Jeudi 12 Décembre, 2019

Haiti: Dégradation de l'eau de La Plaine, des spécialistes préoccupés

Illustration de Camion Citerne - Crédit : timounyo.org

Illustration de Camion Citerne - Crédit : timounyo.org

La qualité de l’eau provenant de la Plaine du-cul-de-sac se dégrade considérablement. Salinité, contamination et pollution sont à la base d’une affectation directe de l’eau que consomme la région de l’Ouest. Une menace croissante qui nécessite des réponses urgentes selon l’avis de certains spécialistes.

« La pollution des ressources en eau est un problème significatif pour Haïti », estime l’ingénieur Emmanuel Molière, directeur du Centre technique d’exploitation de l’eau (CTE). La contamination de l’eau de surface et de l’eau souterraine peu profonde est fréquente à travers tout le pays. « Les eaux usées domestiques et l’eau de ruissellement agricole entrainent la contamination biologique de l’eau en aval et près des endroits peuplés s’inquiète le numéro 1 du CTE ». Or le développement des ressources en eau se repose sur sa quantité et sa qualité.

Epuisement à outrance de l’eau dans la Plaine du cul-de-sac

Depuis 1991, aucune instance ne mesure la quantité d’eau douce débitée chaque jour dans la Plaine du Cul-de-Sac. Pourtant les paramètres hydrométriques sont extrêmement importants pour déterminer leur mode d’exploitation. Dans les PVD, la consommation de l’eau est de 40 litres par jour par personne quand elle est fournie à domicile. 15 litres par jour par personne quand la source est éloignée de de 200 mètres, 7 litres quand la source est à plus de 1000 mètres lit-on dans une étude réalisée par un groupe militaire américains d’Alabama et de Virginie publiée le 17 juin 2015.

Haïti, ayant une précipitation annuelle en moyenne de 1400 millilitres, l’Etat et les particuliers l’exploitent chacun à sa manière. « Pour desservir la capitale, il faut chaque jour 300 000 m3 d’eau. La direction nationale de l’eau potable et de l’assainissement (DINEPA) dispose de 18 forages dans la Plaine du cul-de sac qui fournit environ 110 000 m3 d’eau», explique le directeur du CTE. Cinq puits de 100 mètres de profondeur et de 12 à 16 pouces de diamètre sont forés à l’est de l’aéroport international. Chacun d’eux est capable de produire 200 m3 par heure de pompage pour approvisionner les zones avoisinantes. En plus des puits athésiens qui servent aux travaux domestiques chez les particuliers, chaque jour, des centaines de milliers de litres d’eau sont puisés par des camions d’eaux commerciales pour desservir la population dans les zones non-alimentés par la DINEPA.

Des risques de sécheresse et de contamination

Plus d’un tiers de la population haïtienne vit dans le département de l’ouest, soit 34.7 % dont 25% à Port-au-Prince (chiffre fournis avant le séisme du 12 Janvier 2010). « On se demande est ce que d’ici 2030 il y aura assez d’eau pour approvisionner la mégalopole que devient Port-au-Prince et les bidonvilles post-séisme qui se développent», déclare l’ingénieur sous un ton préoccupé. Certaines zones l’ont en abondance et d’autres en manquent cruellement. L’eau souterraine des fontaines est une ressource majeure d’eau potable. Elle se repose sur les aquifères qui sont : des formations géologiques suffisamment poreuse et/ou fissurée pour stocker de grandes quantités d’eau tout en étant suffisamment perméable pour que l’eau puisse y circuler librement. Quand leurs exploitations ne sont pas adéquates il y a lieu de pollution.

« A côté de la pénurie grandissante de l’eau, le traitement de la pollution nécessite des investissements lourds et des compétences de plus en plus pointus. En plus de la gestion et les infrastructures pour développer et maintenir une bonne répartition, les conditions d’approvisionnement font défaut», regrette l’ingénieur.

Des conséquences sanitaires graves

« Le manque d’accès à l’eau potable est un complice des problèmes de santé », selon l’organisation panaméricaine de la santé. Les maladies parasitaires et contagieuses se propagent souvent à travers l’eau contaminée. L’eau de pluies, mélangées avec la vidange des égouts, les ordures, les détritus, les animaux en décomposition et les matières fécales occasionnent des infections intestinales, diarrhées, malaria, typhoïde et le choléra qui ont tué près de 10 000 Haïtiens. Dans la zone de site-soleil les nouveau-nés ne sont pas épargnées de ce fléau et le nombre de décès avoisinent le 1/3 d’enfants avant l’âge de cinq ans, mentionne le rapport des soldats américains d’Alabama et de Virginie.

La pollution bactériologique des nappes phréatiques est très inquiétante, car elle semble signifier une insalubrité générale des eaux souterraines. Face à un tel constat, les institutions et autorités concernés doivent en urgence, engager des actions pouvant compenser ce déséquilibre. Et élaborer des programmes pouvant lutter à tous les niveaux contre une évolution du risque qui peut de devenir rapidement explosive, suggère le responsable.

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