Cinq récits sur le séisme du 12 janvier 2010 qu’il faut absolument lire

Ces récits, accouchés par cinq pros de la plume, laisseront sur la langue l’âcre goût d’une catastrophe meurtrière qui a englouti des milliers d’haïtiens, les souvenirs douloureux d’un séisme concocté par nos inconséquences.

Les romanciers, maintes fois distingués et prestigieux prix littéraires francophones raflés, ont dans leurs écrits salués la mémoire des victimes, tentent de recollecter les traces du passé, dessinent des portraits d’hommes et de femmes qui redonnent vie à leurs quartiers après ce triste cataclysme.  Finesse rare, souplesse inouïe, sobriété dans les intrigues, écriture raffinée : Loop met pleins feux sur cinq romans écrits sur le tremblement de terre du 12 janvier 2010 qu’il faut absolument lire.

« Tout bouge autour de moi », (édité chez Grasset) écrit par l’illustre écrivain et académicien Dany Laferrière. Parcours prestigieux et auréolé de gloire,  romancier de grande trempe né en 1953 et parti en exil en 1976 sous le règne des Tontons Macoutes, Dany Laferrière se trouvait à Port-au-Prince, dans un hôtel de la capitale quand le puissant séisme a bouleversé cette île laminée. Il venait participer au  festival Étonnants voyageurs qu’il  initie avec le romancier Lyonel Trouillot. La littérature, malgré les décades de turbulences qu’ont traversé Haïti, voulait  prendre son droit de cité. Il commandait une langouste quand, quelques minutes après, la terre se déchainait. Un an plus tard, il raconte dans ce récit avoir « échappé à la panique par l’écriture ».

« Aux frontières de la soif », (éditions : Mercure de France) sixième roman de  Kettly Mars, l’une des plus grandes voix de la littérature haïtienne, est accouché avec « une plume légère et naturaliste pour livrer la radioscopie d’un peuple qui lutte à la fois contre son histoire confisquée et contre ses monstres intérieurs », dirait Tirthankar Chanda de RFI.  Le héros de Mars est romancier, comme elle, mais la comparaison s’arrête là. Car, contrairement à l’auteur, qui a à son actif plusieurs titres, son protagoniste est un romancier en panne d’inspiration. Après s’être fait connaître en publiant un roman à succès, Fito Belmar peine à trouver l’inspiration pour écrire son deuxième livre. Son métier d’architecte-urbaniste ne lui procure pas beaucoup de satisfaction non plus, malgré la fièvre de reconstruction qui a saisi l’île après le terrible tremblement de terre du 12 janvier 2010. Guetté par la déprime et le découragement, l’homme va chercher des sensations fortes dans les camps de réfugiés, auprès des jeunes filles qui se prostituent pour faire vivre leur famille. Allez découvrir ce vaste camp bâches qu’est Canaan où s’engouffrent  des milliers de sans-abris du séisme.  

« Corps mêlés » de Marvin Victor. « Par une nuit de décembre, un vendredi, comme d’autres entrent au Séjour des morts, me raconta un jour ma marraine, ma tante, elle, la sage-femme par excellence, je sortis des entrailles peureuses et gluantes de ma mère que les gens du pays de Baie-de-Henne donnaient pour une mule – cette bête hybride, issue de l’accouplement d’une jument et d’un âne et qui, selon eux, met bas soit des mouches, soit des abeilles – considérant qu’au bout des nombreuses liaisons qu’ils lui prêtaient, elle ne parvenait pas à tomber enceinte. » Voilà la première phrase qui débute le roman du jeune écrivain Marvin Victor. Cette phrase coupe le souffle, tant elle est longue, saccadée mais pourtant sobre et coulante. Avec ce récit de 250 pages paru en décembre 2010 chez Gallimard, Marvin Victor signe le premier roman du séisme. « La plus grande réussite de Marvin Victor est d’avoir su inscrire son récit dans l’histoire d’Haïti, mêlant la catastrophe naturelle à une catastrophe personnelle, humaine », a soufflé Tirthankar Chanda.

« Failles », par Yanick Lahens. Dans le tracé d'une écriture parcourue d'émotions, de colère et de doutes, Yanick Lahens relate le chaos, les élans de solidarité entre Haïtiens - "premiers sauveteurs d'eux-mêmes" -, l'attente qui ronge, les espoirs meurtris, les petites joies d'un quotidien qui retisse sa toile dans l'ordinaire des jours.  Après avoir vécu les premiers soubresauts de la terre en ce mardi devenu sombre et lugubre, Yanick Lahens, prix Fémina 2014 raflé  pour sa fresque de la paysannerie « Bain de lune », écrit Failles, sorti chez Sabine Wespieser, pour sortir la mémoire des décombres. 

« Collier de débris », paru chez Mémoire d’Encrier en 2013, capte les premiers élans de solidarité qui découlent du tremblement, malgré les coulées de larmes, les cris de désespoirs, les murmures des quartiers détruits. Écrit par l’éditorialiste et prolifique romancier Gary Victor, « Collier de débris » campe des hommes et des femmes qui, au lendemain de la catastrophe, tentent de redonner vie à leurs quartiers ravagés, qui s’adonnent aux activités de déblayage et  d’enlèvements de débris, « qui redessinaient la nouvelle configuration de la vielle dans le flanc des montagnes, dans le creux des ravins… »

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