Lundi 16 Septembre, 2019

Donnez-nous notre Brexit... qu’ils en payent les frais !!!

Westminster, Londres, Royaume-Uni le 25 juin 2016: l’image de deux jeunes étudiantes lors d’une protestation contre le Brexit devant la Chambre du Parlement avec une affiche écrivant: “Vous nous avez volé notre avenir.”

Crédit photo : Sky News UK

Westminster, Londres, Royaume-Uni le 25 juin 2016: l’image de deux jeunes étudiantes lors d’une protestation contre le Brexit devant la Chambre du Parlement avec une affiche écrivant: “Vous nous avez volé notre avenir.” Crédit photo : Sky News UK

Les relations entre l'Angleterre et l'Union européenne n'ont jamais été aussi compliquées qu'aujourd'hui. Alors que la crise du Brexit soulève de nombreuses questions quant à savoir si le Royaume-Uni quittera ou non l'UE, une génération est complètement oubliée et pourrait payer le prix du Brexit.

Par William Jr. Pierre-Louis

L’Angleterre est une île qui a toujours été considérée particulière du reste du continent européen par rapport à sa configuration géographique, le Royaume-Uni a toujours été un projet de société avec de prestigieuses prétentions. C’était une puissance à part entière, majestueuse et très conservatrice contrairement à ses autres amis libéraux de l’Occident. Sortie vainqueur de la seconde guerre mondiale et n’ayant pas été victime d’importants dégâts économiques et sociaux, notamment de pertes en vies humaines — la nation de Winston Churchill se voyait comme le socle idéal pour la reconstruction du continent européen au lendemain de la guerre. Une reconnaissance tant attendue qui ne lui avait pas été accordée par ses pairs de l’Europe.

Influencé par cet estime de soi pour le moins excessif, le Premier Ministre Churchill avait même qualifié l’Angleterre les “États-Unis de l’Europe”. On était alors en 1946. Cette déclaration fut le début de la fin d’une relation post-guerre plutôt harmonieuse entre des “voisins” du vieux continent. Elle lui a coûté aussi son périple à devenir membre de la Communauté Économique Européenne. Toutefois, devenue difficilement membre de l’organisation en 1973, l’Angleterre ne parvenait pas à digérer facilement les deux vétos du Président Français, Charles De Gaulle, obstruant son entrée dans l’organisation en 1963 et 1967.

La philosophie sociopolitique de la civilisation anglaise est dominée par cette idéologie : l’Angleterre doit être au cœur de l’Europe. Par contre, les faits qui ont accompagné cette idéologie n’ont pas toujours été cohérents. La campagne “rendez-moi mon argent” de Margaret Thatcher aurait confirmé cette hypothèse. Six (6) ans après leur adhésion à la Communauté Économique Européenne, la Première Ministre demanda une réduction de leur contribution financière à l’organisation tout en menaçant de plier bagages si sa demande ne fut pas agréée. Très forte comme menace ! Du chantage… non? On ne saurait être étonné d’une telle rhétorique de la part de Thatcher. Car, l’élégance n’aurait pas été le point fort de celle qu’on surnommait à l’époque “ la Dame de fer.“ Thatcher n’a jamais raté une occasion de montrer une rigidité dans ses relations avec ses amis de l’Europe.

Les politiciens britanniques acides à l’Europe ont charrié cette attitude hostile avec eux tout au long de l’existence de l’Angleterre; une démarche constante de se distinguer du reste du continent même si cela exigerait de l’indifférence.  Mais ils oublient qu’il n’y a pas de génération stagnante et que l’histoire du monde est tout aussi dynamique et évolutive. Effectivement, c’est le temps qui a su défier les eurosceptiques et l’attitude europhobe de nombreux politiques de la Grande-Bretagne. Puisque ce comportement frôlant l’animosité, était loin de faire l’unanimité. C’est en ce sens que la démission de Margaret Thatcher en 1990, pour avoir été trop hostile à l’égard de l’Europe, avait envoyé le signal de l’émergence d’une génération modérée à l’intérieur même du parti conservateur.

En plein ère de la démocratie moderne, la génération des années 90 peine encore à faire entendre sa voix en raison des extrémistes de la classe politique anglaise. David Cameron pourrait se considérer aujourd’hui comme le champion de l’aile dure de Royaume-Uni pour avoir jeté les jalons d’une séparation avec l’Europe en Juin 2016. Cependant, les jeunes de l’ensemble des pays faisant partie de la Grande-Bretagne et ceux qui sont d’origine anglaise, n’avaient pas voulu couper le pont avec le continent. À cela, 64 % des jeunes compris entre 18 et 24 ans avaient voté contre le Brexit. Ce nombre représente plus de la moitié des jeunes de cet âge vivant sur le sol anglais. Cela aurait dû attirer l’attention de ceux qui furent en faveur du Brexit. Malheureusement, les citoyens ne prêtaient pas trop d’attention. L’orientation du vote de ces jeunes était un message clair de leurs propres visions de l’Europe. C’était pour eux le moment de faire la leçon à l’élite politique britannique sur la coopération harmonieuse des nations. Qu’est-ce qu’il n’ont pas compris, ces politiciens?

Brexit ne peut point être considéré comme une simple séparation du Royaume-Uni de l’organisation. Les enjeux sont aussi importants que fragiles. La réalité migratoire de cette crise est plutôt inquiétante; une jeunesse européenne s’enlise quotidiennement dans la plus grande incertitude. Elle se perd dans une Angleterre inflexible et fermée à l’idée d’un deuxième référendum. Il convient de rappeler qu’entre 2016 et 2019, 1.4 millions de britanniques ont atteints l’âge de vote. En ce moment, 90% de cette tranche d’âge sont pro-européens. Pis, l’accord sur le Brexit ne va pas vraiment protéger leurs droits sociaux en tant qu’européens. Visiblement, on ne saurait demander à quelqu’un de signer sa propre lettre de condamnation. Ces jeunes sont assez avisés pour comprendre qu’une sortie de la Grande-Bretagne de l’Europe d’aujourd’hui ne serait point profitable à leur avenir. Et une sortie prématurée serait un désastre total.

C’est en effet un Brexit compliqué qui supplante ses défenseurs les plus fervents. L’étirement de ce code entre le Parlement et le Gouvernement est une preuve tangible. Les trois (3) sévères votes infligés par le parlement britannique contre les propositions de sortie du Royaume-Uni soumises par l’ancienne Première Ministre Theresa May est une preuve indéniable. Néanmoins, May a prouvé qu’elle est une conservatrice modérée; elle a tout fait pour éviter aux Britanniques un Brexit  catastrophique. Elle n’est pas nécessairement malléable quant à ses convictions politiques, mais elle a eu le courage de plier ses ailes à plusieurs reprises aux intérêts du parlement britannique et les soucis de du Conseil Européen. Cependant, en dépit de sa prudence, May n’est pas parvenue à protéger les droits et le rêve de la jeunesse britannique. Représentant 2.1% de la population, les jeunes sont très concernés et très préoccupés par l’après Brexit. C’est pourquoi ils réclament au moins l’organisation d’un second référendum.

L’économie Britannique s’est affaiblie depuis le référendum de 2016. Leur croissance économique est passée de 1.8% en 2016 à 0.7 en 2017. Néanmoins, le Royaume-Uni demeure jusqu’à présent la sixième économie mondiale et le quatrième contributeur de l’Union-Européenne. Donc sa sortie occasionnerait une déficience financière pour le reste du groupe; Ils seront à présent vingt-sept (27) pays à partager les dépenses internes de l’organisation et les contributions externes à d’autres pays non-européens. En d’autres termes, leurs responsabilités seront doublées et cela pourrait avoir des conséquences sur leurs relations avec leurs alliés. Mais paradoxalement, la blessure se ferait sentir beaucoup plus du côté des Britanniques. Hors, on a l’impression que les politiciens du parti conservateur ne sont pas conscient de cette réalité.

Si la stratégie prudente et sensée de Theresa May lui a coûté sa position de Première Ministre et celle de leader du parti conservateur, c’est parce que les politiciens eurosceptiques britanniques veulent un Brexit dur — en d’autres termes, irréfléchi. Aujourd’hui, May n’est plus. Les conservateurs ont eu à présent leur Messi: Boris Johnson, nouveau Premier Ministre et leader du parti. Cependant, la venue de Johnson ne garantie pas une sortie de crise. Les parlementaires britanniques — notamment les travaillistes et les conservateurs — ont passé trois (ans) à discuter la meilleure formule pour un Brexit réussi. Ils ne parviennent toujours à ni s’entendre ni s’accorder pour favoriser la bonne sortie de la Grande-Bretagne de l’Union Européenne — comme l’a voulu les résultats du référendum de 2016.

Boris Johnson a promis que le Brexit aura lieu le 31 Octobre 2019, alors que le Conseil Européen renouvelle sa position de ne pas accepter d’autres accords que celui qui a été proposé par Theresa May. Personne ne sait comment Johnson va procéder ni de quel Brexit qu’il parle exactement. On ignore aussi à qui profitera une sortie non planifiée de la Grande-Bretagne de l’Union Européenne, puisque les conséquences économiques seront lourdes et désastreuses. Mais ce dont on est certain: le grand perdant d’un mauvais scénario qui pourrait survenir le 31 Octobre prochain, sera sans doute cette jeune génération d’hommes et de femmes qui sont le futur de l’Europe.

William Jr. Pierre-Louis a étudié les sciences politiques et les relations internationales à l’Université Notre-Dame D’Haïti et a obtenu des certificats vérifiés en gouvernement américain et en politique spéciale et décolonisation de l’Université Harvard. Il est également un ancien stagiaire au siège de l’Organisation des Nations Unies à New York. Pierre-Louis est maintenant le Responsable de la Communication de Jeunesse Verte Haitienne: une Organisation Environnementale à but lucratif haïtienne bien connue basée en Haïti.

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