologie, un outil qui, selon eux peut contribuer au développement économique du pays.

"Technologie et croissance économique : le Covid-19 incite-t-il à l’innovation numérique ? Enjeux et perspectives des paiements mobiles en Haïti, accélérer l’écosystème FinTech pour favoriser le développement durable…" sont les thématiques qui ont été abordées à cette édition spéciale. Des interventions étaient les unes les plus intéressantes que les autres, sous la houlette, pour chaque pannel, d’un modérateur. L’objectif était de partager les expériences mais aussi et surtout, d’avancer des éléments de solution pouvant permettre d’aboutir à une croissance économique et un développement durable en Haïti.

L’innovation numérique dans le contexte du coronavirus

Pour aborder la question, plusieurs responsables et professionnels dans ce champ ont pris part à un panel. Et pour faire un saut à l’ancienne génération, Godson Pierre, responsable du Groupe Media Alternatif a partagé dans ce panel, l’expérience AlterPresse, l’un des médias en ligne le plus anciens en Haïti. Se focalisant sur le respect des règles, la qualité et la fiabilité de l’information, le journaliste senior a insisté sur la nécessité de transformer les médias en de véritables canaux pouvant contribuer à faire avancer la société et contribuer à son développement durable.

Au côté de Godson Pierre, le rédacteur en chef du quotidien Le Nouvelliste, Frantz Duval qui, de son coté, est revenu sur l’historicité de la doyenne de la presse écrite. Dans son intervention, celui fait aussi office de directeur de Ticket Magazine a indiqué Le Nouvelliste et ses autres composantes suivent l’évolution de la technologie. « Avec les changements de méthodes, nous essayons de nous adapter, mais la mutation n’est pas encore faite », avoue Duval qui évoque un problème de modèle économique important, par rapport aux nouvelles réalités.

Le journaliste a admis que l’écosystème a beaucoup d’offres, mais que la qualité fait encore défaut. « Pour garantir l’avenir du numérique, il faut avoir des contenus, mais aussi un projet économique », a déclaré M. Duval. Par ailleurs, Duval dit croire qu’il est important de prendre en compte l’éducation aux médias en faveur des citoyens haïtiens, tout en insistant sur la nécessité de réguler le secteur et limiter les dégâts. Aussi, Frantz Duval a dit préconiser une politique publique sur le numérique, ce qui peut être bénéfique aux créateurs, globalement au pays.

Dans ce même panel, Carel Pèdre, fondateur de Chokarella, a pris la parole au nom de la nouvelle génération de créateurs dans le numérique en Haïti. Tout en partageant ses années d’expériences dans ce secteur, l’animateur a abordé la question de la prolifération des médias en ligne, qui provoquent pas mal de dérives sur le Web.

« Aujourd’hui, les créateurs de ces sites ou chaines YouTube cherchent de préférence des vues, sans tenir compte de la qualité et la vérification des informations. Parfois ils font également du plagiat, juste pour monétiser leur plateforme », regrette Carel Pèdre. Pour le patron de la plateforme multimédia Chokarella, il faut une politique de financement pour les medias en lignes qui créent des contenus intéressants. Parallèlement, il invite les medias traditionnels à faire le saut vers le numérique.

Ecosystème FinTech, au service du développement durable

Pour parler des enjeux et perspectives des paiements mobiles en Haïti, et la nécessité d’accélérer l’écosystème FinTech pour favoriser le développement durable, un autre panel composé de personnalités reconnues dans le domaine, a été organisé. Dans le chapitre de la transaction mobile, Nathaelle Chavenet, directrice du service MonCash au sein de la Digicel, a élaboré sur l’opportunité qu’offre le coronavirus avec les paiements mobiles.

« Il y a une augmentation des transactions en cette période. Les citoyens ont manifesté un intérêt dans le domaine de la finance technologique. Ils utilisent les comptes MonCash et cherchent à faire des transactions sans se déplacer », a expliqué Mme Chavenet. Toutefois, elle plaide en faveur d’une règlementation, afin selon elle, de permettre à beaucoup plus de gens d’intégrer ce système, ce qui peut contribuer à réduire la circulation de la monnaie physique.

Dans la foulée, la Digicel s'est félicitée pour avoir créé le service de paiement mobile MonCash, présent sur tout le territoire, à travers 3 mille 500 agents certifiés. « MonCash devient un outil qui commence à faire partie du quotidien de tous les Haïtiens », s'est réjouit Marteen Boute, PDG de la Digicel, qui a participé lui aussi a cette 5e édition de la FinTech virtuelle. Il a annoncé dans le même temps que la compagnie de téléphonie mobile envisageait de permettre le transfert d’argent d’un compte Sogebanking vers MonCash. Ce qui, dit-il, va accélérer l’inclusion financière en Haïti.

Autres aspects dans ce panel, c’est l’apport de la technologie dans la croissance économique. Un terme que maitrise bien Marc Alain Boucicault, qui dirige l’incubateur Banj. Dans son intervention, l’économiste et amant de la technologie, a mis l’accent sur la création de richesse comme élément important dans l’économie.

« Plus on a des transactions ou des virements en ligne, plus on crée de la richesse. Et quand il y a création de richesse, on aura de la croissance économique, et globalement, du développement durable », a souligné M. Boucicaut qui pense que le pays doit accélérer cette démarche, et donner beaucoup plus d’accès à ces services.

« On ne devrait pas attendre le coronavirus pour voir la nécessité de prioriser la technologie financière. La FinTech nous offrent les solutions, il faut les utiliser », lance le leader de Banj, qui croit qu’Haïti a beaucoup à faire malgré les efforts consentis. D’un autre côté, Boucicaut se montre convaincu qu’il faut avoir une volonté claire, tant du côté de l'Etat que du secteur privé haïtien, afin de créer un climat de confiance dans ce secteur et financer les entreprises.

Un pari réussi 

Les échanges qui étaient au menu de la 5e édition de la FinTech Haïti, étaient adaptés à la réalité actuelle. Selon Jean Marie Altema, PDG de ProfIT Development Consulting, l’un des partenaires de l’évènement, cette édition virtuelle a répondu à un appel qui était de permettre de discuter et d’échanger autour des sujets ayant rapport avec la Finance Technologique, dans le contexte du Covid-19.

« La FinTech est un outil efficace pour le développement durable. Il faut mettre la technologie au service de la finance », a déclaré M. Altéma dans son discours d’ouverture. Le responsable en a profité pour saluer les différentes initiatives lancées par des jeunes pour proposer des moyens de paiement électroniques aux citoyens, pendant la crise sanitaire mondiale.

Cependant, l’ancien DG du CONATEL invite les Haïtiens à se poser certaines questions : « Qu’avons-nous produits avec l’internet ? Comment peut-on tirer profit du numérique ? » En attendant les réponses, Jean Marie Altéma dit constater que certaines habitudes ont changé en Haïti pendant le confinement, ce qui, selon lui, est une bonne chose. Il fait référence notamment aux transactions financières, les achats et les transferts d’argent en ligne.

Rappelons que la FinTech est un néologisme qui fait référence aux technologies financières, à la manière de la Biotech, dans le domaine de la santé. Cette technologie numérique innovante permet de repenser un modèle d’affaires lié aux services financiers et d’aider les ménages pauvres à améliorer leur vie, de stimuler les activités économiques et d’élargir les possibilités.

La FinTech est une composante du Sommet International de la Finance, qui se veut un espace où l’on débat des questions liées à la facilitation de l’inclusion financière en Haïti. Pour la 10e édition de ce sommet tenue le 29 avril, les organisateurs se sont fixés comme objectif, d'organiser des échanges, pour accoucher des idées novatrices et de grandes réflexions sur l’avenir de l’économie haïtienne après le coronavirus. Cette nouvelle édition qui a réuni comme d’habitude des personnalités du public, du privé ainsi que des experts nationaux et internationaux, s’est déroulé autour du thème : « Covid-19 : financer la réponse et préparer l’après crise ».

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