Dimanche 31 May, 2020

Le journaliste Bernard Diederich, spécialiste des Duvalier, est mort

Le journaliste-essayiste néo-Zélandais Bernard Diederich. Crédit photo: OZ

Le journaliste-essayiste néo-Zélandais Bernard Diederich. Crédit photo: OZ

Le journaliste-écrivain, photographe, Néo-Zélandais Bernard Diederich s’est éteint ce mardi 14 janvier dans sa résidence à Port-au-Prince, à l’âge de 94 ans. Il est considéré comme le "doyen de la presse haïtienne" par plus d’un.  

« C’est une grande perte pour Haïti et les historiens », a déclaré Arnold Antonin, cinéaste et homme politique, en entretien à la rédaction de Loop cet après-midi. « Il a fait un travail extraordinaire sur l’histoire évenementielle, factuelle et indispensable à la compréhension du pays », renchérit-il.

Antonin croit que l’œuvre de ce colosse est intemporelle. « Son travail permet de comprendre le passé récent et fait des projections lumineuses sur l’avenir », explique ce dernier. « Dans un pays en proie à la sénilité, le travail de Bernard est vraiment une bouffée d’air frais ».

En 2017, le cinéaste a projeté sur grand écran le court-métrage « Bernard Diederich, le tusitala, raconte Haïti ». Cette œuvre cinématographique retrace le parcours et les grands combats menés par Diederich sous la dictature des Duvalier, sa querelle avec l’écrivain péruvien Mario Vargas Llosa (prix Nobel de littérature en 2010) pour une affaire de plagiat de son livre la mort de Raphaël Trujillo Molina « Trujillo the Death of the goat », entre autres.

« Bernard Diederich arrive en Haïti en 1949 et n’a jamais quitté Haïti, son pays de cœur », a écrit le rédacteur en chef du quotidien Le Nouvelliste, Frantz Duval qui a également propagé l’information sur son compte Twitter. Il le considère comme le « doyen de la presse haïtienne ».

Les étincelles de son œuvre

Le travail de Diederich n’est pas sans étincelles dans les milieux scientifiques et littéraires en Haïti. Antonin rappelle que l’ouvrage « Papa Doc et les Tontons macoutes » (co-écrit avec  Al Burt) a servi d’outil conceptuel à la rédaction du fameux livre de Gérard Pierre-Charles, « Radiographie d’une dictature- Haïti et Duvalier » (1973, 205 pages) qui a exposé les tentacules mortifères du pouvoir duvaliériste dans le monde.

Témoin de son temps

Diederich a fondé et dirigé l'hebdomadaire « Haïti Sun » (début des années 50) qui l’avait permis de côtoyer les plus grands intellectuels du 20e siècle mais aussi des leaders toxiques pour l’époque. Il a fait la rencontre de l’écrivain et journaliste colombien Gabriel García Márquez, de l’écrivain péruvien Mario Vargas Llosa, du général panaméen Omar Efraín Torrijos Herrera. Il est l’un des rares journalistes ayant interviewé le dictateur Jean-Claude Duvalier (décédé en 2014).

« Il a été le seul témoin de la signature qui a remis le canal de Panama à Panama [10 août 1977, date de la signature de l’entente à Washington] », fait remarquer Antonin. Ce traité est reconnu sous le nom de Torrijos-Carter. « L'une des raisons pour lesquelles il est très connu et respecté en Amérique latine ». 

À l’opposé de beaucoup d’autres chercheurs ou intellectuels, l’âge n’a pas tari la production de Diederich. « Plus il était âgé, plus il devenait prolifique », a fait savoir Antonin. « Ce Néo-Zélandais aimait profondément Haïti et l’a tout donné », conclut Arnold Antonin qui se préparait à rendre visite à Diederich dans les prochains jours. Mais la mort a tout fauché.

Websder Corneille

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