Samedi 11 Juillet, 2020

Une foule pour dénoncer le viol et l'impunité à Port-au-Prince

Vue de la foule/ Photo: Luckenson Jean/ Loop Haiti

Vue de la foule/ Photo: Luckenson Jean/ Loop Haiti

Pour la fête des mères, ce dimanche 26 mai, une foule d'hommes et de femmes ont marché dans certaines rues de la capitale haïtienne et ont uni leur voix contre les viols collectifs et l'impunité. Cette marche a été initiée par des étudiants dont des camarades ont été victimes d'actes de viols alors qu'elles sortaient des salles de cours.

 

Habillés en blanc, les participants à cette manifestation livraient, tout au long du parcours, des messages appelant au bannissement de toutes sortes de violences contre les femmes et les filles en Haïti. "Ne faites pas aux filles et aux femmes ce que vous n'aimeriez pas qu'on fasse à vos mères et à vos filles", pouvait-on lire sur certaines des pancartes et les maillots.

"C'est un crime odieux de violer quelqu'un", a balancé une étudiante de Quisqueya intervenant au micro de Loop Haiti. Elle invite la société haïtienne, les parents et les enseignants en particulier, à faire un effort en vue d'une meilleure éducation des jeunes afin qu'ils puissent être capables d'autocritique avant de commettre certains actes répréhensibles et "répugnants".

D'un autre côté, une autre étudiante appelle les gens à "cesser de trouver des excuses pour les violeurs". "La façon dont je m'habille n'autorise personne à me violer", dit la jeune femme, en réaction à certains commentaires ayant fait l'objet de nombreuses critiques sur les réseaux sociaux ces derniers jours. "Un viol est crime, il n'y a pas d'excuse à cela", a-t-elle signé.

"On n'en peut plus", criaient certains participants pour manifester leur colère et leur ras-le-bol face à une société dans laquelle "les criminels agissent en toute impunité". Des féministes, dont Pascale Solages, ayant pris à cet événement, ont dénoncé le fait que le viol soit même devenu un moyen de répression contre les femmes et filles dans le pays.

"Nous marchons pour nos mères. Nous marchons pour nos soeurs. Nous marchons pour nos tantes. Nous marchons pour nos filles. [...]", a-t-elle lâché au moment de lire un message devant la presse, à proximité du Champs-de-Mars. 

Le viol "devient une forme de répression sur les femmes dans les quartiers populaires ou dans les universités, partout dans le pays", regrette Pascale Solages. Mais le pire, c'est que "les victimes gardent le silence, elles s'enferment dans un sentiment de honte et de peur", poursuit-elle. Un silence souvent imposé par la société jugée de plus en plus machiste et misogyne.

#PaFeSilans, c'est sous ce hashtag que cette marche a été popularisée sur les réseaux sociaux. Les marcheurs invitent les victimes à ne plus garder le silence, à en parler afin de bénéficier des supports nécessaires. En ce sens, il y a aussi un autre point important à ne pas négliger: ne surtout pas mettre la victime en position de se sentir coupable de ce lui est arrivé. C'est ce que recommande Jeff M. Cadichon, docteur en psychologie, répondant aux questions de la rédaction.

Cadichon pense que la façon dont la société réagit aux actes de viol peut soit permettre de combattre efficacement ce phénomène, soit le renforcer davantage. On ne peut en aucun cas condamner une femme/fille qui a été violée, sous prétexte qu'elle se trouvait au mauvais endroit, au moment moment, où qu'elle s'habillait mal, a-t-il soutenu. Le seul responsable d'un viol, c'est le violeur. 

 

Aux côtés des jeunes lors de ce mouvement, ont été remarqués des parents, des professeurs et certaines figures publiques. Le recteur de l'université Quisqueya, (qui compte elle aussi deux victimes), a été de la partie. "La violence tend à s'installer comme un phénomène naturel et la société commence à cultiver une culture de tolérance vis-à-vis des agressions contre les femmes : il faut dire non", a encouragé Jacky Lumarque.

Recevez gratuitement les dernières nouvelles d'Haïti et d'ailleurs directement sur votre téléphone en téléchargeant l'App de Loop News :