Dimanche 26 May, 2019

Cité Soleil: la paix s'écroule, la guerre des gangs reprend

Crédit photo : Dieu-Nalio CHERY

Crédit photo : Dieu-Nalio CHERY

Après trois ans de trêve, les conflits armés entre gangs rivaux ont repris à Cité Soleil. Et depuis, plusieurs victimes sont enregistrés. “Le nombre de morts serait varié entre 10 et 20 personnes”, selon des riverains. Les bandes rivales s’accusent l’un l’autre. Certains évoquent des raisons politiques, pour expliquer ce qui se passe dans le plus grand bidonville de la Caraïbes.

Après environ trois années d’accalmie, Cité Soleil reprend son visage de zone de non-droit. Depuis le début du mois de mars 2019, les affrontements armés ont repris. Des bandes rivales s’affrontent, faisant ainsi des morts et des blessés par balle. La politique serait la cause des violences, selon des témoignages.

D'après certains riverains, chaque groupe armé soutient un candidat aux prochaines élections législatives et municipales. Les attaques armées se sont multipliées. Le nombre de victimes augmente, la guerre des chiffres est déclarée. Les habitants sont traumatisés, les acteurs sociaux sont plongés dans la désolation et le découragement.

“C’est avec un sentiment de tristesse qu’on vit cette situation. On ne s’est pas battu pour ça”, déclare Samuel Cadet, habitant de Bois-Neuf, l’un des 34 quartiers de Cité Soleil. Co-initiateurs du projet “Konbit Bibliyotèk Site Solèy”, ce jeune estime que reprendre les hostilités, c’est balayer trois années d’efforts.

“C’est un véritable choc, une déception totale”, déclare pour sa part Daniel Tillias, responsable du centre sportif dénommé “SAKALA”, qui se dit dépassé par l’influence de la politique sur ce bidonville. Attristé, Sadrack Joseph, président de la Ligue de basket-ball de Cité Soleil parle d’une commune invivable. Le jeune leader communautaire trouve difficilement les mots pour décrire la situation : “Cité Soleil est déserte. Les petits commerces ne fonctionnent presque plus. Des ouvriers perdent leurs emplois, puisqu’ils ne peuvent pas se rendre dans les industries”.

L'espoir n'est pas totalement perdu

Quant au retour de la paix à Cité Soleil, les citoyens engagés croient que la bataille n’est pas totalement perdue. Ils appellent à l’implication de tous les acteurs, y compris l’Etat central. “Si les protagonistes le veulent, la paix peut revenir. Mais les autorités étatiques peuvent, elles-aussi, offrir d’autres alternatives à ces jeunes, lourdement armés”, déclarent Daniel Tillias et Sadrack Joseph.

C’est presque tous les quartiers qui sont touchés par ce regain de violence. L’impact est visible sur tous les secteurs d’activités. Depuis le retour de la terreur, même les écoles ne fonctionnent pas. Certaines familles commencent même à quitter la zone, pour se réfugier chez des proches.

Dans cette tourbillon de violence, la police nationale, jusqu’à date, n’est pas intervenue. Le conseil municipal, visiblement dépassé, appelle à l’intervention des plus hautes autorités de l’Etat, afin de pallier ce problème. Le maire principal de la commune menace même de poursuivre le pouvoir central.

Des acteurs concernés dans ce climat, dont le député de cette circonscription, Lemaire Pierre, tentent d’initier des pourparlers, en vue de stopper le conflit. En attendant des solutions, les armes à feu continuent à chanter dans ce vaste bidonville de 21.8 kilomètres carrés, où s’entassent près de 300 mille habitants…

Luckson SAINT-VIL

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