Mardi 22 Septembre, 2020

Dany Laferrière rend hommage à l’expression populaire haïtienne

Dany Laferrière faisait son premier discours à l'Académie française le 28 mai 2015. THOMAS SAMSON/AFP

Dany Laferrière faisait son premier discours à l'Académie française le 28 mai 2015. THOMAS SAMSON/AFP

Dans un bloc-notes paru sur le site de l’Académie Française 9 janvier dernier ayant pour titre « Une forme d’expression populaire », l’Immortel se souvient de quelques faits marquants, parfois burlesques, et proverbes qui façonnent le bien-être tant comme le mal-être haïtien.

La chronique part de son paysage très cher à lui, celui de Borges. « C’est Borges qui m’a signalé, à sa manière, la source populaire de toute culture », l’incipit du texte. Un voyage onirique qui vous est retracé dès les premiers instants, et qui s’arrête au 12 janvier 2010 pour prouver que la fiction et la réalité s’entremêlent quand bon leur semble, à titre d’exemple « Romancero aux étoiles » (Gallimard, 1960) de Jacques Stephen Alexis.

S’il est vrai que l’écrivain genevois a occupé les premières lignes du texte, l’écrin contient à la fois des anecdotes sur le centre d’art (septuagénaire cette année), la poésie, la mort, et les dix ans du tremblement de terre. Le tout imbriqué dans une écriture limpide et sans faste. Laferrière à la guitare.  

Le scripteur déifie les chauffeurs de taxi-motos ou taxis tout court qui occupent le pavé de la capitale d’abord par le bruit qu’ils symbolisent avec les klaxons, mais aussi de l’encombrement qu’ils suscitent et le débordement qu’ils peuvent créer lorsqu’on s’y attendait le moins.

Cependant, n’est-il pas heureux d’apprendre que le premier inscrit au Centre d’art, fraîchement créé par l’Américain Dewitt Peters en 1944, était un chauffeur de taxi. « C’est un chauffeur de taxi, Rigaud Benoit, qui arriva le premier avec un petit tableau, Chauffeur de taxi, un autoportrait », écrit Laferrière. Le peintre est ainsi entré dans le panthéon du troisième art haïtien.

Plus bas, il n’y a pas moins de charme en (re) lisant sur Carl Brouard, celui qui a instauré le protocole du buveur aux saoulards du monde entier. Il suffit de tenir une bouteille pour ne pas se rappeler de cette symphonie mystérieuse : « Boire est un devoir mais savoir boire est un art, dit Carl Brouard ». Lafferière ne l’y a pas insérée dans sa chronique, mais c’était presque.

« Cela s’est passé un dimanche, vers quatre heures du matin. J’accompagnais ma mère à la messe quand, passant près du marché de charbon, elle pointa du doigt un homme, à moitié nu, sur un lit de carton. Elle me glissa à l’oreille, sur un ton dégoûté : « C’est un poète ! » En effet, c’était Carl Brouard ». Et Magloire-Saint-Aude vient après.

Puis la mort fait son apparition, les proverbes créoles qu’il a lui-même traduits et qui, il faut le dire, perdent parfois la résonance et la sémantique qu’on leur attribue quand ils se répandent dans la variété linguistique source, le créole haïtien. Il faut souligner que Laferrière n’est pas le seul à être confronté aux problèmes théorico-pratiques de la traduction. Le chercheur en linguistique Georges Mounin y a même consacré un ouvrage hautement théorique en 1964 à ces difficultés-là sans pour autant alléger d’un cran la peine du traducteur.

Tout n’est pas reproduit ici. Il faut se donner la peine de lire en entier ladite chronique pour dénoter sa richesse, et aussi ses manquements. On aurait pu dire, à la fin, une forme d’expression Laferrière. On s’y évite.  

Websder Corneille

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