Mercredi 12 Août, 2020

En Haïti, l’Eglise est plus fiable que l’Etat…

Crédit photo: AFP

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Dans l’Administration publique haïtienne, la puissance des faussaires est telle qu’au final, les institutions tant nationales qu’internationales font très peu confiance aux documents émis et signés par l’Etat haïtien. En revanche, un papier portant la signature d’une autorité de l’Eglise catholique a plus de chance d’être reçue et validée partout, selon le Père Arcène Jasmin.

Ce dimanche 25 février 2018, près d’une vingtaine de familles sont réunies dans l’enceinte de l’Eglise Sainte-Claire, à la route des Frères, Pétion-ville, en vue de faire baptiser leurs bébés par le curé de la paroisse qui, avant de les bénir et les préparer pour une longue et fructueuse vie chrétienne, en profitera pour chasser de ces petits corps innocents, le « chwal », qui les habite.

Les petits enfants, filles et garçons, sont tous là, vêtus tout de blanc, passent de bras en bras. Ils sourient à la vue de certains visages, font la moue en voyant certaines têtes, et pleurent en apercevant d’autres. Les petits bouts de choux sont les uns plus mignons, plus bruyants, plus turbulents que les autres mais ignorent tous la raison de leur présence en ce lieu bondé de gens les uns les plus admirateurs, plus flatteurs et plus commères que les autres.

Le Prêtre Jasmin, avec l’élégance et le charisme qu’on leur connait, charme et chevauche son public du haut de son chair. Prédication, humour, interrogation… tout y passe. Et conscients de la présence de fidèles venus d’autres assemblées, dans son immense Eglise, il saisit l’occasion pour les chatouiller de temps en temps, par quelques déclarations les unes les plus tranchantes que les autres.

Ici juste pour le papier ?

« Je suppose que la plupart d’entre vous sont ici (dans une Eglise catholique) pour la première fois, juste pour le baptême, juste pour avoir le certificat », dit-il à la foule, soulignant n’avoir aucun problème avec cela, du moment que – pour le salut de leur amé -, ce n’est pas leur première fois dans une Eglise.

Si les chrétiens disent souvent qu’ils ne sont pas de ce monde, ils précisent et reconnaissent toujours qu’ils y sont, donc ils savent ce qui s’y passe. Tel est donc le cas du prêtre : « Je le sais, ce certificat de baptême facilitera l’inscription de votre enfant à l’école ». Tout comme, insinue-t-il, d’autres documents émis par les autorités catholiques ont souvent meilleurs effets dans les institutions publiques ou privées et même dans les ambassades.

Des parents présents à la cérémonie ne sont pas d’accord sur tous les propos de l’évangéliste, notamment sur sa façon de voir les âmes baptisés dans d’autres églises. Mais ils s’accordent à dire qu’en effet, sur la question de l’importance « ce n’est pas faux ». « Parfois, même des protestants possèdent des papiers venus de l’Eglise catholique pour leurs enfants car cela a l’air de leur faciliter les choses », dit ce jeune Père qui vient lui aussi de faire baptiser sa première fille.

Irresponsabilité de l’Etat ?

Il y aurait nombre choses à dire pour expliquer ce comportement des parents soucieux de leurs progénitures. Mais dans son discours, le Prêtre n’a fait mention qu’une chose : « L’irresponsabilité de l’Etat ».

Dans la fonction publique, les faussaires sont puissants. Des individus, bien en réseau, se font souvent passer, avec facilité, pour des autorités et émettre d’importants documents signés et scellés. Et l’Etat, incapacité ou irresponsabilité ?, n’a pas toujours les armes et la velléité qu’il faut pour démasquer ces réseaux de malfaiteurs, jusqu'à ce qu’ils deviennent trop influents et leurs racines trop profondes.

Au sein de l’Eglise catholique, on sait que le désordre n’est pas tel qu’il est au dehors, se réjouit l’homme de Dieu, fier d’être Ambassadeur d’une pareille institution.

D’ailleurs, le processus même pour obtenir certains papiers de l’Eglise s’avère parfois, si ce n’est toujours, bien exigeant. Que vous soyez catholiques ou pas, avant de vous livrer un certificat ou autre papier, ils vous exigeront d’assister à des réunions, des messes, d’avoir une carte de membre et de vous soumettre à de nombreux principes catholiques. Ce qui renforce le caractère sérieux de l’image qu’on a du catholicisme aux yeux du peuple haïtien et même à ceux du Président.

En effet, en visite au Vatican en janvier, le Président Jovenel Moise a invité le Pape François en Haïti. Le chef de l’Etat voulant « créer de l’espoir en Haiti », croit que la présence du chef spirituel du catholicisme, pourrait contribuer à cela ainsi qu’au changement de mentalité de la jeunesse du pays, dans une interview accordée à Local 10.

 

L’histoire liant Haiti et le catholicisme remonte à loin. Mais c’est en mai 1860, sous le gouvernement de Fabre Geffrard, qu’Haiti et le Vatican signèrent le concordat, un traité, un pacte par lequel les deux signataires définissent des domaines respectifs et les relations entre l’Eglise et les autorités du pays.

Le concordat sert à tracer les limites et éviter les conflits entre les deux pouvoirs, assure la non-ingérence de l’Eglise dans les Affaires de l’Etat et donne à l’Eglise sa liberté d’exercer son ministère et de jouir ses droits.

Cet article sera mis à jour…

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