Lundi 17 Février, 2020

En Côte d'Ivoire, on ne pleure pas les centenaires défunts, on les fête

Les petites-filles de la centenaire décédée Anne M'Boua Ahoutié lui rendent hommage lors de son enterrement à Adjakoutié, un petit village à l'ouest d'Abidjan, le 3 août 2018

Les petites-filles de la centenaire décédée Anne M'Boua Ahoutié lui rendent hommage lors de son enterrement à Adjakoutié, un petit village à l'ouest d'Abidjan, le 3 août 2018

Surnommés "le Vieux", "le Kôrô" ou "Nanan", les vieillards centenaires sont toujours célébrés en Côte d'Ivoire, même à leur décès, en raison du respect traditionnel quasi divin dont les anciens font l'objet dans un pays où l'espérance de vie n'est que de 55 ans environ.

"C'est une cérémonie festive pour nous, ce n'est pas juste un décès. La tradition fait qu'on célèbre quelqu'un qui a atteint cet âge au lieu de le pleurer à sa mort", lance Nicole Beugré, enseignante et arrière-petite-fille de la défunte. Une réalité largement partagée dans les pays d'Afrique.

Grâce Mémel, 17 ans et qui vient de décrocher son baccalauréat, se dit "heureuse d'avoir connu (s)on arrière-arrière-grand-mère, ce n'est pas permis à tout le monde".

- Mourir vieux, une exception -

Si l'espérance de vie a augmenté, c'est en partie grâce à la réhabilitation de nombreuses infrastructures sanitaires et à la reprise de la croissance économique après la crise postélectorale (2010-2011) qui a fait 3.000 morts.

"On a une population du troisième âge (plus de 60 ans) qui représente à peine 4% des 22 millions d'habitants", relève Gervais N'Da Konan, démographe à l'Institut national de la statistique de Côte d'Ivoire.

- Un vieillard, une bénédiction -

Recrutements forcés dans le village pour la Deuxième guerre mondiale, indépendance de la Côte d'Ivoire en 1960... elle égrène ses souvenirs de moments de l'Histoire que ses enfants ne connaissent qu'à travers les livres.

"En Afrique, c'est la fraternité et surtout le sens de la famille qui nous amènent à ne pas nous séparer des vieilles personnes", explique l'universitaire Jules Évariste Agnini, critique du modèle occidental des maisons de retraite et présent à la cérémonie en l'honneur de Jeanne Danho Yacé.

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