Mardi 22 Octobre, 2019

Ernest Rigaud condamné à 10 ans de prison pour avoir tué sa compagne

Collage: Marlène Collin au milieu et son meurtrier Ernest Rigaud

Collage: Marlène Collin au milieu et son meurtrier Ernest Rigaud

Ernest Rigaud, cet homme qui a tué sa compagne Marlène Collin en mai 2018, a été fixé sur son sort, ce mercredi 7 août 2019. Il a été condamné à 10 ans d’emprisonnement. Cette peine a été prononcée au deuxième jour des assises criminelles avec assistance de jury qui a démarré mardi au Tribunal de première instance de Jacmel.

Le doyen du tribunal civil de cette juridiction Me Wando Saint-Villier s’est félicité du déroulement de cette journée des assises, estimant que les membres du jury ont, en grande partie, répondu à l’appel.

 Le jury a été bienveillant envers Ernest Rigaud. Ce dernier a donc bénéficié de circonstances atténuantes. Il aurait pu écoper d’une peine de travaux à perpétuité conformément à l’article 247 du code pénal ainsi stipulé : tout coupable d’assassinat, de parricide, d’infanticide ou d’empoisonnement sera puni de travaux forcés  à perpétuité.  D’ailleurs, le juge ayant instruit l’affaire a renvoyé Ernest Rigaud devant le tribunal criminel avec assistance de jury pour y être jugé pour assassinat.

Cependant,  à l’audience, le jury a apprécié les faits autrement .Les jurés ont reconnu qu’Ernest a donné certes, volontairement la mort à sa campagne Marlène Collin, mais c’était sans préméditation. De plus, le jury a reconnu en sa faveur des circonstances atténuantes. La décision du jury  trouve son  fondement à  l’alinéa premier de l’article 382 du code pénal haïtien portant sur les circonstances atténuantes.

 Le juge de  siège a, alors fait  application de l’article 382 du CP selon le vœu du jury.

Pour avoir poignardé sa compagne, Ernest Rigaud va devoir passer 10 années derrière les barreaux. Le meurtre a été perpétré à la suite de plusieurs heures d’altercation entre les deux partenaires. A l’origine, la jeune infirmière voulait mettre un terme à sa relation avec Ernst Rigaud. Ce dernier a préféré poignarder sa femme au lieu de la laisser partir. Après avoir commis son forfait, Ernest a tenté de se suicider. Des témoins l’en ont empêché. Il a été appréhendé par la police qui l’a livré à la justice qui, après une année, a pris sa décision.

 

Si cette fin des choses est saluée par certains qui estiment que c'est un pas en avant, pour d'autres, notamment des militants féministes, ce n'est pas une très bonne nouvelle.

"C'est dommage qu'on soit en train de célébrer quelque chose qui devrait être normal", souligne Pascale Solages de Nègès Mawon. Pour la Petrochallenger et féministe, tout meurtre contre un être humain en général ou une femme en particulier mérite une peine, et la peine qu'il faut. "Et c'est normal", souligne-t-elle tout en condamnant le fait qu'il n'y ait "pas une volonté politique" véritable en vue de combattre les violences contre les femmes et les filles dans le pays.

Même point de vue de la part de Marie Isnise Romelus. Pour ce membre du Kolektif Zabèt Makandal pou yon lòt sosyete, une structure mise en place tout-de-suite après la mort de Marlène Collin, la sentence de dix ans prononcée contre Ernest Rigaud est un mauvais signal. "Seulement dix ans de prison pour quelqu'un qui a commis un crime pareil", se désole la jeune femme, estimant que ceci risque d'amener les hommes à croire qu'ils peuvent faire ce qu'ils veulent de leur femme.

Elle ajoute par ailleurs que cela ne découragera pas le collectif dont elle est membre dans son combat pour le respect des droits des femmes. Ils sont prêts, d'ailleurs, à accompagner la famille de la victime pour la suite du combat.

 

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