Mardi 20 Novembre, 2018

Dénoncée comme "lougawou", une paysanne battue et maltraitée à Cabaret

Début janvier, dans la commune de Cabaret (environ 30 km de Port-au-Prince), une paysanne nommée Normilia Alismé, mère de six enfants, a été battue, humiliée et maltraitée dans des circonstances anormales par un propriétaire terrien, fier originaire de la commune de Thomazeau.

Me Joseph Lauvanice Bervil, avocat de la plaignante et responsable du Collectif pour la protection et le maintien des droits de l’homme (COMAD), a dénoncé ces exactions qu’il considère comme des « faits de violences volontaires » qui méritent d’être « réprimées sévèrement » par la loi.

Avec la verve que nous connaissons habituellement aux membres de la basoche, leur ténacité quand il s’agit de prendre en main un dossier jugé important, Me Bervil a débarqué à la rédaction de Loop Haïti ce mercredi s'insurger contre le « silence complice », dit-il, qui s’abat sur ce dossier à Cabaret parce qu’une CASEC a les mains trempées dans le sang de la victime.

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La CASEC s’appelle Edeline (Me Bervil ignore son nom de famille au moment de l’échange), elle s’occupe de la région Bethel (4e sec. Communale Fond Blanc) là ou l’opération de bastonnade de la paysanne a effectivement eu lieu.

Nous en sommes arrivés là, selon Me Bervil, à cause d’une histoire de propriété. Il a appris dans les faits que l’homme agresseur, le fils de Thomazeau, cherchait à élargir son pâturage pour en faire une ferme d’élevage à la grandeur de ses rêves.

Par usage de force et avec l’appui de la CASEC, toujours selon Me Brevil, le thomazelais a piétiné à sa guise le terrain de ses voisins. Mme Alismé, aborigène de Bethel, ne comptait pas se livrer aux caprices du puissant homme, elle était prête à livrer bataille pour ne pas céder un cm de sa portion de terre.

Un matin, vers 5 h, pendant que Mme Alismé arrosait ses plantes et sillonnait allègrement son jardin, elle reçut plusieurs jets de pierre à la tête, sur sa hanche et dans d’autres endroits de manière impromptue.

L’espace d’un cillement, un homme avec une voix de stentor crie au loup-garou, disant que Mme Alismé est une sorcière voulant s’accaparer de ses enfants pour les métamorphoser par la magie. Sans avoir eu le temps de s’échapper, la dame a été rattrapée puis battue sauvagement.

Sollicitée sur les lieux, la CASEC Edeline a retrouvé une femme à demi-mort, d’après Me Bervil, qu’elle a trainé par la suite chez elle et l’a gardée (la victime) pendant deux jours dans un cachot. « J’y vois carrément une tentative d'assassinat ou de séquestration », tempête l’avocat de la victime expliquant que la CASEC ne détient pas de prérogatives constitutionnelles pour agir de la sorte.

Me Bervil appelle "séquestration" le fait pour un innocent ou une victime d’être maintenu dans un espace non préparé à cela. Puisque Mme Alismé a été écrouée chez la CASEC pendant quarante-huit heures, j’ai le droit légitime de parler de séquestration, tance le défenseur des droits humains. Pire, Edeline recourait au tabac en poudre pour sécher les plaies de Mme Alismé malgré sa douleur atroce. Une action criminelle, déplore l’homme de loi.

La victime croupit actuellement sous une hémorragie, son sang coule à flot. Un certificat médical l’atteste d'une incapacité de travail de plus de vingt jours. Elle est presqu’incapable d’enfiler un vêtement toute seule. Sa situation est extrêmement compliquée, regrette Me Brevil, voix contrariée.

Pour se laver les mains dans le dossier, Edeline a commis une « violation juridictionnelle » en envoyant le dossier à Cabaret tandis que sa juridiction est Casale, renseigne Bervil. L’agresseur fait actuellement état d’un mandat d’amener et la CASEC d’une invitation à comparaitre par devant le tribunal.

Le procès s’est ouvert le 18 janvier dernier au parquet de Cabaret, mais l’agresseur ne s’est pas présenté au tribunal. Les juges de Paix Raymonde (Casale) et Lanaut Moril (Cabaret) sont déjà saisis du cas pour les suivis du procès.

À l’heure où nous sommes, Me Joseph Lauvanice Bervil avoue avec grande sincérité que le dossier le dépasse un peu, il entend l’acheminer au Ministère de l'Intérieur et des Collectivités Territoriales (MICT) pour une mise en garde contre la CASEC.

Dans le doute qui s’abat sur la famille de victime, dit-il, il recourt à la presse comme une bouée de sauvetage pour braquer projecteur sur un dossier si important et si « humain » dans lequel une « pauvre paysanne » a été « battue et maltraitée » pour rien.

Me Bervil a profité de son passage à Loop Haïti pour dénoncer de toutes ses forces la recrudescence de la violence dans la commune de Cabaret. De ses lieux de compréhension, l’infrastructure sanitaire, la mainmise du pouvoir dans la région par le parti « Fanmi lavalas », la surpopulation, l’absence du vivre-ensemble sont autant de maladies cancérigènes à abattre pour sortir la tête de la commune de l’eau.