Dimanche 29 Novembre, 2020

Des journalistes formés contre la traite des personnes en Haïti

Une vingtaine de journalistes haïtiens ont reçu une formation sur la traite des personnes du 02 au 04 novembre 2019. Crédit photo: Patrick Camille/Lumos

Une vingtaine de journalistes haïtiens ont reçu une formation sur la traite des personnes du 02 au 04 novembre 2019. Crédit photo: Patrick Camille/Lumos

Plus d’une vingtaine de journalistes provenant de médias de la capitale et des villes de province, se sont regroupés du 02 au 04 décembre courant au Ranch Le Montcel, dans les hauteurs de Kenscoff, notamment à Belot (14 km de la commune de Pétion-Ville). Objectif : s’enquérir sur le rôle que peut jouer un journaliste dans la lutte contre la traite des personnes en Haïti.

La traite des personnes représente une menace pour la société haïtienne. Toutefois, la plaie est moins béante quand des instances de veille se donnent en offrande à la lutte contre ce fléau. Une responsabilité dont les médias ne peuvent pas se défaire vu le rôle prépondérant qu’ils jouent en Haïti, et la position d’avant-garde qu’ils détiennent souvent dans l’exposition de certains dossiers brûlants.

Haïti fait un bond en avant en 2019

En 2019, Haïti est passé au « niveau 2 » en matière de traite des personnes. Une progression timide et lente, mais réjouissante par rapport à son classement au « niveau 2, sous surveillance » en 2018. L’information provient du Bureau de la lutte contre la traite des personnes (JTIP) du Département d’État des États-Unis, une instance chargée de répertorier annuellement la performance de chaque pays dans la lutte pour l’éradication de ce chancre.

« Ce progrès est assez considérable. Il y a une certaine avancée dans la lutte, par exemple la mise en place du Comité National de la lutte contre la traite des personnes (CNLTP), le projet BEST de l’Agence américaine de développement international (USAID/2019-2023) qui soutient l’État haïtien dans cette lutte », a expliqué Patrick Camille, qui assuré le rôle de facilitateur dans el cadre de la formation sur le rôle des journalistes dans la lutte contre la traite des personnes.

En effet, il s’agit d’un « atelier de trois jours organisé par l’Office de la Protection Civile avec l’appui technique du projet BEST (Bâtir un Environnement Solide pour Éradiquer la Traite des personnes) qui vise à former des journalistes en vue de créer un espace de débat et de dialogue, et les inciter à produire plus de reportages sur les faits relatifs à la traite des personnes », a expliqué Camille.

Traite des personnes : une casquette chinoise pour les journalistes

Jusqu’avant ce séminaire, Gislène Codio, membre du Réseau des médias de la région des Palmes, se trouvait dans l’impossibilité d’expliquer ce phénomène à quelqu’un. « Aujourd’hui, j’appréhende mieux la question, dit-elle. Dans mes prochaines productions, je saurai comment aborder la question avec plus de pertinence », poursuit l’originaire de Petit-Goâve, avant d’aboutir à « je suis extrêmement satisfaite ».

Le même vent se contentement a balayé le visage du principal facilitateur de l’atelier, Patrick Camille, qui codirige le projet BEST avec le représentant de Lumos en Haïti, Eugène Jr Guillaume. « J’ai observé une participation extraordinaire et une volonté d’avancer [chez les participants, ndlr] », estime-t-il. « J’ai été surpris de voir comment vous avez travaillé très tard pour résoudre des cas d’étude où d’espèce qui vous ont été proposés ». Il espère que la formation débordera les frontières de Le Montcel, et que les journalistes se mettront réellement à l’œuvre dans les salles de rédaction.

Jean-Chrisnol prophète, reporter-journaliste de Radio Vision 2000, de son coté, souligne l'absence de statistiques sur la traite des personnes en Haïti. « Mon expérience m’a fait comprendre que même les acteurs principaux, à savoir BPM, Lumos, GARR, Polifront, des juges à la Cour d’appel, des avocats, etc., confrontent souvent à ce manque de données sur ce phénomène ».

L’absence de statistique fait défaut à l’appréhension du phénomène

Pour pallier à ce manque criant de données, le chef du projet BEST, Eugène Jr Guillaume a annoncé la tenue d’une enquête sur les comportements, attitudes et connaissances des Haïtiens sur la traite des personnes. « J’espère que cette étude comblera un ensemble de lacunes auxquelles nous faisons face actuellement », a-t-il lâché.

Il n’a pas manqué de souligner, à l’instar de Me Jude Jean Pierre, directeur de promotion de l’OPC, la nécessité pour que les médias s’impliquent ardemment dans cette lutte contre les trafiquants qui « pullulent dans la société ». « C’est un combat pour le respect de la dignité humaine », conclut-il.

Dans son intervention, Me Jean Pierre a rappelé les préceptes de la Loi du 14 avril 2014 (art. 1) sur la lutte contre la traite des personnes. « Les trafiquants procèdent tout d’abord par recrutement, en passant par le transport pour arriver à l’accueil des victimes. Le tout à des fins d’exploitation », explique clairement ce dernier. Il s’est dit satisfait du déroulement de la formation, et reste confiant que les journalistes joueront leur partition dans cette lutte.

« Jusqu’à présent, la traite des personnes et un phénomène méconnu en Haïti, beaucoup de personnes ignorent s’ils en sont victimes ou pas. Donc, les médias ont un rôle prépondérant à jouer dans la vulgarisation des informations liées à ce phénomène », a expliqué Patrick Camille.

Websder Corneille @webscorneille

Cet article a été mis à jour à 7:28 p.m. 

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