Dimanche 18 Novembre, 2018

Des mots «déplacés» de Djakout #1 dénoncés par des femmes handicapées

Rolls Lainé dit  Roro/ Photo: Konpa Events

Rolls Lainé dit  Roro/ Photo: Konpa Events

L’Union des Femmes à Mobilité Réduite d’Haïti (UFMORH), une organisation défenseure des droits des personnes déficientes, exige des excuses publiques de la part de Rolls Lainé dit  Roro, batteur de la formation musicale Djakout #1,  suite aux propos « désobligeants, démesurés, déplacés » utilisés par ce dernier lors d’un spectacle donné par son groupe, fin 2017.

Dans un extrait vidéo de la prestation de Djakout #1 acheminé à la rédaction par l’UFMORH, on voit le musicien en question prendre l’exemple d’une personne handicapée pour démontrer l’effet viral provoqué par le slogan « Nou pa egare » (nous ne sommes pas des hébétés), qui est aussi le titre d’une chanson de l’album.

Debout devant son micro, le batteur, cherchant à amuser son public, singe un homme handicapé qu’il aurait croisé aux abords de St. Vincent (une école accueillant des personnes déficientes à Port-au-Prince). Il raconte : « menm egare a ap di li pa egare » - l’hébété lui-même répétait sans arrêt qu’il n’est pas un hébété -, provoquant ainsi une vague de rires de la foule.

 

L’usage de propos si « discriminatoires et stigmatisant » par le membre de Djakout #1, selon l’UFMORH, risque de marginaliser davantage les personnes vivant avec un handicap en Haiti et constitue, poursuit-elle, « une violation flagrante des droits à la dignité des personnes déficientes conformément à la Loi sur l’Intégration des Personnes Handicapées ».

En effet, dans l’article 3 de ladite loi, il est dit : « Sont interdites les affirmations discriminatoires, ainsi que les communications publiques contenant des observations, des affirmations, des opinions ou des allusions avilissantes à l’égard des personnes handicapées » et il y est conclu « Les atteintes à la dignité d’une personne handicapée sont punies conformément à la présente loi ».

On peut lire également dans l’article 78 du même instrument: « Les œuvres artistiques comportant des allusions et des remarques avilissantes et discriminatoires à l’égard des personnes handicapées peuvent être censurées par le Ministère de la Culture et de la Communication, sur recommandation du Bureau du Secrétaire d’État à l’Intégration des Personnes Handicapées ».

Il est à souligner qu’en l’article 79 de cette même loi, faisant référence à l’article 320 du Code Pénal Haïtien, on peut y lire, « les affirmations et pratiques discriminatoires prévues à l’article 3 de la présente loi sont considérées comme les injures ou expressions outrageantes prévues à l’article 320 du Code pénal et punies des mêmes peines. »

En vertu de ces prescrits, l’organisation, dans note signée par Soinette Désir, Esther Louis, respectivement Coordonnatrice et Directrice générale de l’UFMORH exige au concerné de présenter des excuses publiques « pour ses écarts  de langage et la violation aux droits à la dignité des personnes »

Lors d’une entrevue accordée à Loop Haiti, plutôt ce mois de janvier 2018, une personne handicapée avait évoqué un certain nombre de barrières empêchant l’évolution des personnes à mobilité réduite dans la société haïtienne. Parmi ces freins, il a listé le problème d’éducation, les mauvais traitements dont ils font parfois l’objet de la part de personnes dites « normales ».