Lundi 17 Décembre, 2018

Décès d’un célèbre violoniste français qui a foulé le sol d'Haiti

Didier Lockwood donnait, dimanche 11 mars, son unique concert à Port-au-Prince, à l'hotel Karibe, en compagnie de ses musiciens Loïc Ponthieux (batterie), Olivier Louvel (guitare) et Linley Marthe (basse électrique)./Crédit: Josué Azor de Fondation Haiti Jazz

Didier Lockwood donnait, dimanche 11 mars, son unique concert à Port-au-Prince, à l'hotel Karibe, en compagnie de ses musiciens Loïc Ponthieux (batterie), Olivier Louvel (guitare) et Linley Marthe (basse électrique)./Crédit: Josué Azor de Fondation Haiti Jazz

Didier Lockwood a fondu, hier dimanche matin, toute la planète jazz en larmes. Il est mort brutalement à l’âge de 62 ans, a rapporté Europe 1 : les hommages n’ont cessé, depuis, de pleuvoir. On se souvient encore de lui. Le violoniste légendaire avait posé, samedi 11 mars 2017, ses valises en Haïti où il signait, par un blues mineur, la clôture du 11e Festival international de Jazz de Port-au-Prince. Retour sur cet unique concert. 

La Fondation Haïti Jazz est sous le choc : « Quelle grande tristesse ! », peut-on lire dans un post sur le site. Miléna Sandler, Directrice générale, contactée par Loop Haïti, se souvient encore de « la grande générosité de l’artiste » qui foulait pour la première fois le sol d’Haïti.

« C’est une icône qui est partie », soutient le président, Joël Widmaier, par téléphone. « C’est un extraordinaire violoniste qui est tombé. Didier Lockwood, avec son spectre musical très large, côtoyait la fusion, le classique et différentes palettes de sons. Il fut l’un des rares maîtres du violon qui exploraient l’univers jazz comme il l’a fait et qui ont tracé le chemin à une plus jeune génération de musiciens.  Le faire venir en Haïti reste un moment inoubliable ».

Le célèbre violoniste français Didier Lockwood, accompagné de son quartete, sur la scène du Karibe Hotel, à Port-au-Prince./Crédit: Josué Azor

Sur son épaule gauche, un violon en bois de lutherie. Le batteur est Loïc Ponthieux, le guitariste Olivier Louvel et le  bassiste électrique, Linley Marthe. C’était, l’an dernier,  la 11e édition du Festival International de Jazz de Port-au-Prince qui a fait débarquer sur l’île de nombreuses grosses pointures : l’immense pianiste cubain Gonzalo Rubalcaba, les Martiniquais Ronald Tulle et Tony Chasseur, la douce batteuse française Anne Paceo,  la tendre saxophoniste Melissa Aldana, la Suissesse d’origine cubaine Yilian Canizares, l’Haïtiano-Américaine Malou Beauvoir. Les femmes étaient à l’honneur à cette édition qui présentait un line-up de 50% d’artistes féminines, invitées à  célébrer le 8 Mars.

En ouverture, les frères de sang et de son : Joël et Mushi Widmaier. Le premier est batteur et président de la Fondation Haïti Jazz, le second, pianiste. L’un des plus gracieux de l’île. Flanqués d’artistes locaux, tous deux enveloppaient la salle de l’hôtel Karibe, gonflée d’amants du festival, avec des titres puisés dans le répertoire de Zeklè (groupe des années 80) et dans les disques de Mushi (« My World »). C’est un petit goût de Wongol ou de Maskawon mâtiné par moment de swing.

Mais, il a fallu attendre le talentueux chanteur Tony Chasseur, le pianiste virtuose Ronald Tulle, l’impeccable bassiste Michel Alibo, tous accompagnés d’un batteur et d’un percussionniste, pour glisser l’assistance bien attablée dans une nappe de sons antillais allant de la mazurka à la biguine en passant par les sonorités kreyol-jazz.

Didier Lockwood, « l’apothéose »

Et c’est ce géant instrumentiste, grand improvisateur devant l’Éternel qui signe la clôture. Didier a une immense culture jazz, rock, classique. « L’héritage de Jimi Hendrix est bien géré. C’est un univers électronique et moderne, riche en possibilités et évocations », qui est déployé sous les yeux de l’assistance tombée sous le charme d’un monsieur à l’humour décapant. « Pendant toute cette fin de soirée, a rapporté Roland Léonard, rare critique musical local, c’est un défilé de morceaux les uns plus créatifs que les autres, illustrant la virtuosité et l’imagination des musiciens ».

Dans l’ordre des morceaux exécutés : « The Kid » (composition personnelle, un coup de samba).

 

Une petite dose de samba dans son morceau personnel The Kid, aggrémenté de brillants solos du guitariste  et d'improvisations lumineuses de Lockwoood

S'ensuivent « In a sentimental mood » (sur un arrangement de ses musiciens), « Tiny Twins » (titre à rythme légèrement rock dédié à ses deux filles). « Tip Tap, un dynamique morceau de jazz fusion au rythme « binaire» de Rn’ B, illustré par les beaux solos de Lockwood et du bassiste, une performance en solo absolu de Lockwood avec son violon vert à l’architecture quintessenciée, épurée et squelettique, électrifiée », écrit Roland.  Le musicien utilise une loop-station  pour s’accompagner en écho par ses propres phrases (ou riffs) et «ostinatos». Il nous étale ici son immense culture en musique classique orientale et arabe, signant la fin par un blues mineur.  

 

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