Dimanche 9 Août, 2020

DJ Kemissa, être femme dans un secteur dominé par des hommes en Haïti

DJ Kemissa dans ses œuvres

DJ Kemissa dans ses œuvres

Une femme DJ en Haïti, ce n’est pas tous les jours qu’on en croise dans une industrie dominée par la gent masculine. Déjà trois ans que DJ Kemissa se plaît à manier les platines afin de titiller les oreilles de plus d’un avec ses doigtés originaux en Haïti.

L’aventure a débuté en 2015 à l’hôtel El Rancho (périphérie est de la capitale haïtienne). Le public d’alors, qui ne connaissait pas la jeune femme sous ce chapeau, fut curieux de la découvrir à l’œuvre. Ce n’est pas courant qu’une femme mette le feu à un événement à titre de DJ, un secteur marqué par les empreintes rouges des Hommes en Haïti. Et c’est ce statu quo que Kemissa Trécile voulait à tout prix changer.

« C’est ce qui a été mon premier déclic, réagit-elle en entrevue à Loop Haïti. Me voilà en train d’évoluer dans une carrière où je n’ai pas de modèle qui me ressemble, c’est-à-dire une femme. C’est aussi un milieu qui n’a pas forcément été façonné pour accommoder à cette touche féminine que j’apporte ».  

 

Le choix de Trécile d’embrasser cette carrière est aussi empreint d’altruisme. La jeune femme a voulu donner le ton à celles qui redoutaient jusqu’à présent le domaine, questionnant leur féminité par rapport aux platines. « […] J’ai voulu faire une révolution où j’ouvrirais les portes pour les futures Dj femmes qui décident d’embrasser cette carrière », explique-t-elle.

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« Faire vibrer les fans »

Au-delà de son intention de braver les contraintes liées à son sexe, la Djette a aussi voulu vivre sa passion pour la musique et la partager avec les autres. « J’ai toujours été une mélomane et l’amour pour la musique a commencé dès le jeune âge avec les cours de piano », souligne-t-elle. Sa première performance en public comme animatrice lui a toute de suite insufflé ce désir mais aussi cette détermination de continuer à « faire vibrer ses fans », comme elle le dit si bien.

Plaire au public, faire la transition entre les sons, maintenir l’assistance en haleine, répondre aux besoins de consommateurs particuliers, voilà, entre autres, le lot des DJs. Par ailleurs, le travail ne se résume pas qu’à cela. Du moins pour DJ Kemissa.

« Être DJ m’a appris beaucoup de choses tant sur le plan social, relationnel, culturel, artistique, relate-t-elle. La carrière de DJ m’a permis de développer mon côté créatif, de faire l’histoire de la musique pour comprendre mon public et ses préférences. J’aime pouvoir être cette personne que j’ai créée (mon alter ego) sur scène ».

« Être DJ m’a appris l’une des plus grandes leçons de ma vie à savoir qu’on peut dédier sa plateforme pour toucher un maximum de personnes et qu’on a une responsabilité d’être un modèle pour les jeunes », épilogue-t-elle.

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La culture musicale : le maître-mot

Si aucune étude spécifique n’est requise pour se mettre aux platines, les techniques s’acquièrent par la pratique ou le mentoring. Il est toutefois recommandé d’étudier des champs connexes comme l’ingénierie de son, selon DJ Kemissa. Sinon, il faut aussi se rappeler de toujours mettre sa pendule à l’heure en approfondissant à chaque fois sa culture musicale.

D’autres atouts personnels sont à développer pour être DJ: « être capable de capter les sons afin de les harmoniser ; comprendre le mouvement du Djing et son rôle ; être capable de maîtriser les softawares technologiques ; être un créateur, un animateur qui peut capter le public », conseille DJ Kemissa.

De 2015 à 2020, DJ Kemissa a eu un parcours teinté de petites satisfactions, par exemple la fois où elle a joué à la soirée des 50 ans de Tabou Combo. « J’ai pu revivre ce que me racontaient mes parents en faisant un voyage musical à travers le temps dans ma playlist », évoque la Djette. 

Côté préférence musicale, elle est beaucoup plus fan des styles Rabòday, Konpa, Afro house, etc. Elle confie : « Ce qui fait la particularité de ma playlist c’est le message véhiculé, prévient-elle. Pour diffuser une musique, il faut comprendre d’où elle vient, quel est le contenu qu’elle dégage et dans quel contexte l’on doit la situer. C’est tout ce travail que je fais dans ma sélection musicale ».

Vous vous doutez sûrement que Kemissa ne passe pas tout son temps derrière les platines. Lorsqu’elle ne s’adonne pas à ses activités de DJ, Mme travaille à plein temps dans le droit commercial international. « J’adore la culture physique, informe-t-elle. Après le boulot, la salle de sport est mon refuge préféré, et le basketball mon sport de prédilection ».

DJ Kemissa n’est pas la seule femme DJ en Haïti. Mais, ensemble, ces femmes ont fait le choix de se servir de leurs doigts sans laisser personne passer outre leur droit.

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