Dimanche 16 Juin, 2019

A Croix-des-Bossales, les groupes armés continuent d'imposer leur loi

Croix-des-Bossales, sous la loi des groupes armés

Croix-des-Bossales, sous la loi des groupes armés

Depuis plusieurs semaines, un calme apparent règne à La Saline, quartier réputé dangereux de Port-au-Prince. Au marché de la Croix-des-Bossales, les activités commerciales reprennent, mais la peur est encore installé chez les marchands. Malgré l’accalmie, les gangs armés continuent de rançonner les occupants. Le véhicule de police stationné momentanément à l’intérieur du marché, est loin de rassurer les commerçants.

Mardi 21 mai 2019. 11 heures du matin. Au marché de la Croix-des-Bossales, les marchandes ou commerçantes parlent difficilement à la presse. Elles refusent toute interview, pour ne pas être victimes. L’endroit est sensible. Les individus armés terrorisent, imposent leur loi et s’affrontent pour le contrôle du marché.

Depuis le début des affrontements armés entre gangs rivaux à La Saline, les activités commerciales ont ralenti au sein de ce grand centre commercial du pays. Une bonne partie du marché se trouvant à quelques pas du quartier La Saline, est abandonnée par les marchands qui s’éloignent de plus en plus de cet endroit dangereux.

« Se reziye ak pa kapab kap vann bò isi a », lance Alberta, une marchande de vêtements usagés, qui vient tout juste d’étaler ses produits sur la chaussée. Cette dame qui vend au marché de la Croix-des-Bossales depuis environ 10 ans, confirme qu’une accalmie est constatée dans la zone, avec la présence des forces de l’ordre.

« Malgré cette présence policière, nous évoluons dans la peur. Une fois que les forces de l’ordre quittent l’espace, les individus armés débarquent et rançonnent tout le monde », nous dit une autre détaillante. Les frais exigés par les chefs de gang varient entre 500 à 25 mille gourdes, dépendamment de la taille du commerce en question. Face à ce climat de peur, le nombre d'acheteurs a considérablement diminué, ce qui constitue un manque à gagner pour les occupants de l'espace.

Préoccupés par cette situation, les marchands de la Croix-des-Bossales réclament une présence policière permanente, afin de stopper l’action des bandits. D’autres souhaitent une entente entre les groupes rivaux, ce qui, selon eux, peut contribuer à l’amélioration du climat sécuritaire dans la zone.

Depuis le début des conflits armés en novembre 2018, plus d’une vingtaine de personnes ont été tuées, un nombre important de blessés par balle a été enregistré et des dizaines de maisonnettes ont été incendiées. Dans un rapport, la Fondation « Je Klere », un organisme de défense des droits humains, parle de massacre et révèle que les groupes armés sont tolérés, financés, approvisionnés en armes et en munition par des autorités gouvernementales. 

Un rapport du bureau des affaires criminelles de la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ) a même suggéré que des mandats soient décernés par les autorités judiciaires compétentes contre le Directeur Général du Ministère de l’Intérieur, Fednel Monchery, ainsi que le Délégué départemental de l’Ouest, Joseph Pierre Richard Duplan. Ces derniers sont indexés pour leur implication présumée dans la préparation et la perpétration du massacre de La Saline.

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