Dimanche 5 Avril, 2020

Côte d'Ivoire: la libération de Simone Gbagbo, un geste pour la réconciliation nationale

Simone Gbagbo, le 15 janvier 2011, danse devant un portrait de son mari, le président ivoirien Laurent Gbagbo, lors d'un meeting électoral à Abidjan. Photo Issouf SANOGO. AFP

Simone Gbagbo, le 15 janvier 2011, danse devant un portrait de son mari, le président ivoirien Laurent Gbagbo, lors d'un meeting électoral à Abidjan. Photo Issouf SANOGO. AFP

L'ex-Première dame de Côte d'Ivoire Simone Gbagbo devrait être libérée de prison dès mercredi, selon son avocat, après l'annonce de son amnistie par le président Alassane Ouattara, saluée comme un geste fort en faveur de la réconciliation nationale à deux ans de la prochaine élection présidentielle.

Elle a été "ravie d'apprendre la nouvelle de sa libération que je suis allée moi-même lui porter", a expliqué l'avocat. "Sa priorité actuelle est de retrouver sa famille et ses proches et de passer avec eux des moments d'intimité et de retrouvailles".

D'abord détenue sans jugement, elle avait été condamnée en 2015 à 20 ans de prison pour "atteinte à la sûreté de l'Etat". En 2017, elle avait été acquittée à la surprise générale à son procès aux assises à Abidjan pour crimes contre l'humanité pendant la crise post-électorale, qui avait fait quelque 3.000 morts. Mais ce jugement venait d'être cassé, le 26 juillet dernier, par la Cour suprême, qui avait demandé son renvoi devant une nouvelle cour d'assises.

Comme Laurent Gbagbo - incarcéré depuis 2011 à la CPI et jugé pour crimes contre l'humanité pendant la crise post-électorale - Simone est restée très populaire auprès de ses fidèles du Front populaire ivoirien (FPI), parti qu'ils avaient cofondé dans les années 1980, aujourd'hui divisé en deux factions.

L'amnistie annoncée par le président Ouattara de 800 "concitoyens poursuivis ou condamnés pour des infractions en lien avec la crise post-électorale" ou "des infractions contre la sûreté de l'Etat" commises par la suite, va dans le sens d'une réconciliation nationale longuement attendue par les Ivoiriens. L'opposition accusait le régime Ouattara de pratiquer une "justice des vainqueurs", en ne poursuivant que le camp Gbagbo.

"C'est un grand pas vers la réconciliation", a réagi Georges Armand Ouégnin, président de "Ensemble pour la démocratie et la souveraineté" (EDS), coalition qui regroupe des partis politiques, des associations de la société civile et la frange pro-Gbagbo du FPI.

"M. Ouattara a posé un acte important, historique pour la paix, la stabilité et l'unité nationale", a déclaré Pascal Affi Nguessan, qui dirige l'autre faction du FPI, avec "cette décision" "attendue depuis plusieurs années par les Ivoiriens".

Tout en saluant une décision "allant dans le sens de l’apaisement du climat socio-politique", le Groupe de plaidoyer et d’actions pour une transparence électorale (GPATE), un réseau d’organisations de la société civile ivoirienne, s'est cependant dit "déçu que la justice se laisse encore une fois voler la vedette par la politique et n'ait pas pris ses responsabilités", au risque de favoriser "l'impunité" des auteurs de crimes, quand de nombreux Ivoiriens ont "subi des atrocités", selon son président Denis Yaurobat.

"Il faut une commission électorale crédible pour des élections crédibles" et "des élections crédibles sont le gage d'une véritable réconciliation nationale", a estimé Georges Armand Ouégnin pour EDS.

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