Mercredi 8 Juillet, 2020

Comment réduire l'anxiété provoquée par la Covid-19 chez les Haïtiens?

Photo d'illustration: AFP

Photo d'illustration: AFP

Noosly Addiguin est psychologue, coordonnatrice du programme de santé mentale de l’organisme USPAR en Haïti. Depuis le début de la pandémie, elle observe «des réactions violentes et émotionnelles» de la population. Selon elle, il est important que les gens sachent que le coronavirus, quoique dangereux, «n’est pas une fatalité».

Cet article a été publié initialement sur Carnet du Sud, avec le titre Haïti : une population « coronaphobe »

Jean Philippe Moïse : Quel est l’impact du coronavirus sur la santé mentale des Haïtiens ?

Noosly Addiguin : Les exigences de fermeture de toutes les institutions, l’assignation à résidence imposée à plus de dix millions d’Haïtiens et l’interdiction de tout regroupement de plus de dix personnes ne sont pas totalement sans effets psychologiques, comme l’anxiété, le deuil, les troubles du sommeil, entre autres. Les Haïtiens savent qu’il y a un risque de contracter la maladie et de propager rapidement le virus. C’est de nature à les inquiéter et leur procurer beaucoup de stress et d’émotions. Même si les Haïtiens sont moins touchés que les habitants des pays intensément ravagés par le coronavirus, comme l’Italie, les USA, la Chine, etc, ça reste un véritable défi pour leur santé mentale.

J.P.M : Quels sont les troubles ou difficultés comportementales que vous avez observés?

N.A. : Les Haïtiens étaient au départ dans l’incapacité de surmonter mentalement les difficultés liées à la Covid-19. La panique régnait. Il y avait  un problème de vivre ensemble, de tolérance et d’acceptation de l’autre. Elle se caractérisait ou se manifestait par un comportement coronaphobe allant jusqu’à vouloir tuer tout individu soupçonné de venir de l’étranger et donc perçu comme potentiellement porteur de la maladie.

Par exemple, un professeur de l’université de Limonade dans le nord du pays, a failli être tué avec sa femme par des habitants d’une localité voisine, armés de manchettes et de bâtons. Leur crime ? Avoir simplement informé les autorités qu’ils avaient ressenti des symptômes similaires à la maladie (avant d'être finalement testés négatif 72H plus tard).

Aussi, des dispositifs de prévention ont failli être incendiés. L’hôtel de Monte-Cristo à Port-au-Prince a fait l’objet d’une menace d’incendie pour avoir hébergé un programme de prise en charge des patients de Covid-19, à cause de la population qui y était brutalement opposée. Ces exemples illustrent bien l’anxiété d’une partie de la population.

J.P.M : Comment réduire cette anxiété ?

N.A. : Il est indispensable de mettre en place une sensibilisation plus efficace en montrant à la population que le coronavirus peut tuer certes, mais il n’est pas une fatalité, si l’on respecte et intériorise les normes d’hygiènes et les consignes sanitaires recommandés. Il faut prendre en compte les conditions économiques vulnérables des gens en leur garantissant hebdomadairement une distribution alimentaire directe, consistante et nutritive. Il faut chercher à tout prix à gagner la confiance de la population en s’efforçant de respecter les promesses et de diffuser des informations fiables et détaillées ayant trait à l’évolution de la maladie. Ceci permettra également un meilleur respect des consignes sanitaires. Parce qu’au-delà de l’absence de sensibilisation, c’est la traduction d’une défiance de la population à l’encontre des autorités.

J.P.M : Les psychologues peuvent aussi faciliter la prise en charge de l’anxiété. Avez-vous constaté un pic de consultations ?

N.A. : En Haïti, l’accompagnement psychologique est strictement une affaire réservée aux classes privilégiées. Les classes populaires n’y ont pas accès en raison de son coût exorbitant. Mais les membres de l’élite sont discrets quand ils veulent consulter. Il n’est donc pas facile de le savoir.

Propos recueillis par Jean Philippe Moïse

Trois conseils pour affronter le confinement

1/ Prenez soin de vous

Pensez à bien vous nourrir pour renforcer votre système immunitaire, dormez suffisamment (environ huit heures pour un adulte, neuf à dix heures pour un adolescent et dix à onze heures pour un enfant), écouter constamment de la musique pour vous motiver, vous faire plaisir et vous relaxer, glissez-vous dans un bain moussant, appelez un proche, baladez-vous dans le jardin pour respirer le parfum des fleurs et du gazon

2/ Faites de l’exercice physique 

3/ Fixez-vous des objectifs personnels non ambitieux

Le but est de réduire la dépression et le stress. Peu importe la difficulté de vos objectifs, l’essentiel est de les atteindre pour retrouver confiance en vous et un sentiment de satisfaction.

 

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