Lundi 20 Janvier, 2020

Des Jésuites expulsés de St-Domingue pour être en faveur des esclaves

24 novembre 1763-24 novembre 2017 : 254 ans depuis que l’administration coloniale et les autorités politiques françaises ont expulsé les Jésuites, très présents à Saint-Domingue, pour leur engagement en faveur des esclaves.

Quelles ont été les reproches adressés aux Jésuites ? « On leur reproche de prêcher et d'attrouper les Nègres et d'obliger en même temps les planteurs à retarder la marche des travaux ; de pousser les Nègres et Négresses vivant en concubinage à se marier légitimement, ce qui ôte au maître la faculté de diviser les esclaves, nuit au droit de propriété et compromet la soumission nécessaire ; d'instruire de la religion des Noirs hors de la présence des Blancs et de les instruire très particulièrement en leur révélant le sublime de leur être, la majesté de l'homme et ses espérances, au risque d'éveiller chez eux des idées subversives d'égalité. On va même jusqu'à incriminer certains jésuites de favoriser le marronnage et de protéger des esclaves coupables d'empoisonnement. »

« Mais surtout ces moines orgueilleux sont accusés de vouloir ruiner l'autorité domestique des maîtres sur les esclaves pour substituer leur domination personnelle en cherchant à organiser les Nègres en un corps de fidèles distincts avec ses propres chantres, bedeaux et marguilliers élus, et avec ses propres catéchistes, hommes de confiance chargés de relayer l'action missionnaire. En effet, s'attaquer à l'autorité domestique, entendue l'autorité sans partage du maître sur l'esclave, principe sacré aux yeux des propriétaires qui voient en lui le plus sûr garant de l'ordre esclavagiste. C'est bien là le grief majeur, maintes fois formulé contre la mission jésuite depuis son installation dans le nord de la colonie en 1704. »

Cette proximité avec les esclaves entraînera un climat conflictuel entre les Jésuites et le pouvoir politique colonial. Une Ordonnance du roi de France en date du 21 juillet 1763, suivie par l'Arrêt définitif du Conseil Supérieur du Cap-Français, le 24 novembre 1763, ordonnèrent l'expulsion de tous les jésuites de la colonie de Saint-Domingue.

Cette décision arriva donc 10 ans avant la suppression générale de l'Ordre des Jésuites par le Bref Dominus ac Redentor du Pape Clément XIV, le 16 août 1773, sous la pression des Etats colonialistes européens.

Fondée en 1540 par Ignace de Loyola, la Compagnie de Jésus (Jésuites) est l'une des plus importantes composantes de l'Eglise catholique. Cet ordre religieux est actuellement le deuxième pour ce qui est des effectifs, derrière les franciscains, et devant les dominicains, avec près de 19 000 membres à travers le monde. Les jésuites ont la réputation d'être des intellectuels au sein de l'Eglise. Ils le doivent à leur formation qui dure quinze ans, avec des cours de théologie, de philosophie, de sciences... A la fin de leur parcours scolastique, en plus des trois vœux habituels (pauvreté, chasteté et obéissance au supérieur), ses membres se distinguent en prononçant également un vœu d'obéissance absolue au pape et à Dieu. L'ordre n'accepte pas de femmes, ayant reçu dès sa fondation une dérogation en ce sens par le pape Paul III.

Leur devise est Ad majorem Dei gloriam (pour la plus grande gloire de Dieu), souvent abrégée en AMDG, alors que le sceau de la compagnie représente les trois lettres IHS (abréviation de Jésus en grec) qui surmontent trois clous, symboles de la crucifixion. Ils sont actuellement dirigés par le supérieur général Adolfo Nicolás. 

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