Jeudi 1 Octobre, 2020

Dany Laferrière ne désespère pas d’Haïti

L'écrivaine Dany Laferrière sapé dans sa costume d'académicien à Paris, mai 2015. Crédits photo: Académie Française

L'écrivaine Dany Laferrière sapé dans sa costume d'académicien à Paris, mai 2015. Crédits photo: Académie Française

L'exil vaut le voyage est le dernier roman de Dany Laferrière (DL) publié en mars dernier. Il entame, depuis, une série d’entrevues pour faire la promotion de cet ouvrage écrit et dessiné à la main.

L’expérience de l’exil pour Dany Laferrière n’est pas un désenchantement comme il en est pour beaucoup de déplacés. Du moins, c’est ce que l’écrivain et académicien français a préconisé dans son nouvel ouvrage qui repasse, à la lumière du temps présent, ses pérégrinations.

En entrevue à Radio Canada cette semaine, DL a confronté une nouvelle fois à la question fétiche à laquelle tout Haïtien qui a fait l’expérience du voyage, y a probablement répondu un jour. Laquelle ?

Est-ce que ça ne vous déprime pas parfois de constater qu’Haïti a du mal à sortir de ce bourbier ?, balance le journaliste, inoffensif, à souligner.

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Le luxe du désespoir

La réponse de DL est une perle : « Si ma mère n’a jamais été déprimée, si elle n’a jamais été découragée, si elle s’était installée dans son pays comme on fait dans certains mariages pour le meilleur et pour le pire, pourquoi moi qui n’ai pas vécu tous les malheurs-là j’aurais le droit d’être déprimé ? »

Encore la référence à sa mère pour se défendre, comme si le souvenir maternel est le seul sésame qui ouvre toutes les portes du monde à sa progéniture.

Sa « mère s’installe dans l’éternité », son expression en propre, depuis le 11 mai 2017 à l’âge de 90 ans.

Toutefois, il ne s’est pas arrêté à ce personnage auquel l’essentiel de son livre est attaché, il a pris la parole en son nom, cette fois : « On n’a pas le droit d’être déprimé, ce sera la trahison des clercs, la trahison de ceux qui ont la facilité », dit-il.

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« Nous n’avons pas de droit à ce luxe du désespoir […] Nous sommes là, précisément, pour injecter de l’énergie à ceux qui sont désespérés, pas pour nous désespérer nous-mêmes […], prévient l’auteur de L’énigme du retour. Je vis dans un certain luxe social, intellectuel et presque matériel […] C’est pas à moi d’avoir des sentiments qui pourraient être désespérants ».

La paranoïa

S’il est vrai que DL a laissé Haïti dans la vingtaine et « sous les aboiements d’une meute de chiens » (expression retrouvée sur la quatrième de couverture de son nouveau livre L’exil vaut le voyage), on aura compris, en écoutant l’entrevue, que des vielles réminiscences continuent de le hanter de jour comme de nuit.

Voilà ce qu’il dit :

« Ça fait 40 ans que je vis dans un autre métabolisme. Chaque nuit, je dors avec l’idée qu’on va venir m’arrêter ; la musique que j’entends c’est la musique des balles, des coups de revolver dans la nuit ; la faim qui me tenaille est une fin que vous ne connaissez plus ».

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De Port-au-Prince, là où il fut né, à Montréal, territoire d’accueil depuis plus de 40 ans, en passant par Miami, au Brésil, pour s’installer à Paris depuis son élection à l’Académie française en décembre 2013, DL est cette valise de souvenirs que tout voyageur aurait envie d’empocher.

C’est à ce prix, réellement, que l’exil vaut le voyage.

Websder Corneille

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