Lundi 16 Décembre, 2019

Corruption : le gouvernement fait appel à des techniciens de l’OEA

Le chancelier haïtien, Bocchit Edmond, en réunion avec des Etats membres de l'OEA.

Le chancelier haïtien, Bocchit Edmond, en réunion avec des Etats membres de l'OEA.

Edmond Bocchit, accompagné de plusieurs membres diplomatiques du gouvernement – démissionnaire – dont Léon Charles (Représentant permanent d’Haïti auprès de l’Organisation des États Américains), s’est entretenu avec d’autres États membres de la région. La lutte contre la corruption, cheval de bataille de l’opposition haïtienne et de la société civile, était au cœur des débats et a porté le ministre des Affaires Étrangères à présenter le projet « Renforcement institutionnel pour lutter contre la corruption en Haïti ».

La volonté du gouvernement est de trouver un appui technique de l’OEA pour traiter les dossiers de corruption dont l’affaire petrocaribe, qui reste jusqu’à date le plus grand crime financier jamais commis par d’anciens responsables de l’État.

Cette volonté de chercher l’expertise de la communauté internationale était déjà exprimée par le président de la République, accusé de détournements de fonds dans l’audit final sur l’utilisation de l’argent petrocaribe.

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Agritrans, une entreprise que dirigeait Jovenel Moïse, a été épinglée par la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif. Le président avait jugé bon de faire appel aux experts de l’OEA pour aboutir à « un procès équitable, sans chasse aux sorcières, ni persécutions politiques, afin d’inspirer confiance à tout le monde », avait-il déclaré aux micros de Radio France Internationale lors d’un entretien accordé en octobre dernier. M. Bocchit Edmond avait d’ailleurs annoncé, en septembre dernier dans le cadre de la 74e session de l’Assemblée générale des Nations-Unies, que l’OEA va apporter une aide technique et financière à hauteur de 17, 7 millions de dollars pour lutter contre la corruption.

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De plus, le chancelier a affirmé mardi auprès de l’OEA que Jovenel Moïse travaille très fort à éradiquer la corruption. Cette déclaration a soulevé une avalanche de commentaires de certains opposants et militants.

Côté aile dure de l’opposition, Me André Michel ne va pas par quatre chemins. Jovenel Moïse est un corrompu, selon lui, et il n’a aucune volonté de lutter contre la corruption et de réaliser le procès petrocaribe. Aucun procès petrocaribe n’est possible avec lui au pouvoir, rajoute-t-il. 

Selon l’avocat et porte-parole du Secteur Démocratique et Populaire, également signataire de l’Accord de Marriott, c’est la démission du chef de l’État qui va nous conduire au procès petrocaribe et qui permettra à la justice de faire la lumière sur tant d’autres dossiers dont le massacre de La Saline, l’assassinat des militants de l’opposition, l’affaire Dermalog, la prolifération des gangs armés, etc.

Stéphane Michel, petrochallenger et membre de la structure « Nou pap dòmi », dénonce le soutien de l’OEA à des autorités haïtiennes jugées corrompues.

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« C’est la confirmation qu’ils [les États membres de l’OEA, NDLR] sont ici pour soutenir les autorités corrompues et de facto contre les manifestations anti-corruption et les principes démocratiques », a-t-il indiqué dans un tweet.

Pascale Solages, un des leaders de « Nou pap dòmi », condamne le choix de cette instance de travailler avec un gouvernement « corrompu et illégitime ». Selon elle, toute initiative de l’OEA est déjà vouée à l’échec parce qu’elle ne tient pas compte des revendications populaires, ce qui enfoncera le pays dans la crise, la violation des droits humains et le sous-développement.

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