Jeudi 14 Novembre, 2019

Être enceinte en Haïti: Entre pratiques et représentations du terroir 

Darline Honoré/ Photo: Steven Aristil

Darline Honoré/ Photo: Steven Aristil

La grossesse est un moment agréable pour bien de femmes; surtout quand on a tant attendu ce bébé qui, enfin se pointe à l’horizon. Impatience lors des tests, excitation et joie après avoir vu les deux traits révélateurs de la grossesse, un mélange de sentiments les uns les plus agréables que les autres. Mis à part les précautions physiques, parfois sur ordre des médecins qu’on doit prendre, en Haïti, la période de grossesse n’est pas du tout une sinécure.

En effet, entre les différentes pratiques et représentations liées à la grossesse, la femme haïtienne enceinte ne sait à quel saint se vouer. Bien sûr, le fait de garder la grossesse secrète pendant un temps n’est rien par rapport au fait que la femme enceinte doit bannir la habits de couleur noire de sa garde-robe. Côté alimentation, c’est presque les mêmes rengaines. Un ensemble d’interdit et de pratiques auxquelles les haïtiennes doivent se plier lors de leur grossesse et qui semblent se perpétuer à travers le temps.

Ce mode d’emploi passé aux femmes enceintes en Haïti est plus qu’un héritage. On pourrait le classer parmi les patrimoines culturels immatériels du pays. Qui n’a pas déjà entendu parler du fameux sang de tortue que la femme enceinte doit ingurgiter? Pourquoi? Et bien « pou gate san tchovi a, pou lougawou pa ka bwè l  (pour protéger l'enfant contre les sorciers, en français)», vous répondrait-on. Les mixtures rien que pour les femmes enceintes, on n’en manque pas en effet. On ne va pas oublier le « lalwa »e (L'Aloe Vera), qu’on fait passer à travers les mets, jus ou thés qu’on lui donne, afin qu’elle ne s’en aperçoive pas.

De générations en générations, les femmes ont appris à ne pas se gratter la peau quand elles ont envie de quelque chose durant leur grossesse. Ne soyez pas étonnée d’apprendre que cet assemblage touffu de poil sur le visage de cet enfant est le fruit d’une envie de porc (griot) que ressentait sa mère quand elle était enceinte. « Grate anba pla pye w », les femmes enceintes ou les mères ont une fois dans leur vie entendu cette phrase. Et oui, quand il faut patienter avant l'arrivée du met désiré ou qu’on doit se résigner à ne pas pouvoir l’avoir au temps voulu, il est recommandé de se gratter la plante des pieds pour ne pas "marquer" l'enfant. « Pa make timoun nan... ».

Vous ne voudriez quand même pas que « Mèt Agwe » s’empare de votre enfant à naître, n’est-ce pas? Alors lors de votre grossesse, portez de préférence votre choix vers les piscines car, « fanm ansent pa benyen nan lanmè » (les femmes enceintes ne prennent pas de bain de mer). Attendez la période d’après les neuf mois pour jouir du sable et du chaud soleil des plages. En outre, pour éviter que lors de l’accouchement la femme ne se le fasse pas dessus, elle doit absolument éviter de se gaver de « yesterday ». Ces nourritures qu’on laisse sur la table et qu’on reprend le lendemain après les avoir réchauffés. Un vrai régale !

Cependant, Il n’y en a pas que désavantage dans ces pratiques. Vous voulez dormir en paix ? Sans risque d’être réveillé par quiconque? Soyez une femme enceinte. On ne va pas vouloir interrompre la formation des parties du corps de votre bébé et ainsi, vous pourrez dormir comme un bébé.

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