Lundi 19 Novembre, 2018

Deux bustes pour immortaliser Manzè et Lòlò au Parc historique

Bustes de Lòlò et Manzè exposés au musée du Parc Historique de la Canne à Sucre.

Bustes de Lòlò et Manzè exposés au musée du Parc Historique de la Canne à Sucre.

Le musée du Parc historique de la Canne à sucre a dévoilé, fin décembre, les busques de deux géants tutélaires de la musique racine en Haïti : Manzè et Lòlò. Deux personnages mythiques que le temps n’a pas su assombrir en quarante ans d’existence du groupe Boukman Eksperyans.

Si leur vie n’est véritablement qu’un livre ouvert, s’ils ont presque tout donné à ce pays, rien n’empêche qu’ils éprouvent des moments de joie dans certaines circonstances. « Je suis honorée d’assister à un si grand travail. C’est un privilège énorme », réagit Manzè de son vrai nom Mimerose P. Beaubrun, après le dévoilement des deux bustes, 24 décembre dernier, au concert Mapous de la culture haïtienne par Encre d’Or et Radio Télé Caraïbes (RTVC).

Marie Erna Préservil, responsable de l’organisation Encre d’Or, se décerne un satisfecit pour avoir contribué à une pareille initiative. « Ces deux bustes sont une façon de les rendre immortels à nos yeux », dit-il. Ils ont tout donné à la musique, à l’art et à la société en général, poursuit M. Préservil.

Elle estime important de perpétuer ce travail de mémoire consistant à ériger en Mapous des personnalités de la vie culturelle haïtienne. D’autres figures de l’univers artistique meublent actuellement la galerie des mapous au Parc historique : André Pasquet, alias Dadou, Danielle Thermidor, Raoul Guillaume, Lunise et Richard Morse.

« C’est le plus grand cadeau que pouvait recevoir Lòlò et moi après 11 albums studios publiés en 40 ans. Je remercie également le sculpteur qui s’est tant sacrifié, j’estime, pour arriver à une si grande production », se régale Manzè. Boukman c’est l’affaire du peuple haïtien, c’est grâce à votre amour que maintenons toujours le cap, rajoute l’épouse de Lòlò de son vrai nom Théodore Junior Beaubrun.

Le sculpteur Caymitte Woodly alias Filipo se montre tout aussi heureux de son exploit. « C’est une fierté d’ajouter mon grain de sel à l’honneur qu’on est en train de rendre à ces icones », se réjouit-il, profitant de l'occasion pour envoyer un ochan à ces deux personnages incomparables à ses yeux.

Déjà étudiant à l’Ecole nationale des arts (ENARTS) dont les portes restent fermées jusqu’à nouvel ordre, il envisageait de les élever à la hauteur de ses rêves mais, il n’en avait pas les moyens. Et voilà pourquoi cela représente l’un des plus beaux et grands accomplissements de sa vie de jeune sculpteur, avance-t-il, d’autant que Manzè était la marraine de sa promotion à l’ENARTS.

Chaque buste s’établit sur une dimension de 60X50 cm, sculpté en argile mais achevé avec du résine. Les deux sont émaillés de couleur bronze avec une durée de 40 à 50 ans de vie, s’ils ne seront pas fracturés ou maltraités.

Aujourd’hui, la sculpture est en train de disparaitre en Haïti, déplore Filipo, tout en rassurant qu’un petit nombre d’étudiants issus de l’Enarts en majorité tentent de sauver la face de cet art.

Notre génération est encore vivante, nous pouvons espérer de grandes choses, commente le sculpteur. Quand je vois des commentaires sur les réseaux sociaux auxquels je n’avais pas espérés un jour, j’ai le sentiment d’avoir réalisé un travail important pendant un mois et demi.